Terra 02 mars 2018 à 15h00 | Par Louis Leblanc, Florence Maison, Morgane Pape pour les élèves ingénieurs de la spécialisation Sciences et Ingénierie en Sciences Animales d’Agrocampus Ouest (Rennes)

Élever ses veaux sous la mère : une pratique "ancienne" pleine d’avenir

Simplification du travail, valorisation des veaux, santé des animaux : telles sont les principales motivations des éleveurs laitiers de l’Ouest qui élèvent leurs veaux sous la mère ou sous vache nourrice. Conventionnels ou bios, petits ou grands, des éleveurs décrivent avec conviction le fonctionnement de leur atelier veau.

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Quelle que soit la race, au champ ou à l’auge, la présence de la mère faciliterait certains apprentissages des jeunes.
Quelle que soit la race, au champ ou à l’auge, la présence de la mère faciliterait certains apprentissages des jeunes. - © Terra

“Depuis que mes veaux sont allaités par leur mère, je les valorise 150 euros de plus qu'auparavant, à trois semaines”. C’est l’un des messages forts qui ressort d’entretiens réalisés auprès de 44 adeptes de l’allaitement sous la mère ou sous nourrice. L’étude réalisée en janvier 2018 dans le grand Ouest par des étudiants d’Agrocampus Ouest (Rennes) montre que c’est d’abord la simplification du travail qui motive les éleveurs à adopter cette pratique.

 

Pas de conduite type mais des systËmes qui fonctionnent

Si 28 éleveurs élèvent les veaux sous leur mère, 16 utilisent des vaches nourrices, allaitant chacune de deux à quatre veaux. Bien que connue pour sa forte production laitière, la race Holstein n’en demeure pas moins maternelle et se prête bien à ces pratiques d’allaitement du veau sous la mère ou sous nourrices (14 élevages). Les nourrices sont, quant à elles, souvent issues de croisements et présentent souvent de forts taux cellulaires et/ou sont proches de la réforme. Elles sont aussi choisies pour leur docilité et leur capacité, a priori, à adopter un veau facilement. Une fois l’étape délicate de l’adoption réussie, le travail se limite à l’observation des animaux chaque jour. Pour la pratique de l’allaitement sous la mère, les éleveurs ne remarquent pas d’effets négatifs sur la lactation, après séparation du veau qui intervient de moins d’une semaine à plus de cinq mois d’âge, en élevage conventionnel ou biologique. Pendant la période d’allaitement, les vaches donnent "un peu moins bien leur lait" et peuvent, parfois, être plus agitées en salle de traite. Mais la pratique n’est pas cantonnée aux élevages de petite taille, puisque si trois élevages ont moins de 40 vaches, trois en ont plus de 100. Enfin, la présence d’un robot de traite chez l’un d’entre eux montre que la pratique est compatible avec le développement technologique !

Du côté des veaux, les éleveurs notent qu’ils sont plus robustes, plus dynamiques et parfois, plus difficiles à manipuler à partir de trois semaines d’âge. Mais après séparation d’avec leur mère et un premier repas compliqué, ils redeviennent selon eux aussi manipulables que des veaux séparés depuis la naissance. Pour les mâles vendus à trois semaines, ceux-ci sont mieux conformés, à se demander, selon certains, "si les veaux dans le camion ont le même âge que les nôtres”.

 

Un travail modifié, principalement basé sur de l'observation

La simplification du travail est la motivation la plus citée et qui justifie en premier lieu cette pratique selon les éleveurs. Il n’est donc pas surprenant de voir que certains d’entre eux laissent leurs veaux au champ avec les nourrices pendant de longues périodes et que d’autres les laissent avec leur mère toute la journée, dans l’aire paillée ou les logettes, jusqu’à un mois d’âge. Certains séparent les veaux lors de la traite, d’autres les laissent libres dans la stabulation. Et peu importe le système, pour tous, le port de charges lourdes est diminué.

Le gain de temps lié à l’absence de préparation et de distribution du lait est souvent remplacé par un temps d’observation et de contact avec les animaux accru, essentiel pour beaucoup d’entre eux. Il permet de créer le lien veau-éleveur, établi traditionnellement lors de la distribution de lait. Sans cet investissement de temps passé avec les veaux, ceux-ci deviennent sauvages, “ce sont des petits chevreuils”. Et ce temps n’est pas perçu comme une contrainte, car “nous sommes souvent parmi les animaux, lors du paillage par exemple”.


La séparation, point noir du bien-être des animaux ?

Point noir relevé par la très grande majorité des éleveurs, la séparation est une épreuve douloureuse, surtout pour la mère, et amplifiée d’autant lorsque que les veaux restent longtemps sous leur mère. Lors de cette séparation, “une fois que le veau a bu, il ne meugle plus”. Pour les mères, la séparation est très difficile les deux premiers jours, y compris si les petits sont éloignés de plusieurs kilomètres. Les meuglements continus et incessants de la mère ne sont pas les sons des plus agréables.

Les auteurs remercient l'association Gala pour son soutien financier lors de la réalisation de cette étude.

 

 

 

 

Les étudiants ingénieurs de la spécialisation "sciences et ingénierie en productions animales" (Sipa) d'Agrocampus Ouest, promotion 2017-2018, accompagné de Yannick Le Cozler, responsable de la formation, lors d'une visite d'élevage en janvier 2018.
Les étudiants ingénieurs de la spécialisation "sciences et ingénierie en productions animales" (Sipa) d'Agrocampus Ouest, promotion 2017-2018, accompagné de Yannick Le Cozler, responsable de la formation, lors d'une visite d'élevage en janvier 2018. - © Terra

Agrocampus Ouest

Agrocampus Ouest* (Rennes - Angers) forme chaque année des étudiants de niveaux bac + 5 à bac + 8. L’établissement compte en moyenne 1 900 élèves. Les enseignants-chercheurs d'Agrocampus Ouest mènent des recherches académiques et finalisées, en partenariat étroit avec les organismes de recherche nationaux, l'Inra notamment, les universités et divers partenaires professionnels. À Rennes sont formés chaque année 35 à 40 étudiants de niveau bac + 5 en sciences et productions animales. Ces étudiants réalisent au cours de leur formation diverses activités dites "professionalisantes", en lien avec le monde des professionnels de l’élevage. C’est dans ce cadre qu’ils ont réalisé en janvier 2018 cette étude sur les pratiques d’élevage des veaux laitiers laissés sous la mère. Réalisé avec l’aide des ingénieurs des chambres d’agriculture du grand Ouest, des organismes de conseil en élevage et divers autres structures impliquées dans le monde de l’élevage, ce travail sera complété en avril par des témoignages d’éleveurs de l’Est et Centre de la France, réalisés par les étudiants en sciences animales de VetAgroSup (Clermont-Ferrand).

* Plus d’infos sur http ://www.agrocampus-ouest.fr

 

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