Terra 16 février 2018 à 11h00 | Par Emmanuelle Le Corre

Le Coco de Paimpol dans une impasse technique

Pas de répit pour les producteurs de Coco de Paimpol qui après avoir connu une année compliquée avec l'embauche des saisonniers, se voit privés de solution technique contre la mouche des semis.

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Inquiétude des producteurs de Coco après une baisse de 25% des surfaces et de 13% des producteurs en 2017.
Inquiétude des producteurs de Coco après une baisse de 25% des surfaces et de 13% des producteurs en 2017. - © terra

Le Coco de Paimpol AOP, porte-drapeau du département des Côtes d'Armor, connaît une très mauvaise passe. L'application du nouveau cadre règlementaire à l'embauche des saisonniers (passage au smic horaire) a accentué en 2017 la baisse du nombre de producteurs (-13 %), soit 201 producteurs livreurs. "Les surfaces sont en baisse de 25 % à 750 ha et nous avons 30 producteurs qui ont arrêté les semis", décrit Gérard Le Meur, président du syndicat de défense de l'AOP"Coco de Paimpol". Vient s'ajouter un frein technique cette fois-ci puisque l'administration a décidé de façon unilatérale d'interdire l'utilisation de l'insecticide utilisé contre la mouche des semis. En l'absence d'alternatives, l'inquiétude est forte chez les producteurs de haricot à l'approche des semis.


Une saison et un marché porteurs
Malgré le décrochage des surfaces semées (750 ha contre 978 ha en 2016), la campagne 2017 s'en sort plutôt bien. Des rendements exceptionnels - une moyenne de 7,8 t/ha - ont freiné la chute des tonnages à 5 842 tonnes. Le marché a tenu un bon prix à 1,45 EUR/kg. "Nous avons eu une année 2017 avec des apports réguliers, sans pic comme les autres années", décrit le président. La régularité des apports a donc permis de conserver un marché dynamique : le chiffre d'affaires de 8 640 000 EUR ne connaît pas de décrochage (se situe dans la fourchette des années 2012 à 2015).

Un climat plus apaisé
Après accord en avril 2017 entre les syndicats et la profession, un nouveau cadre réglementaire des saisonniers était mis en place, (fiche d'enregistrement des heures, signature des salariés...). Fin août, dans un climat de tension, le Préfet du département avait été invité dans une parcelle pour évoquer la charge administrative des employeurs et la pression des contrôles (13 producteurs contrôlés). Depuis le climat s'est apaisé. "La rencontre avec la Direccte et les syndicats le 25 janvier 2018, a été plutôt positive. Les syndicats et l'administration reconnaissent que la profession a réalisé des efforts pour répondre à cette nouvelle règlementation", résume le syndicat.


Inquiètude pour la prochaine saison
Suite à une émission "Cash investigation" il y a un an sur les produits phytosanitaires, le ministre de l'agriculture s'était engagé à restreindre, voire interdire l'utilisation de certaines molécules. C'est chose faite. L'interdiction, sans autres alternatives, prive les producteurs de haricots grains (flageolet, Coco de Paimpol, Mogette de Vendée, Lingot du Nord ...) de toutes solutions contre la mouche des semis. Réunis en assemblée générale vendredi 9 février, les producteurs auraient souhaité un délai dans l'attente de solutions alternatives. "La mouche des semis pond au printemps, principalement de mars à mai. Des essais en production AB à la station Terre d'Essais à Pleumeur-Gautier montrent des destructions jusqu'à 80 % sur le haricot vert et le coco", rapporte Jean-Jo Habasque, conseiller légumes à la chambre d'agriculture de Bretagne. Le haricot non écossé bénéficie d'une homologation pour un insecticide microgranulé efficace à 21 %, alors que "la protection des semences agissait à plus de 80 % tout en utilisant très peu de produit par hectare". Le haricot écossé, plus rien. "On peut se prendre un carton ! Tout dépendra du climat et des conditions de levée : un haricot qui tarde à lever sera plus exposé à la mouche". Après l'érosion que vient de connaître la filière, la situation se passe de commentaires.

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