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À 4 790 €/ha, le foncier breton n'arrête pas de monter

À quelques jours de son assemblée générale, la Safer Bretagne réalise chaque année un bilan de son activité et du marché foncier. 44 910 hectares ont changé de mains en 2017, un chiffre encore en progression. Les difficultés des filières agricoles ne semblent avoir aucun impact sur le prix du foncier. Celui-ci progresse à 4 790 € en moyenne et ne paraît pas s'arrêter (+3 % en trois ans). La pression foncière est constante, entre besoins d'agrandissements, d'installation, de consommation urbaine... Il y a toujours plus de demandeurs et la Safer est toujours prise à partie dans son rôle d'arbître de la régulation foncière !

Avec 44 910 hectares de ventes notifiés à la Safer Bretagne, c'est une progression de presque 14 % de superficies constatée en l'espace d'un an. Mais ce chiffre doit être modulé par le fait que la loi a demandé aux notaires depuis 2017 de transmettre les notifications pour l'ensemble des ventes, notamment celles des maisons à la campagne intégrant des hectares de terres.

 

Un marché très actif

Il n'en demeure pas moins que dans un marché très actif, la Safer Bretagne elle-même a continué d'intervenir davantage. En 2002, le montant total de ses acquisitions représentait 15 millions d'euros. En 2017, ce chiffre a atteint 51 millions d'euros et a concerné 5 913 hectares de terres, des maisons, des bâtiments, du cheptel, des stocks... Elle aura d'ailleurs revendu 5 786 hectares, le solde étant en cours de vente ou en stock afin de constituer les réserves foncières nécessaires aux ouvrages linéaires.

Sur ces 44 000 hectares, le marché strictement agricole représente 33 000 hectares et environ 19 000 hectares sont accessibles à l'intervention de la Safer ; c'est-à-dire qu'elles ne concernent ni le preneur en place, ni des transmissions familiales, etc. Les autres superficies sont des bois ou des forêts pour 3 814 hectares, 1 511 hectares pour des espaces de loisirs, 4 567 hectares accompagnant des maisons à la campagne et 1 443 hectares qui ont été acquis dont 772 ha qui seront rétrocédés à des collectivités et 671 ha pour des lotisseurs ou aménageurs. Cette proportion est plutôt à la baisse, puisque ce marché représentait 1 612 ha l'an passé. Mais de cette baisse ponctuelle il ne faut tirer aucune conclusion. Avec la baisse du coût des prêts, les demandes de terrain à construire restent fortes... Tout comme l'habitude de donner la priorité à des terres agricoles au lieu d'occuper les "dents creuses" des centres bourgs regrettent les responsables Safer.

 

Des prix en hausse de 1 à 2 % par an

La carte des prix par région montre bien la diversité des situations bretonnes, par zone et par qualité de terres. Les prix avoisinent les 3 000 € par hectare en pays de Redon et dans les Monts d'Arrée, et peuvent grimper jusqu'à pratiquement 8 000 € par hectare sur le littoral breton nord finistérien ou costarmoricain et dans le pays de Fougères (terres et prés confondus). Exception faite de 2008-2009 et la crise en production laitière, depuis 20 ans le prix du foncier n'a jamais infléchi sa progression qui représente +1 % par an. Qu'il neige, qu'il vente, que les productions laitière, porcine, bovine, soient en crise ou pas, le marché foncier progresse sans à-coup et de manière plutôt équilibrée et homogène d'un département à l'autre. Et rien ne semble devoir inverser cette mécanique : le foncier reste une valeur "refuge", un placement sûr et de long terme. Il est d'ailleurs assez rare que les banques refusent le financement de cet investissement.

 

La bio et l'installation choyés

Sur les 5 700 hectares rétrocédés en 2017,1 943 ont été destinés à l'installation et 2 584 ha à l'agrandissement. Mais le président et le directeur de la Safer Bretagne notent que 43 % des agrandissements vont in fine bénéficier à l'installation, soit en confortant une installation récente de moins de cinq ans, soit en privilégiant une transmission à moins de cinq ans. Si 1 943 ha ont été utilisés pour conforter ou réaliser des projets d'installation, ce sont 96 installations qui ont été concernées, dont 64 avec DJA et 40 en bio. Au regard de l'activité annuelle et de l'évolution du marché foncier, les responsables de la Safer Bretagne trouvent toutes les justifications de leur activité dans la maîtrise de ce marché foncier. Les prix évoluent de façon raisonnable malgré une pression foncière extrêmement élevée. Beaucoup d'agriculteurs ont la possibilité d'acquérir du foncier grâce à la transparence de l'information et aux règles mises en place. La Safer "n'empêche pas la hausse du foncier, seulement les hausses brutales". Avec de 15 à 20 candidats pour une seule transmission, impossible de toute façon de satisfaire chacun.

 

 

 

 

 

Du bio même à la Safer

La bio représente une particularité dans l'activité de la Safer Bretagne puisqu'elle doit privilégier autant que faire se peut la prolongation de ce mode de production sur les terres acquises puis revendues. 2017 aura permis de maintenir 100 % des terres acquises bio dans ce mode de production et accompagner un total de 1 065 ha et 118 projets.

Alors, 5,4 % des superficies sont engagées en bio en Bretagne, 1 hectare sur 5 et quatre installations sur dix revendues avec l'intervention de la Safer ont concerné des projets biologiques. Une "sur-représentation" qui s'explique par le fait que beaucoup de ces installations se réalisent sur des projets légumes, maraîchage, horticulture qui mobilisent moins de superficies.

 

 

La terre n'est pas un bien comme les autres

Au cours de l'année 2018, une mission parlementaire s'est mise au travail. Elle devrait rendre son rapport en septembre 2018. Celui-ci pourrait servir de base à la création d'une nouvelle loi foncière en 2019. Pour les dirigeants de la Safer Bretagne, le foncier agricole, comme l'a indiqué Emmanuel Macron "relève de la stratégie d'un pays". Ce "n'est donc pas un bien comme les autres, sa location ou sa vente doit être régulée". Ce thème sera d'ailleurs au cœur de l'assemblée générale de la Safer Bretagne qui se tient ce vendredi à Cancale. "Trop ou pas assez de régulation" sera la question centrale des débats. Pour les responsables de la Safer Bretagne, le constat est clair : la pression foncière ne baisse pas. Les contraintes environnementales, les besoins d'autonomie alimentaire ou d'épandage des exploitations, amènent chacune d'entre elles à chercher à s'agrandir. Ils citent "les éleveurs de porc par exemple, qui reviennent dans la concurrence foncière, ils recherchent l'autonomie alimentaire". Donc la nécessité de régulation est évidente.

Sans elle, les prix du foncier pourraient s'envoler à l'image du Danemark ou des Pays-Bas qui a abandonné toute régulation foncière et qui voit le prix de son foncier flamber à 60 000 € par hectare, et le nombre d'installations s'effondrer à 200 par an pour l'ensemble du pays.

Pour les responsables de la Safer, les responsables politiques sont face à un choix, des "firmes ou une agriculture familiale", et ils espèrent que la prochaine loi permettra de corriger les insuffisances de la loi d'avenir de 2014, qui avait permis de contrôler les cessions de parts sociales. Mais elle ne peut que contrôler les cessions totales, et désormais les cessions de parts ne représentent plus que 96 ou 98 % du volume, jamais la totalité ! Une situation face à laquelle ils attendent du législateur de nouveaux moyens d'action.

 

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