Terra 10 août 2016 à 08h00 | Par Jean Dubé

Retrouver des perspectives pour les filières d'élevage

Un an après un vaste mouvement qui voulait avant tout alerter l'opinion, la colère des campagnes a laissé place à un profond désarroi. Les mesures d’urgence n'ont pas réglé les questions de fonds de l'avenir des filières d’élevage. Comment passer le cap pour les exploitations ? Faut-il relancer les actions ? Comment redresser la situation des filières d'élevage ? La FRSEA Bretagne organisait mercredi un échange avec la FNSEA et la FNPL sur une exploitation laitière du Morbihan.

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Rachel le Dirach accueillait mercredi matin, sur son exploitation, les responsables de la FNSEA et de la FNPL. A gauche : André Bonnard, Marie-Andrée Luherne, Xavier Beulin, Thierry Coué et Daniel Prieur pour un échange avec les responsables syndicaux des quatre départements bretons. Comment redonner des perspectives aux exploitations d'élevage ?
Rachel le Dirach accueillait mercredi matin, sur son exploitation, les responsables de la FNSEA et de la FNPL. A gauche : André Bonnard, Marie-Andrée Luherne, Xavier Beulin, Thierry Coué et Daniel Prieur pour un échange avec les responsables syndicaux des quatre départements bretons. Comment redonner des perspectives aux exploitations d'élevage ? - © Terra

Rachel et Daniel le Dirach sont producteurs de lait sur la commune de Sulniac dans le Morbihan. Le Gaec parents-enfants du départ a progressivement évolué avec les différents mouvements d'associés, jusqu'au Gaec actuel entre conjoints. Ce dernier met en valeur 100 hectares, 80 laitières Prim'holstein et une production de l'ordre de 800 000 litres. Mais même avec cette dimension, les exploitants doutent. "Le moral n'est pas au beau", explique Rachel le Dirach. Comme beaucoup d'exploitants, ils oscillent entre "l'espoir d'installer un jour leur fils" et le "sentiment de grande morosité et de fatalisme qui règne dans les campagnes".

"Nous avons adapté et réduit nos dépenses, nous avons réduit nos prélèvements privés au maximum, nous utilisons notre ouverture de crédit au maximum, j'attends pour payer certaines factures, je surveille très régulièrement les comptes et ce n'est pas agréable de les voir toujours au rouge". Pourtant, dans ce contexte très difficile, les exploitants ne s'estiment pas les plus mal lotis. "Une grande partie de nos investissements, les plus lourds, arrivent à échéance dans les deux ans. Cet espoir d'une situation meilleure vous fait tenir et nous rassure".

L'État devrait payer ses dettes

"Les résultats de fin décembre 2015 ne sont pas bons et ceux de décembre 2016 le seront encore moins". Pourtant, ces exploitants ont bénéficié des différentes aides mises en place en 2015, notamment la baisse des cotisations sociales, un versement de 3 600 € d'aide FAC, et le remboursement de la taxe foncière. Mais ils attendent toujours le versement du solde des aides PAC 2015. Sur ce point, c'est le passage d'EARL en Gaec qui pose problème. "Avant de proposer des aides, l'État devrait déjà payer ses dettes". Le 10 août, Rachel et Daniel le Dirach accueillaient sur leur exploitation les conseils d'administration des FDSEA de l'ouest, Xavier Beulin et Daniel Prieur, de la FNSEA, André Bonnard secrétaire général de la FNPL. Pour ce dernier, "Il y a toujours quelque chose à tirer de ces échanges. Un exemple : l'année blanche devait permettre de retrouver de la trésorerie. Or, l'Aveyron, département d'élevage, a déposé environ 770 dossiers, en Morbihan, seulement 15 dossiers ont été faits. Entre refus des banques, dispositif administratif non opérant... ".

Pour une logique de partage de la valeur ajoutée

L'objectif de cette rencontre régionale Bretonne était à presque un an de la présidentielle de se faire entendre, et définir les leviers d'action à mobiliser pour améliorer la situation. La mobilisation a été intense depuis un an, mais force est de constater que la situation économique des exploitations ne s'est pas améliorée. Les difficultés essentielles demeurent notamment le niveau des prix. Retrouver des perspectives, c'est probablement retrouver une ambition, à un moment où l'Europe redéfinit sa politique agricole, et où le Royaume-Uni va quitter l'union. Pour Daniel Prieur, "la question du prix est centrale. On est dans une sphère mondiale qui n'est pas composée que de producteurs et d'acheteurs. Il suffirait de peu de choses pour réorienter les marchés. Il faut que les filières soient sérieuses. Il faut s'appuyer sur des stratégies de filière, et être dans une logique de partage de valeur ajoutée".

