Terra 23 juin 2016 à 08h00 | Par Jean Dubé

20 ans, le temps pour un projet à grande vitesse !

Le 16 mai 2017, le premier train commercial devrait emprunter la nouvelle ligne à grande vitesse entre Paris, Connéré (72) et Rennes. Ce passage à l'exploitation commerciale de la ligne viendra clore une période de 20 années depuis la première étude. 20 ans, une période à la fois très longue et très courte, à l'échelle d'un projet qui aura mobilisé 3,4 milliards d'euros, et impacté durablement tout un territoire tant positivement que négativement. Mais ce projet a aussi été un banc d'essai transposable sur d'autres chantiers.

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Le chantier de la LGV à l'Ouest de Rennes. 20 ans se seront écoulés entre les premières études et la mise en service de la ligne, dans un an.
Le chantier de la LGV à l'Ouest de Rennes. 20 ans se seront écoulés entre les premières études et la mise en service de la ligne, dans un an. - © Terra

La Safer Bretagne avait choisi lors de son assemblée générale de revenir sur la mise en œuvre de ce projet LGV avec les principaux acteurs, pour retirer de cette expérience quelques enseignements d'avenir.

Projet d'intérêt public

La LGV BPL aura au total consommé 3 500 hectares. Dès 2007 et la Déclaration d'utilité publique, 1 500 hectares de réserves foncières auront été constituées. Pour Christian de Firmas, directeur de projet LGV Eiffage, le point marquant du projet "a été la constitution de réserves très tôt, ainsi que la définition des protocoles avec les associations d'expropriés très tôt". Cette anticipation de l'ensemble des phases de la procédure a permis de minimiser les conflits, sauf sur la partie environnementale.

En effet, au beau milieu du projet, Alain Bignon, représentant l'association dee expropriés, le rappelle, "on nous a présenté les mesures environnementales, et des besoins de surface beaucoup plus importants". Près de 800 hectares de compensation environnementale sont en effet venus alourdir la facture foncière. Un hectare de forêt sous l'emprise de la ligne LGV devait être compensé par 5 hectares replantés, la disparition d'une mare devait être compensée par deux nouvelles, etc. Pour Alain Bignon "c'était la double peine pour les agriculteurs" puisque l'essentiel de ces compensations se faisait en augmentant encore l'emprise du projet.

L'environnement encore

"Notre but n'était pas d'être en opposition au projet, mais d'être dans la négociation". Et le travail n'aura pas manqué. La mise en place d'un tel projet appauvrit les exploitations impactées, et la ferme bretonne s'appauvrit avec une diminution de la production, la disparition de bâtiments, d'ateliers de production. Autant de conséquences difficiles à calculer et à prendre en compte.

Michel Bacle, représentant la Dreal (Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement) garde de son côté une vision très positive de la conduite de ce projet. L'anticipation et l'effort collectif réalisé pour construire des solutions ont permis de minimiser les superficies touchées, notamment en évitant les zones les plus sensibles au moment de la définition du tracé. La compensation ne sera plus nécessaire que sur des aspects "marginaux". De plus, le maître d'ouvrage a mis en place un outil informatique qui va permettre à la fois d'enregistrer et de partager les données pour un véritable suivi dans le temps des actions et des infrastructures mises en place. Un travail qui, jusqu'à présent, n'existait pas et qui permettra de tirer les leçons des travaux réalisés.

Vers une nouvelle compensation agricole ?

La loi d'avenir pour l'agriculture d'octobre 2014 a créé un "fonds de compensation agricole". L'objet de ce fonds, lorsqu'il sera actif, serait d'aider à corriger l'impact des projets linéaires sur l'activité économique particulière ou générale. Ce fonds devrait être financé par le porteur du projet, par une taxe. Mais pour le moment, rien n'est encore bien défini puisque le décret d'application n'est pas encore paru. Pour Dominique Ramard, conseiller régional de Bretagne, des exemples existent déjà comme ceux mis en place pour la filière pêche du fait de l'installation des éoliennes off-shore. Une compensation collective est prévue pour les pêcheurs, pour les communes littorales qui auront un impact touristique ou paysager. L'essentiel pour Dominique Ramard est de "gérer ces dossiers en transparence, à livre ouvert", en intégrant bien tous les effets négatifs mais aussi potentiellement positifs d'un projet.

Un observatoire économique

Patrick Leweurs, directeur du projet LGV BPL SNCF, indique que la ligne à grande vitesse BPL a d'ailleurs été l'occasion de mettre en place un observatoire des conséquences de la LGV sur l'évolution des exploitations agricoles. Il sera donc possible d'avoir un retour sur ces conséquences quelquefois difficiles à appréhender. Mais pour Christian de Firmas, depuis 1995, le coût du montage des projets n'a fait qu'augmenter, dans des proportions très importantes, au point qu'aujourd'hui la puissance publique n'a plus forcément les moyens de porter de tels projets.

20 ans après le premier coup de crayon sur la carte et à quelques mois de la mise en service de la LGV, c'est aussi un des derniers grands projets ferroviaires à l'échelle française sur lequel revenait la Safer de Bretagne lors de son AG. Pour la Safer, ce sont au total près de 14 années de travail qui ont été nécessaires. Mais à l'échelle de ce type de projet, cela signifie aussi que si l'on voulait desservir Brest et Quimper en 2037 ou 2040, il faudrait commencer à se mettre au travail … dès demain !

 

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