Terra 02 novembre 2017 à 08h00 | Par Yannick Ramonet, chambre d'agriculture de Bretagne.

Quinze ans de bien-être dans les élevages porcins

Au cours des quinze dernières années, la mise aux normes pour loger les truies en groupe a été l’élément marquant de l’application de la réglementation bien-être. On ne convertit cependant pas d’un coup de baguette magique les 3 300 sites de naissage bretons à de nouvelles pratiques. Petite rétrospective.

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En Bretagne, plus de 300 millions d'euros ont été investis par les éleveurs pour se mettre aux normes, avec des réalisations individuelles depuis les aménagements a minima jusqu’au bâtiment neuf.
En Bretagne, plus de 300 millions d'euros ont été investis par les éleveurs pour se mettre aux normes, avec des réalisations individuelles depuis les aménagements a minima jusqu’au bâtiment neuf. - © Terra

L’arrêté "établissant les normes minimales relatives à la protection des porcs" a été publié au JO en janvier 2003. Il marque le début de l’application des mesures "bien-être" dans les élevages en France, dont le fait essentiel est le logement des truies en groupe. Au 1er janvier 2013, tous les élevages d’Europe devaient avoir leurs truies en groupe.

Des premières années de tâtonnement

En 2003, plus de 90 % des truies étaient bloquées en stalles individuelles et quelques truies étaient encore à l’attache. Les éleveurs et leurs techniciens manquaient de références sur l’élevage des truies en groupe, considéré alors par certains comme une pratique d’arrière-garde, donnant des performances catastrophiques et des conditions de travail dégradées.

Les bâtiments neufs et les réaménagements construits au début des années 2000 étaient principalement des petites cases de 6-8 truies avec bat-flanc ou des réfectoires auto-bloquants avec courette. Ces modes de logement rassuraient les éleveurs car il se rapprochait du logement avec des truies bloquées. Le DAC (Distribution automatique de concentré) souffrait d’une très mauvaise image, liée à une expérience malheureuse dans les années 1980 et à l’absence d’un réel accompagnement des équipementiers pour l’aménagement des bâtiments et le suivi après vente. Certains équipements ont rapidement été abandonnés tels que les doseurs à distribution lente ou certaines portes arrière de réfectoire.

Règlementation et technique

Très rapidement, les concepteurs de bâtiments ont dû faire face à des imprécisions sur l’interprétation de la réglementation. La surface minimale par truie et la dimension minimale de la case étaient fixées. Mais comment devait-on mesurer la case pour ne pas être en défaut si l’interprétation du technicien ou de l’équipementier n’était pas la même que celle des administrations ? Les questions étaient remontées auprès des administrations par les représentants professionnels qui élaboraient par ailleurs des propositions.

Au début des années 2000, les éleveurs qui ont des truies en groupes, parfois de longue date, ont été enquêtés. Des travaux plus spécifiques – sur la mise au point de matériel ou les conditions de travail par exemple – sont réalisés en élevages ou en station. L’expérience dans les pays d’Europe du Nord est alors regardée de près.

La sensibilisation des éleveurs et la diffusion des résultats se sont faites très tôt. En 2001, la plateforme recherche et développement du Space est alors consacrée à l’élevage des truies en groupe, avec présentation de matériel et témoignage d’éleveurs. En 2010, les chambres d’agriculture de Bretagne organisent des portes ouvertes dans les stations pour présenter les résultats des études et le matériel disponible. Des visites dans les élevages équipés sont proposées par les groupements de producteurs, les chambres d’agriculture ou les éleveurs eux-mêmes.

Résistance au changement ou nouveauté

De nombreux messages sur les truies en groupe diffusés dans les années 2003-2008 sont encore ressentis négativement. Des propos sur les baisses de performances ou les coûts d’investissement ont eu un écho important, freinant probablement l’engagement de certains éleveurs. Vers les années 2010, des éleveurs espèrent encore un délai supplémentaire pour faire les travaux, voire la possibilité pour certains de ne pas avoir besoin de se mettre aux normes.

Dans le même temps, les résultats se sont affinés. Les témoignages d’éleveurs récemment équipés sont plutôt positifs, certains trouvant même un nouveau sens à leur métier d’éleveur par une amélioration du lien avec les truies. La GTTT démontre que les performances des truies en groupes seraient comparables à celles des truies bloquées. Certains aménagements pourtant décriés au début des années 2000 se sont développés. Le DAC permet ainsi de bénéficier de surfaces réglementairement inférieures pour les grands groupes de truies, seul équipement avec lequel une alimentation individuelle des animaux est possible. Ce développement s’est fait aussi grâce à l’expérience des équipementiers d’Europe du Nord qui ont apporté leur matériel et des conseils sur l’aménagement des salles et la conduite des truies.

Coûts importants et bouleversements

En Bretagne, plus de 300 millions d'euros ont été investis par les éleveurs pour se mettre aux normes, avec des réalisations individuelles depuis les aménagements a minima jusqu’au bâtiment neuf. Les travaux ont aussi été l’occasion de nombreuses restructurations des exploitations : réduction du cheptel pour gagner en cohérence et réduire les coûts d’investissement, agrandissement de l’élevage. D’après la Draaf Bretagne, en 2014, 18 % des sites se sont mis aux normes en arrêtant les truies. Quelques éleveurs ont fait le choix de réunir leurs troupeaux, parfois sous forme de maternités collectives, autant pour des questions d’organisation du travail que pour des questions économiques.

En 2012, 22 % des exploitations étaient aux normes en Bretagne. La préfecture a constitué une cellule de suivi qui réunissait les services de l’État et les organisations professionnelles. Le ton était donné, il n’y aurait pas de report sur l’échéance. Les éleveurs qui n’étaient pas aux normes étaient invités à déclarer ce qu’ils comptaient faire et dans quels délais. Des aides à l’investissement étaient consenties, en moyenne 17 600 euros par exploitation en 2013 pour couvrir 16 % du montant de l’investissement. Au 1er novembre 2013, 1 400 élevages bretons avaient été contrôlés, pouvant aller jusqu’à une mise en demeure, un délai de quelques mois étant accordé pour réaliser les travaux nécessaires. Fin 2013, entre 80 et 90 % des élevages étaient conformes en France, une situation analogue à d’autres pays européens. En 2014, la France annonçait la fin de la mise aux normes.

Au début des années 2000, le bien-être animal pénétrait peu la sphère publique et était d’abord une question de spécialistes. Entre les attentes sociétales et commerciales actuelles, les acteurs qui s’impliquent dans le débat sur le bien-être sont plus nombreux. Garder en mémoire la manière dont la mise aux normes truies en groupes s’est faite est essentiel pour comprendre le contexte et répondre aux demandes diverses et complexes du moment sur le bien-être des porcs.

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