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Agriculteurs et apiculteurs : échanger pour améliorer ses pratiques

Durant huit semaines l'an dernier, en pleine floraison du colza, ressource intéressante pour l’abeille, dix ruches ont été suivies à Kerguéhennec (56), station expérimentale des chambres d’agriculture de Bretagne. L’un des sept lieux d’étude en France du projet Survapi. Restitution entre apiculteurs et agriculteurs, mardi dernier à Ploërmel, pour une meilleure reconnaissance commune.

Un débat où chacun exprimera ses craintes, et la volonté de voir évoluer les pratiques.

"J’hiverne 400 colonies et je ne sais pas ce qui va en ressortir. Je fais de l’élevage d’abeilles ! Je suis, comme mes collègues agriculteurs, à la MSA ! En 2018, ça a été la pire année. J’ai eu 35 % de perte, une hécatombe mais certains ont perdu jusqu’à 50 %", relate Mathieu Audo. Local de l’étape, membre de l'Association départementale d'apiculture (ADA) Bretagne, le jeune apiculteur installé en 2014 à Saint-Jean-Brévelay, s’est prêté au jeu de Survapi. Il a mis à disposition dix colonies au printemps 2019. "Kerguehénnec, c’est une zone intéressante, il y a de la ressource pour les abeilles, des bois, des cultures, du colza, un arboretum. Cela a du sens et c’est intéressant de se rencontrer avec les agriculteurs. Il est temps de voir ce qui se passe, j’aimerais que ça évolue dans le bon sens", espère-t-il en artisan du dialogue.

En ce mardi 21 janvier, les règles du jeu sont posées : "On n’est pas là pour incriminer qui que ce soit mais bien pour se comprendre mutuellement et créer du lien entre les apiculteurs et les agriculteurs, débattre et évoluer", posent d’emblée Philippe Lannuzel et Tiphaine Daudin. L’un est conseiller cultures à la chambre d’agriculture, l’autre conseillère apicole à l’ADA.

Adopter des pratiques qui favorisent les pollinisateurs revient à améliorer le potentiel de ses cultures.

Pallier les carences alimentaires

Pour aider au dialogue, la trentaine d’apiculteurs, agriculteurs et conseillers techniques répartis en groupe, auront exprimé, au travers de 22 photos, "leurs inquiétudes ou leurs priorités, pour que tout le monde soit bien conscient des problématiques des uns et des autres", précisent les animateurs. Et tous les apiculteurs de pointer le même cliché : "Ce qui nous pose problème, c’est un pulvérisateur sorti en pleine journée sur un colza en pleine floraison". Et d’expliquer l’importance de cette ressource protéinée pour les abeilles. "C’est très appétant pour elles à une période où il n’y a pas grand-chose d’autre car il y a de moins en moins de haies, de prairies naturelles riches en trèfle blanc et pissenlits ou roncier… On a des carences alimentaires", expliquent les apiculteurs aux agriculteurs présents. "J’essaie de limiter au maximum les produits que j’applique. On a modifié nos pratiques, nos variétés. On passe le pulvé tard le soir. Il faudrait généraliser ces bonnes pratiques, celles qui favorisent la biodiversité, les rotations longues", plaide Fabrice Chérel, agriculteur de Néant-sur-Yvel.

 

Faire évoluer les pratiques

Un débat où chacun aura pu exprimer ses craintes, les uns sur l'échec du plan Écophyto avec une augmentation l'an dernier de l'utilisation des quantités de produits phytosanitaires utilisés... Les autres pointant que les fermes des réseaux Déephy ou des 30 000, ont réussi à réduire leur recours... Alors, "ne négligeons pas les efforts faits par les agriculteurs, maintenant il s'agit de les vulgariser", avec la volonté de voir évoluer les pratiques. Car il y a urgence quand les molécules de traitement utilisées reviennent à la ruche. Et pour que ces bonnes pratiques essaiment plus vite, "il faut donner du sens, comprendre l’intérêt de changer ses manières de faire. L’abeille est un des insectes pollinisateurs, ils sont fragiles. Adopter des pratiques qui les favorisent revient à améliorer le potentiel de ses cultures. Trop d’agriculteurs l’ignorent", résume Mathieu Audo.

 

Survapi ?

 

Agriculteurs et apiculteurs

Ce projet s’inscrit dans le cadre du programme Écophyto. Il a pour objectif de mieux connaître les liens entre l’abeille et son environnement agricole. Grâce aux suivis de ruchers dans sept départements représentant la diversité du paysage agricole, les ressources butinées, la qualité du pollen, les éventuelles traces de produits phytosanitaires à la ruche seront inventoriés sur les campagnes 2019 et 2020. L’ambition est de créer du lien entre les agriculteurs et les apiculteurs d’un même territoire, de se comprendre pour améliorer les pratiques "collectivement". En Bretagne, le GIE élevage avec sa commission apiculture (ADA Bretagne) et la chambre d’agriculture ont mis la main à la pâte et c’est la station expérimentale de Kerguéhennec qui a été choisie. Du 26 mars au 27 mai 2019, durant huit semaines, en pleine période de floraison du colza, ressource intéressante pour les abeilles, un rucher composé de 10 colonies allant de 5 000 à 26 000 abeilles a été suivi. Une période également à risque car comportant des traitements sur les cultures. Quels produits reviennent à la ruche ? Sur 58 molécules différentes appliquées pendant la période de suivi, seules six sont retrouvées, en quantités variables, et notamment deux fongicides (fluopyram et prothioconazol) et un insecticide (flonicamid), détectables sur les butineuses et le pollen. C’est l’enseignement de cette première campagne qui sera précisée l’an prochain.

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