Terra 05 janvier 2017 à 08h00 | Par Jean Dubé

La filière biogaz pourrait produire le tiers de la consommation européenne de gaz

Après quelques années difficiles où les précurseurs ont essuyé les plâtres sur un plan technique, administratif et financier, la filière biogaz se structure, se professionnalise, et se stabilise. Les perspectives de développement sont immenses et les innovations technologiques repoussent les limites de la taille des ateliers et de leur rentabilité. Des thèmes qui seront développés au cours du prochain salon Biogaz de Rennes.

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Les filières d'élevage sont un gisement important d'énergies disponibles encore très mal exploité.
Les filières d'élevage sont un gisement important d'énergies disponibles encore très mal exploité. - © Claudine Gérard

L'ensemble de la filière biogaz était réunie à Rennes en octobre dernier pour les assises annuelles des bio énergies, l'occasion de dessiner des perspectives positives liées à l'industrialisation des processus, au développement de nouvelles technologies, et à une demande de la société en énergies neutres sur un plan de la production de carbone.

"95 % de l'énergie produite en Allemagne l'est grâce au maïs"

Jean-Marc Onno, agriculteur en Morbihan a réalisé en 2002 une installation de compostage. Puis en 2007, il a lancé un projet de méthanisation qui a vu le jour en février 2010. Il produit aujourd'hui 350 kilowatt-heure électrique. Il est aussi trésorier de l'AMF, l'association des méthaniseurs de France. "Les premiers agriculteurs qui se sont lancés il y a dix ans, ont utilisé les matériels et les installations de fabrication allemande. Or, le schéma allemand n'est pas le schéma français. Les Allemands produisent du biogaz à partir de maïs. Les Français valorisent des déchets. Ce n'est pas du tout la même chose", remarque Jean-Marc Onno. "La conséquence a été un surcoût sur les installations. Certains matériels se sont usés prématurément. Il a fallu transformer certaines installations. Les précurseurs ont dû remettre à niveau leurs investissements. Ceux qui s'installent aujourd'hui n'ont plus besoin d'essuyer ces plâtres".

Construire une filière biogaz à la française

Mais si le potentiel de développement est important, les freins sont là aussi au quotidien. Le premier d'entres eux était administratif. Il fallait simplifier ce processus lourd et… coûteux. C'est pratiquement chose faite, puisque les délais administratifs ont été ramenés à 3 à 5 mois environ. Autre volet, il n'existe pas à proprement parler de formation à la méthanisation. Pour Hervé Gorius, qui intervient pour les chambres d'agriculture, "il est essentiel d'organiser la transmission des savoir et des connaissances". Actuellement, les chambres d'agriculture mettent en place une formule de "tutorat" où un futur porteur de projet va découvrir chez un collègue une installation en fonctionnement et les réalités du quotidien ! L'enjeu est  "d'organiser la montée en compétences". Jean Marc Onno indique que, avec l'appui de Groupama, un "guide des erreurs à éviter" a été édité et est à disposition des porteurs de projets. Il s'agit de permettre aux "nouveaux" producteurs d'éviter de reproduire les erreurs de leurs prédécesseurs.

Étayer sur le plan technique

Beaucoup des opérateurs techniques qui se sont lancés dans les débuts de l'aventure biogaz ne sont plus là. Par contre, la BPI (Banque Publique d'Investissement) est maintenant un des acteurs qui comptent dans cette filière puisqu'elle intervient à la fois en cofinancement de projet avec les acteurs bancaires "classiques" et en financement direct. Jean Pierre Matuszek, son représentant, est donc un observateur avisé de cette filière. "L'essentiel est d'aller chercher des compétences prouvées, reconnues, d'aller voir des installations qui fonctionnent. Il ne s'agit plus de projets agricoles mais bien de projets industriels. Le rôle du maître d'ouvrage est essentiel, c'est lui qui est responsable de la réussite du projet. Il devra savoir s'entourer, monter en compétences, se mettre en réseau pour bénéficier des expériences. L'assistance au maître d'ouvrage (AMO) sera primordiale. Le rôle de cet ingénieur est de sélectionner les constructeurs, les matériels en fonction des intrants, de leur pouvoir méthanogène et de leur approvisionnement. Il ne faut pas oublier que les fumiers et les lisiers perdent en quelques heures 50 % de leur pouvoir méthanogène s'ils ne sont pas utilisés frais".