Pour une action concertée

Le cœur des discussions reste bien-sûr de savoir comment se redonner de la visibilité et de l'anticipation. Il faudrait préparer l'avenir. Or, "en 2015 on sort des quotas laitiers pas vraiment préparés quand d'autres pays étaient dans les starting blocks". Autre souci : "Les différents reports d'échéance obtenus ont un "effet pervers" puisqu'ils repoussent le développement et la modernisation". Plusieurs autres pistes sont aussi évoquées au cours des échanges. Pour les responsables nationaux, l'annonce de la Commission d'un plan d'aide de réduction volontaire de la production en lait va dans le bon sens. Mais il ne faut pas seulement attendre de l'argent de Bruxelles, il faut aussi que Paris mettre de l'argent sur la table. D'une façon plus globale, l'importance d'une action concertée et cohérente avec les Régions dans le cadre du développement des territoires ruraux est aussi évoquée. Enfin, revaloriser les produits français en mettant en avant le "Manger français" est une des pistes d'action mais qui doit s'inscrire sur le long terme tel un lobbying permanent. Cette stratégie demande de s'organiser en région, et d'être incontournable pour être les mieux-disants sur les appels d'offre.

Au cœur de l'été, cette rencontre sur le terrain voulait marquer, pour l'Ouest de la France, le début d'une nouvelle phase d'action. Après une année 2015 très revendicative, 2016 se situe plus dans une perspective de réflexion et de reconstruction. La poursuite des actions de l'État, de l'Europe, des Régions et des filières est bien-sûr attendue mais surtout la mise en commun de leurs moyens pour aider encore le maximum d'exploitations et leur permettre de retrouver des perspectives économiques. L'exercice n'est pas facile. Comme le dit Rachel Le Dirach : "le mal-être est toujours et encore plus présent partout". Difficile dans ses conditions de se remobiliser, de faire adhérer à un projet qui peut sembler encore bien lointain, surtout après des mois d'action intense. Définir une stratégie pour l'agriculture passe peut-être par la définition d'une nouvelle stratégie syndicale. C'était tout le sens de cette journée dans l'Ouest.

Il y a eu 1976, il y aura 2016

Xavier Beulin était présent à Sulniac. Extraits.

Les anciens citaient 1976 comme l'année la plus difficile, 2016 sera sans doute la nouvelle référence. Le pragmatisme impose de rechercher toutes les solutions pour répondre à chaque famille d'agriculteurs. Tout le monde a un morceau de la réponse pour faire face. La transformation doit soutenir les éleveurs et ne plus avoir le seul mot "baisse des prix" à la bouche. Nous élaborons un plan massif de refinancement des exploitations qui passerait par les banques, avec un fonds de garantie et de refinancement des banques via la BPI. Face à l'ampleur des difficultés, nous aurons besoins de la mobilisation de tous en incluant les pouvoirs publics. Le conseil des ministres européens se réunira du 28 août au 1er septembre ; nous voulons envoyer un message dans leur direction pour une PAC plus compétitive, plus résiliente et plus durable. Il faut intégrer des systèmes de gestion des crises et des systèmes assurantiels.

La FNSEA manifestera pendant le conseil des ministres le 1er septembre

Daniel Prieur, secrétaire général de la FNSEA, situe son action dans un mouvement d'écoute plus vaste. Les 1er et 2 septembre, le Conseil des ministres de l'agriculture européens se tiendra à Chambord. En amont de cette réunion, "la FNSEA souhaite réunir toutes les organisations, prendre un peu le pouls des différentes situations, pour pouvoir faire des propositions. On a prévu un quadrillage de l'hexagone avec différents sujets. Dans pratiquement toutes les productions, on est dans une situation de crise liée à des éléments soit de production, soit de prix, quelquefois les deux et surtout dans une crise qui dure".

En marge de cette réunion des ministres de l’Agriculture européens, la FNSEA et Jeunes agriculteurs (JA) ont lancé un appel à mobilisation. Une vaste manifestation se fera au Parc équestre fédéral de Lamotte-Beuvron (41) en région Centre-Val de Loire, le 1er septembre prochain, face à la crise sans précédent qui touche l’ensemble des filières.

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