Terra 22 mars 2018 à 15h00 | Par Chantal Pape

Quelle place pour les femmes en agriculture ?

Si un actif agricole sur trois est une active, salariés ou chef d'exploitation, quelle place est laissée aux femmes dans l'agriculture d'aujourd'hui ? Profitant d'un projet à mener dans le cadre de leur BTS, c'est la question que se sont posées deux étudiantes en lycée agricole.

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De gauche à droite : Marjorie Gougay, technico-commerciale Vitalac, Christine Corvest, agricultrice, Sophie Roux, responsable du service éco-gestion à Icoopa, et Laura L'Azou, salariée à Finistère remplacement.
De gauche à droite : Marjorie Gougay, technico-commerciale Vitalac, Christine Corvest, agricultrice, Sophie Roux, responsable du service éco-gestion à Icoopa, et Laura L'Azou, salariée à Finistère remplacement. - © Terra

"En Bretagne, 27 % des exploitations sont dirigées par des femmes. Elles représentent un quart des installations, 32 % des actifs de l'agriculture et 52 % des élèves des écoles d'agriculture". En seconde année de BTS productions animales au Nivot (29), Célia, Marie et Louis-Marie ont voulu profiter de leur PIC, leur projet d'initiative et communication, pour en savoir plus sur la condition des femmes en agriculture. "Au moment de choisir notre sujet, ce fut une évidence", explique Célia. Et le 14 mars dernier, ils ont invité quelques femmes à venir témoigner devant l'ensemble des élèves du Nivot, de la 4e à la licence pro.

 

Attendue au tournant

"On m'en a amené de plus costauds". Marjorie Gougay a essuyé quelques remarques acerbes d'éleveurs lorsque, toute jeune diplômée, elle décroche son premier poste de technico-commerciale en produits d'hygiène de traite. "Ils m'attendaient au tournant. Ils ont vu que j'étais capable, moi aussi, de livrer des bidons de plus de 70 kilos".

Technicienne en service de remplacement, Laura L'Azou, 25 ans, doit elle aussi faire ses preuves quand elle arrive sur un élevage pour la première fois. "À un jeune stagiaire de 14-15 ans, on ne pose jamais la question de savoir s'il sait conduire, on lui donne direct le gros tracteur". Pour elle, deux cas de figure, "l'éleveur qui me propose de demander à son voisin de désiler toute la semaine. Ou celui qui va rester dans un coin de la stabul' à me regarder faire". Mais une même idée au départ. "Ils considèrent d'emblée que je ne sais pas faire". Si la jeune femme reconnaît volontiers que "c'est plus maladroit que méchant", elle est lasse de devoir sans cesse se justifier. "C'est pas qu'on sait pas faire, c'est qu'on ne nous apprend pas ! Mes premiers stages, on m'a cantonné à la traite et aux soins des veaux. Jusqu'à ce que je tombe sur un bon patron de stage, qui a pris le temps de m'expliquer".


Il est où, le patron ?

Des anecdotes de ce genre, Christine Corvest, productrice de lait à Poullaouen, n'en manque pas non plus. Aînée d'une famille de sept enfants, elle suit son père partout. "Et quand je conduisais le tracteur, les gens s'arrêtaient pour me regarder. J'en ai essuyé des moqueries !" Puis elle épouse un agriculteur. Et après quelques années comme conjoint collaborateur, s'installe à son tour comme chef d'exploitation en 1991. "Mais combien de fois on m'a demandé où était le patron...". Ce qui la désole ? "Je vais partir en retraite dans quelques jours. Je me demande si, depuis le temps, les choses ont vraiment changé...".

Fille d'agriculteurs, Sophie Roux, BTAG puis BTS en poche, cherche un emploi de technicien porc. "Mais on n'a jamais répondu à mes demandes... C'était il y a plus de 25 ans. À l'époque, il n'y avait pas beaucoup de femmes dans ces métiers". Ce sera donc comptable à Icoopa. "Je partageais mon bureau avec un autre comptable. Quand les clients passaient déposer leurs factures, ils les donnaient à "la secrétaire" : ils ne pouvaient pas envisager que moi aussi, j'étais comptable". Si elle a progressé au sein de l'entreprise, en devenant d'abord conseiller de gestion puis responsable du service éco-gestion, elle reconnaît que les femmes "doivent en faire deux fois plus qu'un homme pour arriver là où elles veulent".


Les clichés ont la vie dure

Plus à l'aise en production de petits animaux, en soins aux jeunes animaux et en vente directe, moins à leur place en machinisme, élevage de gros animaux ou entretien : à en croire les 370 réponses au questionnaire établi par Marie, Célia et Louis-Marie, les clichés sur le travail des femmes en agriculture ont la vie dure ! "M'occuper de vaches ne m'a jamais posé de problème, rétorque Laura L'Azou. En fait, on nous catégorise !". "L'agriculture est un métier pour les femmes, rajoute Christine Corvest. On va remplacer la force physique qui peut nous faire défaut par de la ruse, de l'intelligence...".

En poste depuis moins de cinq ans ou plus de 35, aucune de ces femmes ne regrette aujourd'hui son choix. "Faut y aller, lance Marjorie Gougay aux filles qui seraient tentées de suivre sa voie. Y'a du boulot !" "Il faut se former et s'informer", estime de son côté Christine Corvest. "Et aimer ce qu'on fait, rajoute Laura L'Azou. On fait des métiers de passion".

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