Terra 22 septembre 2016 à 08h00 | Par Paul Auffray, président de la Fédération nationale porcine

Profiter d'un climat plus apaisé pour avancer

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L'été 2016 a redonné quelques couleurs au moral des éleveurs de porcs français. Après dix ans de crise, le cours du porc est remonté et cette embellie est la bienvenue. Cependant, elle ne fait pas oublier la gravité de la crise et les drames personnels qu’elle a entraînés. Beaucoup vivent encore aujourd’hui des situations très complexes sur leurs exploitations malgré la remontée du cadran. Nombreux sont ceux qui n’ont pas pu surmonter la crise et qui sont restés sur le bord de la route. Avec 1,38 Ä/kg en moyenne sur les six premiers mois de 2016 pour un coût de production de 1,41 Ä/kg, le prix ramène les situations presque à l’équilibre à l’instant, mais restent les années d’arriérés. Avec -15 ct/kg entre 2002 et 2014 et -7 ct/kg supplémentaires en 2015, ce sont près de 100 000 Ä de pertes pour un éleveur moyen sur les dix dernières années. Il faudra donc que la situation perdure un bon moment pour retrouver une vraie santé financière. D'autant que l'horizon est loin d'être dégagé. La baisse de consommation des viandes, dont la viande porcine, est une vraie préoccupation. Nous sommes aujourd'hui dépendants de l’export sur la Chine. La compétitivité des structures, des filières et la réduction des charges doivent rester un leitmotiv. Il faut réfléchir au financement des exploitations, et au portage des capitaux si nous voulons pouvoir installer demain.

Nous ne pouvons plus nous contenter du seul débat sur la compétitivité. Il est urgent de travailler sur la qualité pour relancer la consommation et sécuriser l’export. L’étiquetage obligatoire de l’origine pour lequel nous nous battions depuis si longtemps est enfin en passe d’être acquis. Mais le "Porc français" est un atout qualitatif que la filière ne valorise pas ! Des discussions interprofessionnelles seront nécessaires pour déterminer les mentions valorisantes qui parlent au consommateur, et cesser de réduire l’intérêt du porc au seul prix bas. Nous allons continuer d'investir les relations commerciales. Il est temps d’arriver à des relations tripartites entre producteurs, industriels et éleveurs, car nous ne pouvons plus être exclus de la chaîne de valeurs.

Notre objectif est de nous prémunir des prochains coups durs. Nous avons mené avec la FNSEA un important travail pour un fonds d’urgence au bénéfice des éleveurs de porcs. Je regrette le manque de solidarité dont a fait preuve notre filière, mais nous n’abandonnerons pas et gardons la certitude que ce type de fonds utilisable très vite en cas de nouvelle crise est indispensable. Nous voulons y travailler tant que le climat est apaisé. Il sera indispensable d’y intégrer des dimensions structurelles pour assurer la compétitivité des élevages porcins, mais aussi des outils assurantiels pour se prémunir des aléas économiques. Voilà les différentes pistes sur lesquelles nous travaillons et qui seront seules à même d'éviter les prochaines crises. Des crises que les éleveurs n'ont plus les moyens d'encaisser.

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