Terra 15 septembre 2017 à 10h00 | Par Claire Le Clève

Face au risque de sécheresse, ils sécurisent leur système herbager

Face à ces années chaudes, aux risques de sécheresse qui se répètent, ils ont souhaité en groupe, sécuriser leur système herbager économe en intrants, devenir encore plus résilients. Ils sont 19, réunis dans un groupe d’échange avec le Civam, portant leur projet d’AEP. Trois ans plus tard, les résultats sont là, pertinents aussi économiquement avec 32 000 euros de revenus moyen pour chaque membre. Les portes ouvertes organisées jeudi dernier chez Jean-François Orain à Saint Malo des Trois Fontaines en ont témoigné.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
"Quand les vaches pâturent, c’est elles qui font le travail". Un groupe dont les membres affichent en 2015-2016 un revenu moyen de 32 000 euros
"Quand les vaches pâturent, c’est elles qui font le travail". Un groupe dont les membres affichent en 2015-2016 un revenu moyen de 32 000 euros - © Claire le Clève

 

"Cette année, on a frôlé la catastrophe climatique. On le constatait déjà sur nos fermes avec moins de stock et puis un pâturage qui s’arrêtait en juin mais de la reprise à l’automne. Comment on planifie nos fourrages et qu’est ce qu’on fait s’il ne pleut pas? " cadre Ludovic Josse, éleveur ovin, président du Civam. C’est en groupe, et accompagné par le Civam du Morbihan (Centre d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural) qu’une douzaine de producteurs de la région de Josselin-Ploermel s’attaque à la question des aléas climatiques en 2013. Ils sont pour l’essentiel éleveurs laitiers, mais pas seulement, en bio ou agriculture conventionnelle. "On souhaitait faire face à des années climatiques plus anormales". Un sujet d’actualité, et un fonctionnement de projet, "c’est de la recherche paysanne avec des essais, de la formation, des échanges, des stratégies, et des résultats. C’est partagé", poursuit l’éleveur sur une méthode qui agrège désormais 19 éleveurs, dont Jean-François Orain (lire encadré)

Pâturage optimisé

Alors ils testent, privilégient les mélanges d’espèces plus résistantes à la chaleur dans leurs herbages pour assurer "diversité et donc complémentarité" et jouent les prolongations du pâturage d’été. "En privilégiant les espèces résistantes, luzerne, dactyle, fétuque, plantain et chicorée. On fait aussi du stock sur pied, on mise sur les prairies humides…", inventorie Ludovic Josse. Tous misent sur l’extension de la durée de production et allongent la période de pâturage, "312 jours pour le groupe, soit 10,4 mois. L’herbe d’automne est bien valorisée, c’est le quart de la production annuelle", montre le groupe sur les résultats enregistrés. "On commence tôt au printemps", sur des terres portantes, ajoute un éleveur. "L’herbe pousse aussi l’hiver", note Jean François Orain. Ils préservent les chances de repousses des prairies en ne laissant pas les vaches s’ éterniser sur les paddocks,"jamais plus de 2 jours".

 

La prairie multi espèce sécurise le système : "Le moteur de la prairie c’est l’azote, on associe graminées et légumineuses car ça occupe l’espace et améliore les qualités de la prairie. C’est une des réponses à la sécheresse"

 

 

 

 

 

 

 

la herse prairial, un outil simple qui permet de régénérer la prairie par du sur-semis pour réintroduire les espèces qui ont disparu sur des prairies anciennes pour en garder tous les bénéfices.
la herse prairial, un outil simple qui permet de régénérer la prairie par du sur-semis pour réintroduire les espèces qui ont disparu sur des prairies anciennes pour en garder tous les bénéfices. - © Claire Le Clève

Nombreuses techniques

Et pour redonner vigueur à des prairies dégradées ou très dégradées, anciennes,"plutôt que de les défaire à des moments où elles peuvent redevenir productives", certains comme Gwenaël Jagorel, de Mohon, les régénèrent en pratiquant le sur-semis à l’aide d’une herse prairiale. "Le but, c’est de ramener de la fétuque, RGB, RGA et TB. Ça renouvelle, il faut être patient, parfois cela ne porte ses fruits que la 3 me année", prévient-il, satisfait de limiter ainsi les dépenses en fuel et matériel. Un groupe qui a également testé les mélanges céréale/protéagineux pour contourner la sécheresse."On s’offre la possibilité de récolter en fourrage si l’été et sec, c’est du stock en plus, ou bien en grain et c’est un bon concentré fermier". Même tactique pour les dérobées fourragères avec un cycle de production décalé par rapport aux prairies, implantées au printemps ou en fin d’été, exploitées 2 à 3 mois après semis mais dépendant de l’humidité des sols… Ainsi la betterave est un "aliment génial", colza fourrager offre une "bonne pousse mais attention au chénopode" et le sorgho fourrager n’apporte que "des résultats plus mitigés".

