Terra 01 juillet 2017 à 10h00 | Par Claire Le Clève

Anne-Françoise Le Bihan : "hommes et femmes engagés pour le prix"

En janvier 2015, à 38 ans, Anne-Françoise Le Bihan s’est installée avec Martial pour créer entre époux, le Gaec de la Ria, à Nostang, tournant la page du lait. Co-présidente de la commission agricultrices à la FDSEA, elle défend l’idée que l’agricultrice est un agriculteur comme un autre et qu’aujourd’hui, les deux mènent un même combat, pour la revalorisation des prix, à égalité.

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Anne-Françoise Le Bihan pour qui l’égalité entre homme et femme, "est actée, tout comme la femme a sa place en agriculture. Il n’y a pas à revenir dessus "
Anne-Françoise Le Bihan pour qui l’égalité entre homme et femme, "est actée, tout comme la femme a sa place en agriculture. Il n’y a pas à revenir dessus " - © Claire Le Clève

 

 

"La conjoncture, c’est notre préoccupation. On a tous ça en tête, le prix ! Mais le bien-être de l’éleveur, il est où ?". Elle a le parlé aussi franc et volubile que le sourire avenant et spontané et le geste allié de la parole. Elle est comme ça Anne-Françoise Le Bihan, droite dans ses nouvelles bottes d’agricultrice, chaussées dès 2014 avec son BPREA en poche, après 17 années comme préparatrice en pharmacie, à Port-Louis.

Un choix familial

Un air de la côte qu’elle continue à humer à l’approche de la quarantaine, depuis le Gaec en bordure de la ria d’Etel, à Nostang, où elle s’est installée le 1er janvier 2015. "J’avais fait le tour de ce métier de préparatrice en pharmacie que j’aimais, ce contact, le lien". Pas de nostalgie pour autant. "Après 18 mois de réflexion à deux, la décision de devenir agricultrice ici, je l’ai prise seule. Jamais Martial n’aurait voulu me l’imposer", raconte la jeune femme sur son installation actée au 1er janvier 2015, avec 600 000 l de lait sur 100 ha et du légume de transformation. "C’est un choix familial. Pour être plus proche de nos enfants et de mon mari", dit-elle, sa vie de famille chevillée au cœur, choix de passion. Réflexion encore "à parité et sans tabou", quand il s’est agi de tourner définitivement la page du lait, le 1er janvier dernier, sur cette ferme qui en livrait 600 000 litres à Lactalis, comptant sur ses vaches à 11 000 l. "De Gaec à trois, Martial avec ses parents, à leur retraite, on passait à deux. Il y avait trop de travaux et d’investissement par rapport à la conjoncture. Alors on a vendu le lait et les vaches. Elles sont dans un rayon de 20 km, chez des éleveurs à qui on fait confiance. Ça nous pique moins le cœur". Choix de raison. Et le couple s’est recentré sur l’atelier légumes de transformation avec d’Aucy, créé par Martial lors de son installation. "Un atelier qui nous sauve depuis deux ans et demi", ne cache pas la jeune femme. Et comme le couple ne se voyait pas sans animaux, éleveurs dans l’âme, "nous élevons désormais des génisses limousines ou charolaises, 84, pour le compte de Bretagne Appro (filiale de Bigard), mes premières vont partir fin mai". Et de désigner dans cette campagne si belle, sur laquelle s’ouvre ses fenêtres, un troupeau rouge et blanc se détachant d’une verte prairie bordée d’arbres. Tout est cultivé ici, sur 100 ha, en autonomie pour l’élevage, "avec deux retenues pour l’irrigation des huit légumes, si nécéssaire ".

" Il faut redonner du prix"

"Il ne faut rien s’interdire parce qu’on est une femme", estime, comme une évidence, Anne-Françoise Le Bihan pour qui l’idée de l’égalité entre homme et femme, "est actée, tout comme la femme a sa place en agriculture. Il n’y a pas à revenir dessus", résume t-elle avec une énergie communicative, interrogeant la posture qui consiste "à nous stéréotyper quand on veut défendre des choses. Quand une femme conduit une moissonneuse tout le monde regarde !". Tout est affaire d’apprentissage. La limite ? "La force physique mais la mécanisation a beaucoup libéré de ces contraintes". Aussi, "je ne vois pas pourquoi il faut séparer les genres". Une ligne de conduite dans son engagement, "choisi, à fond, et sans s’éparpiller", pour l’école des enfants, comme à la FDSEA "que j’ai découvert au travers des AG et de notre cantonal Bernard Ollier. Ça bosse, c’est convivial, ça échange". Membre de la commission environnement "où on a des choses à défendre", lui a été aussi proposé de s’engager à la commission agricultrice, "pour la redynamiser, avec Sandra Gay sans qui je n’y serais pas allée comme co-présidente". "Il y a de l’information à apporter, notamment sur la protection de l’agriculteur et de sa famille. Il faut protéger les conjoints et les enfants qui n’ont pas à payer le fait que la conjoncture est mauvaise. Si ça va mal, ce n’est pas la faute des agriculteurs. Les suicides, il faut que ça s’arrête, c’est la faute de la conjoncture", déplore t-elle. Et de pointer de nouvelle lignes de défense. "Que les hommes et les femmes mènent le combat pour la revalorisation de nos produits. Il faut redonner du prix", et c’est urgent estime-t-elle. Défendre "le local et le français. On fait de la qualité, il faut le répéter et le médiatiser pour que les gens impriment". Et estimer que les réseaux sociaux, où elle est active, sont d’excellents vecteurs pour y parvenir. Alors si elle se dit encore "dans la découverte du milieu syndical et de ses pistes d’actions", elle ne s’interdit pas un jour de pousser la porte d’autres commissions. Ne rien s’interdire.

Claire Le Clève

 

 

 

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