Terra 22 avril 2016 à 08h00 | Par Hélène Bonneau

Quels débouchés pour les œufs standard demain ?

Qualité, tendances de consommation, communication, export… lors de l'assemblée générale du groupement de producteurs Armor œufs, toutes les pistes ont été passées en revue, avec un objectif : maintenir un équilibre du marché et un prix rémunérateur.

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Armor oeufs regroupe 55 éleveurs pour une production de 1,4 milliard d'oeufs. © Y. Thoraval Yann Renouvel, directeur général du domaine de la transformation animale du groupe Avril. © Terra

À une époque, vos œufs étaient toujours destinés au même débouché. Aujourd’hui, ils changent davantage d'une affectation à une autre - de la GMS, à l'ovoproduit, à l'export - pour optimiser les flux, la logistique, et faire en sorte que les œufs soient affectés sur les débouchés où ils seront les mieux valorisés", explique Yannick Thoraval, responsable amont de la fililère œuf du groupe Avril, aux 200 personnes présentes à Locminé (56) à l'occasion de l'assemblée générale du groupement. Pour se faire, une équipe commerciale de négoce a été créée il y a un an, avec l'ensemble de ses collaborateurs regroupés sur un même site à Saint-Gérand (56).

Toujours dans un souci de valorisation de la production, Sanders Bretagne propose un contrat "Opti end" qui permet aux éleveurs de prolonger la production de 72 semaines à 78 voire 80 semaines. Bien que moindre, le prix d'achat de l'œuf est bénéfique pour l'éleveur puisque les poules sont amorties à ce stade de fin de ponte. Et pour les casseries, à l'aval, les œufs arrivent à un prix compétitif. "Alors que la France est en surproduction, des œufs sont importés pour l'équivalent de 40 000 tonnes par an à destination des casseries soit 5 % de la production française", précise Yannick Thoraval. L'objectif est donc d'être compétitif pour pouvoir concurrencer les volumes importés. Un total de 2,8 millions de poules sont à ce jour concernées par ce contrat Opti end.

L'export, la clé pour une production stable

Patrick Aulard, directeur général d’Ovoteam, venu présenter la nouvelle stratégie marketing du groupe, affirme que le marché des ovoproduits "est en pleine croissance, avec une progression entre 5 et 10 % selon la typologie des ovoproduits". Et force est de constater que cette opportunité pour la filière œuf française se combine avec les atouts d’une "qualité France" reconnue, une performance technique forte, le développement du marché asiatique et des crises sanitaires importantes dans certains bassins de production. Aujourd’hui, 33 % des exportations mondiales d’œufs sont européennes, ce qui révèle la compétitivité de la zone euro. "Il existe des flux, notamment en Asie du Sud-Est et en Amérique du Nord dont nous devons nous emparer", estime Yann Renouvel, directeur général du domaine de la transformation animale pour Avril. "Cependant, notre mobilisation sur l’export ne doit pas dépendre de la situation du marché domestique. Nous exportons 5 000 tonnes d'œufs coquille par an (vers la Suisse essentiellement), soit seulement 1 % de notre production. Nous sommes inexistants, nous n’avons pas de structures, nous devons considérer cela comme une opportunité de développement". La commercialisation systématique vers le grand export commence à prendre forme, notamment via la création d’une société commerciale de négoce d’œufs française, EggXagone. Un nom à vocation clairement internationale qui affiche l’ambition de commercialiser 5 à 10 % de la production d’œufs standard à l’export. "Le marché extérieur n’est pas une opportunité. Il doit être envisagé comme un débouché structurel qui limitera les impacts sociaux des changement des modes de consommation", assure Yann Renouvel.

Monoprix et évolution des marchés

En 2015, le transfert des œufs de consommation du standard vers l’alternatif a atteint 8 % auxquels s’ajoutent déjà 6 % sur le premier trimestre 2016. Quelle stratégie adopter alors que la demande des consommateurs ne suit pas la logique d’amortissement des élevages ? "On ne se met pas au travers d’une tendance, on peut seulement la freiner… Nous devons garder un maximum de potentiel d’éleveurs tout en nous adaptant à ces tendances incontournables", préconise le directeur général.

Aussi l’annonce de Monoprix de ne plus commercialiser des œufs standards dans ses rayons (en produits frais et transformés) a fait du bruit. Une décision rapide, unilatérale de la distribution qui peut peser sur l’équilibre des marchés. "5 % de surproduction, c’est environ 20 % de baisse des cours du marché", estime Yann Renouvel. Pour les professionnels, le problème ici est que la grande distribution décide à la place des consommateurs. Wallmart, Burger King, McDo, Heinz, Kraft Food ont également annoncé la fin des œufs "cage" à plus ou moins long terme. "Ces multinationales décident que nous ne mangerons plus d’œufs "code 3". Nous devons envisager le pire et faire du lobbying auprès de nos élus. Ce n’est pas parce que c’est une tendance de fond qu’elle est bonne", insiste Yann Renouvel à des éleveurs inquiets de cette évolution des marchés.

 

Influenza aviaire : la vigilance reste de rigueur

La qualité sanitaire des produits français est le meilleur garant du développement export. Une exigence de tous les jours pour les éleveurs soumis à des règles préventives toujours plus drastiques. Sophie Lagadec-Pelle, vétérinaire pour Sanders a rappelé les règles de protection des élevages face à l’influenza aviaire : "au 1er juillet, toutes les exploitations avicoles françaises devront appliquer le plan de biosécurité". Un plan de lutte parfois difficile à mettre en œuvre pour les éleveurs soumis à un passage par le sas sanitaire et un lavage des mains à chaque entrée dans les bâtiments. "Les éleveurs devront également jouer le rôle de policier en obligeant les intervenants extérieurs à la même rigueur. Tout ce qui relève de l’entraide doit aussi être sujet à vérification, comme le prêt de matériel", insiste la vétérinaire. Le zonage des élevages, déjà obligatoire va faire l’objet de contrôles plus rigoureux. L’arrêté prévoit aussi que chaque camion soit nettoyé et désinfecté à l'entrée de l'élevage. Des mesures qui agacent les éleveurs qui rappellent que la maladie est arrivée par des basses-cours privées. "Les municipalités incitent les citoyens à avoir deux poules dans le jardin, or le développement de ces micro basses-cours représente des risques conséquents. C’est nous qui payons les pots cassés", s’insurge un éleveur. Mal maîtrisées, pas vraiment recensées, ces initiatives peuvent peser lourd sur les élevages professionnels. Franck Picard, le président du groupement incite les "agriculteurs à sensibiliser les élus lors de ces distributions de poules dans les communes. De notre côté, nous travaillons pour faire descendre le seuil de contrôle de 200 à 50 poules".

Ovoteam replace l’éleveur au cœur du marketing

C’est par un mea culpa que Patrick Aulard a débuté son allocution : "Nous n’avons pas suffisamment utilisé l’image de l’éleveur dans notre communication. Nous allons reprendre le discours de la filière et nos éleveurs dans notre marketing". Une annonce qui prend forme alors que le directeur présente le nouveau logo de la marque et la refonte de l’organisation de la filière œufs pour le groupe Avril. "Nos clients avaient du mal à nous identifier. Nous recentrons notre stratégie autour de la marque "Matines", présente en GMS et Ovoteam pour les professionnels", reprend le directeur.

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