Et des résultats au rendez-vous

Quant à la conduite du troupeau, le vêlage offre deux techniques basées sur le groupement. Au printemps, les besoins sont ainsi calés sur la pousse de l’herbe. Avantage ? "Le coût de production est alors très faible et au tarissement en hiver où les besoins sont moins forts, on fait des économies sur les stocks de fourrage". Ou bien à l’automne, "là les stocks doivent élevés et de qualité". D’autres options existent, en élevant notamment les jeunes à l’herbe, en choisissant de races mixtes… Un groupe qui a également passé à la moulinette tous les résultats, y compris économiques sur l’exercice 2015-2016, difficile dans le secteur laitier. "On se compare à l’échantillon du grand Ouest du RICA (réseau d’information agricole du ministère de l’agriculture. On produit moins de chiffre d’affaires, il est inférieur de 80 000 euros en moyenne mais on dégage plus de revenu : 32 000 euros en moyenne sur le groupe en réduisant nos charges comparativement près de 7 000 euros des membres du réseau RICA", note Ludovic Josse qui sait que les éleveurs, même avisés, ne sont pas à l’abri d’une grosse sécheresse. "On était proche de la catastrophe cette année. On s’était préparé à acheter du fourrage. A l’avenir, il faut constituer des stocks de sécurité". Gérer, c’est prévoir.

Claire Le Clève

Jean François Orain pratique le pâturage tournant quotidien sur 1 ha pour ses 57 laitières.
Jean François Orain pratique le pâturage tournant quotidien sur 1 ha pour ses 57 laitières. - © Claire Le Clève

"Le trèfle c’est le moteur de nos prairies"

 

Caslo à Saint Malo des trois Fontaines, il y est né et s’y est installé comme agriculteur avec ses parents en 1984 en lait avec un avec un atelier porcin. "Je ne pensais pas que ça aurait été si dur" témoigne-t-il après la reprise en 1997. Alors en 2009, il passe en bio les 74 ha groupés de son exploitation avec 57 vaches laitières pour ses 280 000 l de référence. Sur ce sous sol fait de schiste, en zone séchante, il jongle avec la profondeur de ses sols. "J’ai tout mis en herbe, je me suis formé. J’ai simplifié le système avec des parcelles de 1 ha. 45 ha sont directement accessibles. Je fais du pâturage tournant, 1 ha tous les 1,5 jours, l’entrée est à 18 cm, c’est rasé en sortie. Je reviens sur ces parcelles tous les 45 j, le repos hivernal est respecté. Je fais du stock sur pied pour l’été sur les parcelles éloignées. Mes vaches sortent tous les jours, c’est précieux pour leur santé" témoigne l’éleveur qui a semé 25 ha de prairie lors de sa conversion sur une base de ray grass anglais, trèfle blanc et violet, fétuque, ray grass hybride, dactyle et fléole. "Le trèfle a tendance à disparaître or c’est le moteur de la prairie mais le dactyle a toujours poussé cet été et ça m’a rendu service", pointe-t-il, notant la pratique de sur semis pour palier les manques. L’éleveur développe aussi les mélanges céréaliers (triticale, avoine pois) sur 4 ha qui ont été ensilés avant la période sèche, suivi de colza et près de 3 ha de mélange de printemps (orge et pois protéagineux) avec cette année un rendement de 48 qtx /ha. Coût alimentaire 37 euros des 1000 l, et 5 euros de concentré.

 

 

A gauche Ludovic Josse, président du Civam avec la responsable AEP de la région : "la clé des économies, c’est le pâturage qui permet au groupe d’afficher un coût alimentaire de 63 euros des 1 000 l" explique-t-il.
A gauche Ludovic Josse, président du Civam avec la responsable AEP de la région : "la clé des économies, c’est le pâturage qui permet au groupe d’afficher un coût alimentaire de 63 euros des 1 000 l" explique-t-il. - © Claire le Clève

35 projets en Bretagne

Ils sont 35 en Bretagne au titre de leurs projets sur l’agriculture écologiquement performante ou AEP à avoir été retenus et soutenus depuis 3 ans par la région Bretagne qui présentera lors du Space les premiers résultats obtenus. Six l’ont été dans le Morbihan autour de la réduction d’intrants ou de la préservation des sols avec des techniques culturales sans labour.

-Cuma du Sillon à Guer pour atteindre l’autonomie de fumure des exploitations par la mutualisation sans acheter d’engrais de synthèse.

-Association des méthaniseurs bretons, vers des systèmes plus autonomes et économes pour améliorer les performance économiques et environnementales de leurs exploitations.

-BV Oust : optimiser les pratiques agronomique du territoire du GBO

-Idéa : Construire un système agricole cohérent intégrant le changement des protiques dans un projet collectif de créations d’unités de méthanisation

- Belle-Île : diminuer la dépendance à l’insularité en développant de l’autonomie et de la valeur ajoutée aux exploitations belliloises

-Centre Bretagne : Sécuriser les systèmes économes en intrants face aux aléas climatiques

 

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes