Terra 05 avril 2018 à 14h00 | Par Mathieu Robert, Agra

FNSEA : Stéphane Travert manque d'arguments et de budget

Alors que vient de débuter à l'Assemblée nationale l'examen du projet de loi issu des États généraux de l'alimentation, la présidente de la FNSEA Christiane Lambert a renouvelé, lors du congrès de son syndicat à Tours les 28 et 29 mars, son soutien à la réforme des relations commerciales en cours et s'est félicitée des inflexions récentes du Gouvernement sur le sujet des pesticides. En revanche, elle a affiché une franche déception sur deux dossiers qui ont en commun de solliciter le budget de l'État : le plan d'investissement de 5 milliards d'euros et l'abaissement du seuil subventionnable de l'assurance récolte.

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À la tribune du congrès FNSEA à Tours la semaine dernière, Christiane Lambert, présidente du syndicat et Jérôme Despey, vice-président, entourent  le ministre de l'agriculture Stéphane Travert.
À la tribune du congrès FNSEA à Tours la semaine dernière, Christiane Lambert, présidente du syndicat et Jérôme Despey, vice-président, entourent le ministre de l'agriculture Stéphane Travert. - © Actuagri

Le congrès de la FNSEA, qui s'est tenu à Tours du 27 au 29 mars, se situe dans la continuité des débats qui ont eu lieu autour de la dernière loi de finances en septembre, à l'issue desquels le syndicat s'était insurgé contre la réforme des cotisations sociales portée par le Gouvernement dont il estime qu'il coûterait 100 millions d'euros aux agriculteurs.

À Tours, le ministre de l'agriculture Stéphane Travert semblait une nouvelle fois mis, par son Gouvernement, dans l'incapacité de répondre budgétairement aux attentes de la FNSEA, qui demande, sous divers moyens, que l'on redonne des latitudes financières aux exploitations françaises, pour être plus compétitives et investir. Sur l'assurance récolte, la présidente de la FNSEA demandait que la France utilise la possibilité donnée par le règlement européen Omnibus d'abaisser le seuil de déclenchement subventionnable à 20 % et augmenter le taux d'aide jusqu'à 70 %.

 

"Toutes ces demandes ont un coût"

Le ministre de l'agriculture a expliqué qu'il entendait bien cette demande mais ne donnerait pas suite aux demandes récurrentes sur l'abaissement des seuils de déclenchement de l'assurance récolte ou le rehaussement des taux de subvention. "Toutes ces demandes ont un coût, a-t-il expliqué. Je ne donnerai pas suite aux demandes formulées dans le cadre de cette période de programmation". Déception de la FNSEA : "Cela n'a pas un coût exorbitant, il faut le mettre en œuvre pour la prochaine campagne", insiste Christiane Lambert.

Sur le plan d'investissement de 5 milliards d'euros, le ministre de l'agriculture s'est évertué, en rappelant le détail, à convaincre les congressistes qu'il était consistant, qu'il comprenait "des financements importants [...] maintenus sous la forme de subventions".

En vain. "C'est flou, s'exaspère Christiane Lambert, en conférence de presse. Il répète et répète à l'envi 5 milliards, 5 milliards, mais il n'y a aucun argent frais, c'est recyclé. Ce sont des dispositifs de garantie, mais ce n'est pas de l'argent frais. Cela risque de faire pschittt ! J'ai vraiment le regret que l'on soit dans une situation où ça va faire pschittt."


La fiscalité pour relancer la compétitivité

Même lorsque l'État crée un dispositif en faveur des agriculteurs, comme c'est le cas pour l'assurance chômage étendue dans le secteur agricole, la FNSEA reste dubitative. "Il va créer une assurance chômage qui va créer quatre points de cotisations sociales alors qu'il a déjà retiré 7 % de compétitivité puisqu'il a déjà supprimé les sept points qu'avait donnés Manuel Valls", estime la présidente de la FNSEA.

Le Gouvernement dément et assure qu'à court terme, la création de cette assurance est financée uniquement par la hausse de la CSG (contribution sociale généralisée), assise sur l'ensemble des revenus des Français. La FNSEA précise que sa crainte réside dans le déficit de la caisse d'assurance chômage. Elle redoute que les agriculteurs ne doivent à terme la combler.

