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1914-1918, les femmes dans la Grande Guerre

En novembre 1918, prenait fin le plus sanglant conflit armé mondial. En quatre ans, les hommes se sont battus, faisant plus de 9,7 millions de morts parmi les soldats, et presque autant de victimes civiles. La Grande Guerre a bouleversé le monde et l'a modifié en profondeur. Le centenaire de l'armistice permet de lever le voile sur des conséquences indirectes du conflit. Durant ces années de guerre, les femmes ont remplacé les hommes partis au front. Notamment en agriculture.

Le Centenaire de la première guerre mondiale a permis de sortir de l’ombre un certain nombre de textes, lettres, journaux intimes, témoignages de particuliers - souvent des femmes - qui éclairent d’un jour nouveau l’historiographie de la Grande Guerre. Leur apport s’inscrit dans la lignée d’une histoire culturelle de la guerre, développée depuis la fin des années 1980, parallèlement à une histoire du genre. Aujourd’hui, "la question des femmes dans la guerre est désormais une question légitime, qui intéresse l’ensemble de la Nation et non pas seulement sa part féminine", précise Françoise Thébaud, historienne et spécialiste de l’histoire des femmes, à l’occasion d’un colloque sur les femmes pendant la Grande guerre, organisé par la Délégation aux droits des femmes du Sénat le 18 octobre. Pendant ces 52 mois de guerre, les Françaises, qui n’étaient que 37 % à travailler en 1914, ont remplacé les hommes partis au front : 3,7 millions d’hommes ont été mobilisés d’un coup, 60 % des emplois ont disparu en quelques jours, et un grand nombre de femmes ont dû chercher un revenu, privées du salaire de leur mari. Cette participation des femmes à l’effort de guerre, et notamment des agricultrices, a été remise en lumière lors des célébrations du Centenaire, à l’image du monument en l’honneur des femmes agricultrices et de leurs efforts pendant les deux guerres mondiales, inauguré en juin 2016 à Verdun.

 

Une pression plus forte en milieu agricole

Avec le départ des hommes au front, les femmes d’agriculteurs, très largement déclarées comme "sans profession" en septembre 1914, se sont retrouvées face à un triple défi : subvenir à leurs besoins, maintenir à flots l’outil de travail familial, et produire de la nourriture. Christine Delpous-Darnige, professeur d’histoire, s’est appuyée sur un corpus d’une quarantaine de témoignages féminins collectés dans le Languedoc, pour illustrer la vie des femmes dans les campagnes viticoles entre 1914 et 1918. À l’exception des femmes de propriétaires, revenues dans les grands domaines pendant la guerre et qui ont pu s’enrichir en répondant à la très forte demande en vin, les cultivatrices expriment essentiellement une très grande fatigue physique dans leurs correspondances, explique l’historienne. D’autant plus que le vin, distribué très généreusement dans les tranchées, "accède au statut d’arme de guerre", ce qui accroît la pression sur ces femmes restées seules à assurer le fonctionnement de l’exploitation, ajoute-t-elle. La longueur de la journée de travail, et la charge physique très importante entre le port des machines qu’elles doivent assurer seules en l’absence des hommes, la réquisition des animaux, et "la très forte dispersion du parcellaire" qui les oblige à marcher 20 à 30 km par jour, contribuent à l’épuisement des femmes. Une extrême fatigue renforcée par les conditions climatiques difficiles, mais aussi par la solitude, explique Christine Delpous-Darnige qui souligne que l’épuisement survient davantage pendant les traitements de printemps que pendant les vendanges, qui se font de façon collective. Si les femmes prennent en main le travail autrefois dévolu aux hommes, les tâches restent très genrées, elles accèdent peu aux responsabilités, et le salaire réduit de moitié par rapport à celui des hommes restera la norme jusqu’aux années 1970. Sur cette question de l’émancipation, "dans la terre, les choses ne changent pas", indique l’historienne, qui rappelle que si l’Assemblée nationale a voté en 1918 une loi donnant le droit d’entrée aux femmes dans les écoles agricoles, cette loi est finalement retoquée en 1919 par la Chambre bleue-horizon (majorité parlementaire du Bloc-national). Dans les autres secteurs d’activité, l’émancipation des femmes n’accélère pas au sortir du conflit, explique Françoise Thébaud. Le thème de la dette, du sacrifice et du deuil prédomine, et ce qui est demandé aux femmes, c’est de repeupler le pays. Néanmoins, le retour à la situation d’avant-guerre est impossible : la France continue à avoir besoin des femmes, car la guerre a tué 10 % de la population active masculine, et ceux qui sont revenus ne sont pas toujours aptes à reprendre leur métier. Davantage présentes dans le monde économique après 1918, les femmes devront cependant attendre 1944 pour être reconnue en tant que citoyenne à part entière, à travers l’obtention du droit de vote.

 

 

 

À la place des hommes

La loi du 3 juin 1915 transfère aux femmes "la puissance paternelle"... pour le temps du conflit. Les femmes assument ainsi pour la première fois une fonction visible, même si sur 20 millions de Françaises, 8 millions travaillaient déjà avant 1914. Leur part relative dans la population dite active passe de 38 % en 1911 à 46 % en 1918. Ainsi, 850 000 femmes prennent la tête de l'exploitation agricole de leur époux mobilisé, tandis que 300 000 autres remplacent leurs maris ouvriers agricoles. Il en sera ainsi dans tous les secteurs de l'économie.

Mais, quelques chiffres très précis situent la dimension dramatique de la grande guerre, en 1918, la France compte 3 millions de veuves et 6 millions d'orphelins.


Plus de 100 000 morts en Bretagne

9 700 000 soldats ont été tués entre août 1014 et novembre 1918, dont 1 397 000 Français auxquels il faut ajouter 8 900 000 morts civils. Plus de 100 000 Betons sont ainsi morts pour la France (source Mémoire des hommes), la Bretagne est ainsi l'une des régions françaises qui a compté le plus de soldats morts. Le département des Côtes d'Armor comptabilise 25 815 morts, le Finistère 29 192 morts, l'Ille-et-Vilaine 23 296 morts et le Morbihan 23 537 morts.

 

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