Terra 10 février 2017 à 08h00 | Par Emmanuelle Le Corre

Le préfet à l'écoute du terrain et des professionnels

La FDSEA a organisé la visite de deux exploitations avec le nouveau préfet des Côtes d'Armor, Yves Le Breton et le nouveau directeur de la DDTM, Pierre Bessin. Pendant une journée, le préfet est allé à la rencontre des agriculteurs et des professionnels du syndicat. L'occasion de faire passer des messages sur le partage des marges, la transparence et la sauvegarde du secteur agricole.

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L'éleveur Jean-Yves Nogues avec le nouveau préfet Yves Le Breton et le nouveau directeur de la DDTM Pierre Bessin.
L'éleveur Jean-Yves Nogues avec le nouveau préfet Yves Le Breton et le nouveau directeur de la DDTM Pierre Bessin. - © terra

Vendredi 3 février, le préfet des Côtes d'Armor s'est rendu dans deux élevages à l'est du département - l'un en production laitière à Caulnes le matin, l'autre en production de volailles de chair à Plouasne l'après-midi (Scea de la Grand Coudray). En poste depuis fin novembre, le préfet entame une étape de découverte des secteurs économiques du département. "Maintenant je programme des visites d'entreprises et d'exploitations agricoles", annonçait-il fin janvier. Cette sortie sur le terrain a été organisée par le réseau FDSEA qui a profité de cette rencontre pour décrire au représentant de l'Etat les problèmes rencontrés par les filières : les difficultés des éleveurs, les prix bas, le partage des marges, l'absence de transparance, le pouvoir des industriels et de la grande distribution, la perte de compétitivité...
"Aujourd'hui, le producteur est ficelé, il n'a qu'à se taire et travailler. Impossible de changer de transformateur, on manque cruellement de liberté d'entreprendre", décrit Didier Lucas.

Changer la donne
Le préfet a d'abord était reçu au Gaec Nogues-Briand à Caulnes. L'élevage laitier a évolué récemment. Avec le départ à la retraite d'un des associés, Aurélien Briand s'est installé en juillet 2015 après un contrat de pré-installation d'une durée d'un an. Si le volume de lait produit était de l'ordre de 450 000 litres jusqu'alors, avec l'installation d'Aurélien Briand et l'attribution laitière, "l'objectif est d'atteindre progressivement 800 000 litres de lait d'ici un an et demi", indique Jean-Yves Nogues, qui ajoute : "vu la conjoncture, on monte doucement en lait. Avec un prix du lait aussi bas, on n'achète pas de bêtes". Le Gaec exploite une surface de 136 ha et possède un petit atelier d'engraissement de porcs de 180 places.
Installé en 1993 dans l'Earl familial avec sa mère, Jean-Yves Nogues décrit une situation intenable pour les producteurs de lait. "Aujourd'hui avec 650 000 litres de lait, je ne gagne pas plus qu'en 1993 où l'on produisait 180 000 litres avec ma mère. Physiquement, moralement, psychiquement, c'est dur. Si on continue ainsi, on va droit dans le mur. D'ailleurs, nous y sommes déjà avec les arrêts, les divorces et les suicides... Avoir des cours comme aujourd'hui, je ne l'admets pas. A qui la faute ?", questionne le producteur de lait devant le préfet et les officiels présents.

Le groupe en visite au Gaec Nogues-Briand le 3 février à Caulnes.
Le groupe en visite au Gaec Nogues-Briand le 3 février à Caulnes. - © terra

L'aide des pouvoirs publics
La FDSEA estime que le manque de transparence des transformateurs laitiers et la guerre des prix bas des GMS impactent la filière ; que le partage des marges doit passer par une volonté politique plus ferme. "La charte des valeurs a été mise en place de sorte qu'il y ait un retour aux producteurs. Mais il n'y a pas de transparence. Si on veut un partage des marges équitables entre GMS, transformateur et producteur, les pouvoirs publics sont obligés de nous aider", insiste Yves Bazy, secrétaire général. "La loi Sapin 2 ne va pas assez loin, c'est trop léger. Les politiques doivent légiférer, depuis le temps !", appuie Jean-Luc Dupas. "La grande distribution détruit nos territoires", complète le président Didier Lucas.
Autre dossier que le syndicat porte, celui du "manger français". Un sujet surlequel  le préfet s'est montré vivement intéressé. "L'étiquetage  a de l'impact. Je crois beaucoup à la responsabilisation du consommateur. Je suis prêt à travailler là-dessus, nous pouvons faire ensemble des opérations de communication", a-t-il proposé.
Dans le département très agricole des Côtes d'Armor, "sans agriculteurs, le système tombera", prévient Didier Lucas. "Nous avons besoin d'un préfet et d'un directeur de DDTM réactifs".

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