Terra 08 avril 2016 à 10h00 | Par Propos recueillis par Arnaud Marlet

"A défaut de prix, il faut de la trésorerie !"

En tant qu'administrateur FDSEA, Christian Mochet, agriculteur à Servon sur Vilaine, représente le syndicat au service Entreprise - agriculteurs en difficulté, à la chambre d'agriculture 35 (Ex Atese). A ce titre il a donc un regard privilégié sur la conjoncture et nous livre quelques leviers qu'il juge opportun d'actionner, d'autant plus quand les perspectives ne sont pas au beau fixe.

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Christian Mochet
Christian Mochet - © A.M

Vous qui siègez au comité technique du service entreprise - agriculteurs en difficulté, ressentez-vous les effets de la crise agricole et quel premier conseil pouvez-vous donner ?

Christian Mochet : En effet, le comité technique se réunit une fois par mois et nous avons en moyenne 10 à 12 dossiers à examiner. Force est de constater que depuis six mois, les avis sont difficiles face à une conjoncture extrêmement déteriorée et des perspectives qui ne permettent pas d'espérer des jours meilleurs dans l'immédiat. Dans ces conditions, le premier conseil que l'on peut donner c'est de prendre contact avec la FDSEA ou le service de la chambre d'agriculture dès que les difficultés apparaissent. Souvent, l'agriculteur a déjà entrepris des démarches, mais seul(s), auprès de sa banque, de sa coopérative, de son ETA ou CUMA et dans ces cas là il est souvent trop tard. Il faut se faire aider le plus tôt possible. Ce n'est pas une honte, il faut oser pousser la porte, d'autant que c'est la discrétion qui prévaut, et que ça peut être salutaire.

A vos yeux, quels sont les leviers à actionner pour redonner des marges de manoeuvres aux agriculteurs ?

C.M : A défaut de prix, il faut de la trésorerie ! Aujourd'hui, alors que nous sommes en période de mise en place des cultures, les entreprises (--) s'interrogent parfois pour livrer certains agriculteurs qui n'auraient pas encore réglé les factures de l'année dernière. Il faut que les banques s’impliquent davantage et aillent plus loin que l'année blanche qui ne correspond pas toujours à l'attente des agriculteurs en difficulté. Ce qu'il faut dans certains cas ,c'est le report complet d'une année d'échéance de prêt en fin de tableau, et cela sans frais supplémentaire. De la même manière, on peut attendre des coopératives, qui sont l'émanation de la profession, un peu plus dans l'accompagnement de soucis de trésorerie. Il faut éviter que ces structures gèrent à la fois l'amont et l'aval sur la même facture, car on se rapproche de l'intégration. Par ailleurs, les chambres d'agricultures ont toujours accompagné les agriculteurs, or aujourd'hui on voit de nombreuses structures développer des services pour équilibrer leurs comptes.

On ne voit plus les tracteurs devant les supermarchés, est-ce à dire que les actions sont terminées ?

C.M : Tout d'abord, nous sommes dans une période ou les travaux aux champs sont indispensables. Ensuite, ce n'est pas parce que l'on ne voit pas les tracteurs dans des blocages que le travail syndical ne continue pas. Nous maintenons la surveillance dans les GMS en effectuant par exemple des relevés de prix. C'est peut être moins médiatisé mais c'est un travail qu'il faut mener. Nous allons aussi continuer à maintenir la pression pour obtenir des prix. Les baisses de cotisation MSA sont une bonne chose et on peut se féliciter du débat entamé sur la régulation en Europe. Il faut que nos élus se battent au niveau européen pour obtenir une réelle discipline des volumes. Enfin, on attend encore plus de l'engagement des collectivités dans l'approvisionnement local en produits de proximité. Sans oublier l'Administration qui doit une fois pour toute nous sortir de la complexité de la PAC et verser rapidement les soldes 2015 .

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