Terra 18 janvier 2018 à 08h00 | Par Paul Jégat

La médiation, pour trouver un accord sur le désaccord entre associés

Le relais médiation agricole devient régional, avec la volonté de permettre que partout en Bretagne puisse être trouvée une solution honorable aux conflits humains qui minent la relation entre associés et menacent le fonctionnement du Gaec.

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La médiation n'est pas une thérapie ou une démarche de soin. Elle est un appui pour permettre de sortir de la confrontation et trouver une issue concertée à une crise qui menace et fragilise la société et ses associés.
La médiation n'est pas une thérapie ou une démarche de soin. Elle est un appui pour permettre de sortir de la confrontation et trouver une issue concertée à une crise qui menace et fragilise la société et ses associés. - © Gutner archives

Le relais médiation du Morbihan s'est constitué en 2003 à l'initiative de quelques responsables professionnels agricoles inquiets de la tournure dramatique que pouvaient prendre les conflits entre associés en Gaec. Dans ces situations, la mésentente était telle qu'elle aboutissait - avec pertes et fracas - à la dissolution de la société et à la fragilisation des personnes. De tels échecs n'ont pas seulement ému ceux qui en étaient témoins, ils ont peu a peu incité les uns et les autres à vouloir éviter l'irréparable. C'est ainsi que petit à petit les bonnes volontés se sont agrégées autour de Pierre Tassé, agriculteur, des groupes de de développement et de la chambre d'agriculture du Morbihan afin d'organiser une forme d'appui aux personnes engluées dans des problèmes relationnels avec leurs associés, parfois membres de la même famille. Et, plutôt que de bricoler une intervention maladroite et inefficace, ces volontaires ont à l'époque cherché conseil auprès de spécialistes de la médiation. La pratique, très développée outre-Atlantique tend à se répandre en France, avec quelques expériences agricoles fructueuses en Vendée, en Loire-Atlantique et dans le Morbihan. Ici, cette médiation agricole s'est structurée avec le soutien de la chambre d'agriculture en faisant appel à des agriculteurs volontaires pour accompagner les exploitants demandeurs de cette médiation. Le bilan est là : 71 médiations ont été menées depuis 2003, réalisées par 12 médiateurs agriculteurs ou agricultrices qui se sont formées à la pratique. Une médiation, puis deux, trois... Les sollicitations sont devenues plus nombreuses au fil du temps, souvent proposées aux personnes rencontrant ces difficultés relationelles extrêmes avec leur(s) associé(es) par les représentants d'organisations agricoles témoins de ces conflits aux conséquences humaines et professionnelles désastreuses. En 2017, le relais médiation du Morbihan est intervenu dans une dizaine de situations et cinq sont aujourd'hui terminées.

En 2018, les chiffres seront plus élevés du fait du redimensionnement régional du relais médiation. Dans chacun des départements bretons, il est désormais possible de faire appel à des médiateurs agriculteurs (ou agriculteurs/salariés retraités de l'agriculture) formés pour ce type d'intervention. 33 personnes sont engagées dans ce dispositif régional et 21 se sont formées à devenir médiateur-trice. Des conseillers des chambres d'agriculture de Bretagne ont été désignés animateurs départementaux pour accompagner le réseau et assurer l'accueil et l'orientation des demandes de médiation.

Qui peut recourir à la médiation ?

La médiation entre associés d'un Gaec ne se décrète pas, elle ne peut être imposée à des personnes ne voulant pas y recourir. De la même manière, cet accompagnement ne vaut que dans certaines situations de conflits entre associés, lorsque la difficulté relationnelle est le premier problème. Il ne s'agit pas d'une thérapie ou d'une démarche de soin mais d'un appui pour permettre de sortir de la confrontation pour trouver une issue concertée à une crise qui menace et fragilise la société et ses associés, ce que Pierre Tassé explique sans ambiguité et avec des mots simples : "trouver un accord sur le désaccord entre associés". Pour donner toutes ses chances à la reprise de l'écoute et du dialogue, l'acceptation de cette médiation par tous les associés est la première condition du déclenchement de cet appui. Si l'un ou l'autre refuse la médiation, elle se ne fera pas.

Nathalie Darras, coordonatrice régionale du relais médiation, insiste aussi sur l'importance d'un accompagnement par des personnes qui connaissent bien les réalités du travail sur l'exploitation.