La FNSEA a donc affiché des demandes fortes pour le prochain projet de loi de finances, notamment après que le ministre de l'économie ait pris l'initiative de lancer un chantier spécifique sur la fiscalité agricole. "L'objectif de cette réforme devra être la relance de la compétitivité", lance Christiane Lambert, avant de s'inquiéter de rumeurs concernant les exonérations de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (Ticpe) ou des plus-values.

 

Zones défavorisées : pas de "compensation à l'euro près"

Hasard ou non, le ministre de l'agriculture a fait deux annonces allant dans le sens de la FNSEA, durant ce congrès, qui ont le point commun de n'engager aucune dépense supplémentaire : la création d'une mission du CGAAER(1) sur l'avenir des zones intermédiaires et le statu quo sur le paiement redistributif.

Il a par ailleurs rappelé que des compensations seraient prévues pour les régions sortantes des zones défavorisées simples (ZDS), dont les agriculteurs se sont fortement fait entendre, notamment ceux des Deux-Sèvres. Il a aussi annoncé "un travail de fourmi" dans les mois à venir, pour y "accompagner" des projets. "Ce ne sera pas une compensation à l'euro près", a-t-il ensuite précisé en conférence de presse.

En résumé, la FNSEA est "très déçue de la non-écoute sur des sujets capitaux pour la compétitivité de l'agriculture" a résumé la présidente de la FNSEA Christiane Lambert, lors d'une conférence de presse. "Sur les États généraux de l'alimentation, c'est positif, mais quand on voit comment les autres pays foncent avec leur agriculture, nous, on continue à avoir des boulets aux pieds. Pire même, le ministre crée de nouveaux boulets !"


Satisfecit sur les Egalim, espoir sur les phytos

Fait rare, la présidente de la FNSEA a repris la parole après le discours de Stéphane Travert, rompant avec le protocole qui laisse traditionnellement au ministre de l'agriculture le dernier mot. Elle a ainsi pu exprimer ses déceptions et ses satisfactions.

Au rang des satisfactions, le projet de loi issu des États généraux de l'alimentation, qui dans sa partie sur les relations commerciales, reprend une partie des mesures attendues par le syndicat majoritaire.

Mais aussi l'inflexion ressentie par la FNSEA sur le sujet des pesticides et du glyphosate en particulier, dont Christiane Lambert a de nouveau demandé le report de son interdiction. La veille, l'élu en charge du dossier phytos à la FNSEA, Eric Thirouin, se félicitait de l'adhésion des pouvoirs publics au contrat de solutions.

 

(1) Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux

 

 


 

800 millions d'euros

À la veille du début de l'examen du projet de loi issu des États généraux de l'alimentation par la commission du développement durable de l'Assemblée nationale, le ministre de l'agriculture Stéphane Travert a livré dans un entretien à l'Opinion son évaluation des effets de la hausse du seuil de revente à perte (SRP). Il explique que cette hausse "ne s'appliquera de fait qu'aux produits en tête de gondole, soit 7 % de l'offre en grande surface". Selon son cabinet, la hausse du SRP n'aura d'effet que sur les produits sur lesquels les distributeurs font peu ou pas de marge, qui sont principalement des produits d'appel. Ainsi, "si on relève de 10 % le seuil de revente à perte pour les seuls produits de tête de gondole, et si les distributeurs ne rééquilibrent pas leurs marges, cela se traduirait par une hausse globale des prix de 800 millions d'euros pour un chiffre d'affaire sur les produits alimentaires de 125 milliards, calcule Stéphane Travert. Soit 50 centimes sur un panier moyen".


Négociations commerciales : Serge Papin plaide pour des "prix référents"

Invité au congrès de la FNSEA le 28 mars, le patron de Système U, Serge Papin, a plaidé pour l'instauration de "prix référents" dans le cadre des relations commerciales dans les filières alimentaires, en attendant que des indicateurs de coûts de production soient proposés dans le cadre des interprofessions, comme le prévoit le projet de loi EGAlim en cours d'examen. "La mise en place des indicateurs de coûts de production va être compliquée, nous devrions en passer par des prix référents, a-t-il lancé. Cela permettrait de trouver un compromis sur certaines grandes matières premières, comme le porc, le lait ou la viande bovine. Le distributeur estime que les interprofessions ne sont pas prêtes à produire des coûts de production, évoquant notamment la nécessité d'établir des "comités de suivi". Pour Serge Papin, le "prix référent permettrait de faire bouger les choses en attendant que les interprofessions se réforment".

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