Développer des stratégies de territoires

Le biogaz n'a pas forcément très bonne réputation et peut faire peur aux non initiés. Pour l'ensemble des acteurs, son acceptabilité repose beaucoup sur la capacité du porteur de projet à l'échelle d'un territoire à se proposer comme source de solutions sur la gestion des déchets verts, et la production d'énergie renouvelable.

C'est à cette échelle qu'il sera possible d'atteindre la taille critique pour des acteurs de petite dimension, et de développer des actions de communication pertinentes. Un projet de méthanisation doit avant tout se dessiner comme un projet de territoire.

L'avenir est à la petite méthanisation ?

Jusqu'à présent, la plupart des projets représentent des investissements de plusieurs millions d'euros. Mais de nouvelles techniques apparaissent. Pour Armelle Damiano, directrice de Aile, la micro méthanisation à l'échelle d'un atelier ou d'une exploitation se développe : "On va de plus en plus vers une segmentation des marchés. De nouveaux acteurs apparaissent, même si pour le moment l'effet volume ne joue pas encore vraiment pour faire baisser les prix. Les nouveaux entrants se situent sur de nouveaux créneaux". Mais entre injection dans le réseau, production déportée, pyro-méthanisation, de nouvelles technologies vont encore révolutionner ce secteur et rendre possible une valorisation des déchets à l'échelle de chaque territoire, voire de chaque exploitation.

Sécuriser les filières élevage

Il existe un gisement important d'énergie disponible mais qui est encore très mal exploité. La filière pourrait produire un tiers de la consommation européenne de gaz, et le quart de celle de la France. Mais Jean-Marc Onno pointe du doigt un enjeu majeur : "On n'a pas réussi à faire passer le message de la production d'énergie auprès du monde de l'élevage. La plupart des sites actuellement construits ne pourront pas être demain producteurs d'énergie. Il y a là une révolution qui ne s'est pas faite". Et le producteur d'énergies morbihannais d'insister : "Si on ne met pas les moyens et les installations pour récupérer le lisier frais, on va encore perdre une guerre ! Il existe des préalables à respecter. Pourtant, ces moyens pourraient être nécessaires pour sécuriser économiquement les filières d'élevage".

Rentabilité : objectif atteint ?

Si la rentabilité des premières installations a pu être difficile à atteindre, plusieurs éléments incitent à l'optimisme. Actuellement les digestats ne sont que rarement valorisés, puisqu'ils sont considérés comme un déchet. C'est un enjeu important de rentabilité. L'autre enjeu, c'est la chaleur et sa valorisation. Pour Hervé Gorius, l'idéal serait d'entrer dans une "économie circulaire du déchet vert". Il faudrait séparer les déchets pour mieux les valoriser au lieu de les mélanger. C'est un enjeu essentiel à l'échelle des territoires. La filière biogaz atteint aujourd'hui un premier stade de maturité. Sur le moyen terme, la plupart des projets atteignent leurs objectifs de rentabilité.

Pour Eric Feuillet, de GRDF, "tous les opérateurs sur le marché du gaz veulent aujourd'hui acheter du gaz provenant de ressources renouvelables, avec une garantie d'origine. La demande est importante, d'énergie renouvelable décarbonnée, ou au minimum neutre sur un plan du carbone". La filière biogaz a probablement de beaux jours devant elle.

L'agrégateur : nouvel acteur dans le rachat d'électricité

Les producteurs d’électricité au delà de 500 kWh ne contractualisent plus directement avec EDF mais passent par un nouvel intermédiaire : l'agrégateur. Ce dernier va acheter de l'électricité pour la revendre à EDF et reverser les compléments de rémunération. L’agrégateur procède par appel d'offre. Les différents porteurs de projets répondent à ce dernier. C'est à ce niveau que se négocieront demain les prix de rachat de l'électricité, au "prix du marché", hors compléments de prix. Les agrégateurs achètent aussi de l'électricité renouvelable, ce sont eux qui en garantissent l'origine. Leur rôle sera aussi d'assurer la fourniture de l'électricité au moment et dans les quantités prévues. Ce sont eux qui assument les risques liés à une éventuelle rupture d'approvisionnement. Pour le moment, peu d'agriculteurs sont concernés, ce sont uniquement ceux qui vendent plus de 500 kWh pour la méthanisation, et 300 kWh pour le bois énergie. Mais on peut imaginer que demain ces seuils baissent. Actuellement, les contrats d'achat sont réalisés sur 20 ans.

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