"Dire les choses"

Le plus souvent, la médiation fait suite au conseil d'un technicien intervenant sur l'exploitation. Les agriculteurs peuvent faire appel au relais médiation. Il faut toutefois que l'ensemble des associés soit d'accord. Sur les dix accompagnements suivis par le relais médiation en 2017, cinq concernaient des sociétés familiales dont quatre entre frères, et cinq concernaient des sociétés entre tiers. Avant l'engagement d'un accompagnement, le relais médiation peut assurer un rôle d'écoute et de conseil, ce contact est déterminant pour la suite. "Même s'il n'aboutit pas, il est l'occasion de dire les choses", explique Nathalie Darras.
Nathalie Darras, coordonatrice régionale du relais médiation
Nathalie Darras, coordonatrice régionale du relais médiation - © Terra

Nathalie Darras, animatrice du relais médiation

Des associés de Gaec qui ne s'entendent plus, la situation est fréquente et peut entraîner ceux et celles qui la vivent dans une très grande détresse et des difficultés sans fin, économiques et humaines. Sortir du conflit ? C'est la mission que s'est donné le relais médiation, avec l'appui de la chambre d'agriculture. Créé dans le Morbihan en 2003, il devient régional cette année. Les conditions d'une médiation réussie reposent sur la volonté des associés de renouer un dialogue rompu. L'accompagnement est assuré par des médiateurs agriculteurs. Et la démarche est confidentielle, rien ne sortira des échanges entre les protagonistes. Le point avec Nathalie Darras, coordonnatrice régionale du relais médiation.

La médiation, c'est quoi ?

Nathalie Darras. C'est la possibilité de renouer la communication entre différentes parties qui sont en conflit, que chacun puisse écouter l'autre, mieux se comprendre, rechercher ensemble des solutions.

Quand engage-t-on une médiation ?

N. D. Quand on a des difficultés de communication, quand les gens s'évitent, quand l'un fuit l'autre, quand chacun se met à faire des mauvaises interprétations de ce qui est dit par l'autre.

Qui décide de lancer une médiation ?

N. D. Souvent, c'est une des personnes qui se sent le plus mal et appelle le relais médiation. En réponse, on explique ce qu'est une médiation et les principes d'une médiation. Elle ne peut commencer que s'il y accord des autres associés pour engager cette médiation.

Qui est le médiateur et quel est son rôle ?

N. D. On choisit les médiateurs de façon à ce qu'ils soient totalement neutres et impartiaux par rapport à cette médiation. Le Morbihan compte aujourd'hui 12 médiateurs formés, ils sont tous agriculteurs ou anciens agriculteurs. Depuis cette année, on a ouvert la possibilité de devenir médiateur à des anciens salariés des organisations professionnelles. Dans tous les cas, quand des médiateurs interviennent, ils sont systématiquement deux dont au moins un agriculteur ou une agricultrice et toujours un homme et une femme, formés à la méthodologie de la médiation. D'autres conditions s'ajoutent, les médiateurs ne peuvent pas être du même secteur géographique que les personnes concernées par la médiation pour qu'il n'y ait aucune interférence possible sur la médiation.

À quoi aboutit une médiation ?

N. D. Dans l'idéal, l'objectif est que les associés réussissent à dépasser leurs différends et arrivent à mieux se comprendre, qu'ils aient perçu ce qui ne va pas. Quelle que soit la situation, la solution se trouve au cas par cas. Les associés peuvent aussi en venir à la conclusion qu'il n'y a pas d'accord possible et donc pas de solution autre qu'une séparation. La médiation fera en sorte de les aider à se séparer dans les moins mauvaises conditions possibles. Il se peut encore qu'il y ait besoin de faire appel à un expert, juridique ou financier, et que cela apporte de l'aide à la prise de décision. Mais le conflit est d'abord un problème relationnel, le financier intervient comme une conséquence. Et le problème relationnel repose parfois sur une question d'inéquité qui se traduit par des conséquences financières.

Quelles sont les conditions d'une bonne entente entre associés ?

N. D. La toute première, c'est qu'il y ait un projet partagé, c'est la base. Ensuite, il faut mettre en place une organisation du travail qui garantira une forme d'équité entre les personnes. Il faut également définir un cadre, des horaires, une répartition des responsabilités, un réglement intérieur adapté aux besoins de la société, écrit et discuté par les associés. Il faut aussi prévoir des temps de réunion entre associés et même faire un bilan annuel qui permette de faire le point.

Peut-on réconcilier des associés qui ne s'entendent plus ?

N. D. Nous faisons en sorte que des associés qui ne s'entendent plus puissent se réconcilier, mais quand ce n'est pas possible -ce qui arrive-, les associés peuvent en venir à la conclusion qu'ils ne partagent plus le même projet. La médiation est utile précisément pour se situer par rapport au projet constitutif de la société. Est-on capable de revenir à ce projet ou de le faire évoluer ? C'est la grande question à laquelle la médiation peut aider à répondre.

Propos recueillis par Paul Jégat

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