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AEI : produire mieux et plus

Plus d’autonomie, moins d’engrais chimique et en prime, de la croissance interne…, c’est possible. Invité par la chambre d’agriculture des Côtes d’Armor, Francis Claudepierre, producteur de lait en Meurthe-et-Moselle, est un précurseur de l’agriculture écologiquement intensive.

A la tribune, Francis Claudepierre, Olivier Allain, président de la chambre d’agriculture des Côtes d’Armor, Stéphane Gouault, directeur et Olivier Manceau, responsable du pôle agronomie de la Chambre régionale.
A la tribune, Francis Claudepierre, Olivier Allain, président de la chambre d’agriculture des Côtes d’Armor, Stéphane Gouault, directeur et Olivier Manceau, responsable du pôle agronomie de la Chambre régionale.
© terra

AEI. « L’agriculture écologiquement intensive » est présente dans les actions de communication de la chambre d’agriculture des Côtes d’Armor en 2011. Terralies en mai, Innov’Action en juin, les plate formes d’essai et les opérations bassins versants… Car passer d’un système intensif à un système écologiquement intensif est devenu un enjeu global. « Ce n’est pas un label mais une démarche de progrès », a expliqué Olivier Manceau, responsable du pôle agronomie de la chambre d’agriculture de Bretagne. Pour bien comprendre ce qui se cache derrière ces 3 lettres, la chambre d’agriculture a consacré une partie de sa session à la présentation de cette démarche. L’AEI n’oppose pas les systèmes, ni les productions et se décline à tous les niveaux : celui de la parcelle ou de l’atelier, de l’exploitation et du territoire. Née pendant le Grenelle de l’environnement, l’AEI repose sur un niveau de production élevée qui utilise au mieux le fonctionnement des écosystèmes. Olivier Manceau a prévenu : il n’existe pas une solution unique applicable à tous les systèmes. « Aujourd’hui, on ne vient plus en disant ce qu’il faut faire. On apporte une boîte à outil et l’on voit comment l’adapter à l’exploitation ». Cette nouvelle dynamique de développement agricole, portée par la chambre d’agriculture, est ambitieuse. Même si l’on connaît des techniques – allongement des rotations, semis sous couvert, lutte biologique, méthanisation… - il existe encore peu de références sur la productivité de système AEI et l’optimisation des écosystèmes. « On n’a pas les réponses à tout. A nous, techniciens d’avoir un autre raisonnement », concède Olivier Manceau.

Un système autonome

Dans le nord de la France, sur le plateau lorrain, un agriculteur visionnaire a senti le vent tourné bien. Francis Claudepierre en a étonné plus d’un vendredi dernier en session. Derrière son air tranquille se cache un entrepreneur hors du commun. Une référence laitière de 398 000 litres de lait biologique, 112 ha (86 ha de prairies), 3 UTH (un salarié) : à l’EARL des Brimbelles, on est revenu aux fondamentaux de l’agriculture sous une version moderne. En 2000, la mise aux normes de l’élevage ne satisfait pas l’éleveur qui veut aller plus loin. Une part des investissements permet de construire une unité de méthanisation amortie sur 6 ans à 7,5 cts du kWh. Avec la chaleur, il investit logiquement dans un séchoir en grange et valorise l’herbe récoltée dans la ration des laitières.

Il cultive 6 ha de luzerne et 20 ha d’un mélange pois-triticale. 900 quintaux de céréales sont autoconsommés. Seules 9  tonnes d'aliments par an sont achetées. Les vaches produisent en moyenne 6 200 litres de lait. Aucun euro n’est dépensé en engrais et amendements, seul le digestat est épandu 2 fois par an à 10 T/ha sur les prairies et les cultures. « Les résultats nous confortent dans nos choix », indique Francis Claudepierre. Depuis 5 ans, le ratio EBE sur produit de l’exploitation atteint 50%.

Un projet gigantesque

Il crée avec un collègue "l’association des méthaniseurs de France" qui milite pour revaloriser le tarif de rachat de l'électricité. But atteint. Mais ne pouvant revenir sur les clauses de son ancien contrat, il décide de lancer un nouveau projet avec un tarif de rachat à 14 cts/kWh. En 2006, il imagine un projet touristique et pédagogique en partenariat avec la communauté de communes : « la route des énergies renouvelables ». Puis sort de terre un digesteur et post-digesteur de 3 500 m3 qui complète les 500 m3 de l’ancienne installation. 2,1 million de kWh électrique sont produits par an, soit la consommation de 300 foyers. Cela équivaut à une économie de 20 000 litres de fuel pour le chauffage des habitations. Le digesteur engloutit le lisier et fumier de l’exploitation ; 15 à 25 ha de cultures énergétiques et 20 à 30% de sous-produits agro-alimentaires. L’investissement de 900 000 € est financé à hauteur de 25% par l’Etat et 18% par la région, le département et l’Ademe.

L’énergie produite chauffe un réseau de chaleur de 300 m auquel sont raccordés le séchage en grange, la salle d’accueil dédiée à la route des énergies renouvelables, 8 habitations et la future école intercommunale. Le projet a même été labélisé « pôle d’excellence rural ».

Seule ombre au tableau : la pénurie de matières organiques, convoitées par les allemands, les luxembourgeois et les belges pour faire tourner leur digesteur, induit une charge supplémentaire de 45 000 € (issues de céréales achetées et ensilage en contrat). Mais au final, le résultat de la SARL dépasse les 35 000 € la première année. Deux emplois ont été créées, 4 autres pour la route des « énergies renouvelables ». Pour Francis Claudepierre, l’AEI n’est qu’un retour aux fondamentaux de l’agriculture mais « avec les techniques d’aujourd’hui pour une meilleure production ».

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