Terra 15 février 2018 à 08h00 | Par Marcel Denieul, président de la chambre d'agriculture d'Ille-et-Vilaine

Menace de détournement

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Marcel Denieul, président de la chambre d'agriculture d'Ille-et-Vilaine.
Marcel Denieul, président de la chambre d'agriculture d'Ille-et-Vilaine. - © Terra

On a stigmatisé les clients qui se sont rués sur les pots de Nutella à moins 70 %. Triste détournement du vrai scandale.

D’un côté, un distributeur qui ose tout pour démontrer que les consommateurs, notamment ceux qui disposent d’un faible pouvoir d’achat, sont toujours demandeurs de prix bas ; de l’autre, une grande marque qui s’offre un super buzz sans débourser l’achat d’un espace publicitaire. Pas un jour depuis ce début d’année sans que les distributeurs ne communiquent, soit sur leurs promotions, soit sur leurs nouvelles stratégies sur les produits alimentaires. Ils s'accaparent systématiquement les modes de production. Il y a là une véritable menace de détournement de la valeur ajoutée, alors que les États généraux de l’alimentation visaient un retour équitable de la valeur ajoutée vers les producteurs.

Les agriculteurs que nous avons rencontrés au cours de réunions dans les quatre départements ne demandent qu’à croire les intentions affichées dans le projet de loi adopté par le conseil des ministres ou dans la charte des engagements relative aux relations commerciales. Mais ils ne sont clairement dupes de rien. L’ambiance est plutôt à la défiance qu’à la confiance, à un déficit de reconnaissance économique et sociale chronique.

La loi de la République peut-elle moraliser, réguler, protéger, de la seule loi du marché ? La loi est nécessaire, mais elle ne sera pas suffisante pour empêcher l’aval, et notamment la distribution, les grandes enseignes d’aujourd’hui ou Amazon demain, de préempter la transition alimentaire. Le risque d’une intégration rampante, subie et excluante, sous couvert de réponse aux attentes des consommateurs, est en embuscade. La fenêtre de tir est étroite pour les producteurs et les organisations de producteurs. La loi n’est rien sans une volonté collective. C’est à nous producteurs de prendre la main sur la proposition de cahiers des charges qui répondent aux attentes de nos clients finaux, les consommateurs. À l’évidence, nous avons trop délégué cette responsabilité.

Chaque maillon s’occupait de son maillon. Faut-il s’étonner que la création de valeur et sa juste répartition se soit mal construite, puis de plus en plus dégradée ? Ces dernières semaines, les AG territoriales de coopératives semblent faire le plein. Les producteurs revendiquent d’être mieux informés pour mieux comprendre les stratégies en aval de leur exploitation. L’implication dans son OP ou sa coopérative constitue une première étape pour réduire la distance entre les producteurs et leurs clients finaux. OP et coopératives ont un rôle majeur à jouer sur cet enjeu.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui