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Agriculteurs et chasseurs : renouer le dialogue à travers la biodiversité

Si en Bretagne notamment, les dégâts de sangliers sont un sujet de discorde entre agriculteurs et chasseurs, des compromis sont possibles et d'autres sujets, comme la défense de la ruralité sont davantage rassembleurs. Avec la réforme de la chasse et la création de l'office français de la biodiversité (OFB), c'est l'occasion de renouer le fil du dialogue et de contribuer à redorer l'image de chacun.

En Bretagne, on compte 46 000 chasseurs.
© FNC

"Avec l'office français de la biodiversité, nous avons créé les conditions de la mise en place de l'écologie positive et constructive. La seule chose qui va m'animer, c'est la recherche du consensus". Ces propos ont été tenus le 5 mars à Saint-Malo (35) par Thierry Burlot, président de l'OFB, lors du congrès de la Fédération nationale de la chasse. Pour mémoire, l'Office français de la biodiversité (OFB) est un établissement public dédié à la sauvegarde de la biodiversité. Une de ses priorités est de répondre de manière urgente aux enjeux de préservation du vivant. Sous la tutelle du ministère de la Transition écologique et solidaire et du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, il est né de la fusion de l’Agence française pour la biodiversité (AFB) et de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS). Il regroupe des membres du monde de la chasse, de l'agriculture avec l'ACPA, des associations de protection de la nature, des représentants des comités de bassin, ainsi que des collectivités territoriales... "Je crois en l'avenir commun de nos maisons. Je crois en la sagesse de l'État dans une approche plus humaine de l'écologie, mais aussi compatible avec une écologie qui respectera l'ensemble de l'économie rurale avec nos amis agriculteurs, comme les intérêts des usagers de la nature", a souligné pour sa part Willy Schraen, président de la Fédération nationale de la chasse.

Nous avons là l'occasion de redorer l'image des chasseurs et des agriculteurs

Pour Pascal Ferey, membre du bureau de l'APCA (chambres d'agriculture), "c'est aussi l'occasion de renouer le dialogue entre chasseurs et agriculteurs, car il y a des sujets qui nous rassemblent, comme par exemple la préservation du foncier et la rémunération pour services environnementaux".

Dégâts des gros gibiers versus biodiversité des petits gibiers

À l'échelle de la Bretagne, les dégâts de sangliers sont un sujet épineux entre agriculteurs et chasseurs. "Pour nous, on est au bout du système d'indemnisation sur les dégâts de sangliers. C'est important qu'on se dise les choses, mais il faut éviter que le sujet nous monte les uns contre les autres. Pour ma part, je suis demandeur de discussions rapprochées pour mettre en place des actions. Et cela au delà du problème des sangliers, des actions aussi en faveur de la biodiversité pour lutter contre la disparition du petit gibier", déclare André Douard, président de la fédération régionale de la chasse, et secrétaire de la fédération nationale, rencontré en marge du congès national. Pour ce faire, il compte notamment s'appuyer sur l'instauration de l'écocontribution en faveur de la biodiversité. Ainsi, les fédérations de chasseurs financent chaque année, à hauteur de 5 euros par chasseur, des actions concrètes en faveur de la biodiversité : plantation de haies, restauration de milieux forestiers, de milieux humides, entretien d’habitats favorables à la biodiversité... Des crédits publics à hauteur de 10 euros complètent le dispositif, qui est ensuite ventilé à l'échelle régionale, et sous forme d'appels à projets. En Bretagne, des actions ont déjà vu le jour, comme une évaluation de la qualité des zones humides, une reconstitution de landes dans un espace naturel sensible... "On contribue également à des projets en relation avec l'agroécologie, et on mène également un travail sur les paiements pour services environnementaux, ou encore à travers le label Haie qui a pour ambition de préserver les haies en renversant la dynamique d’érosion bocagère en France, tout en appuyant le développement de filières haies-bois bocager durables", développe André Douard. Et le secrétaire national de conclure : "Petit à petit, on se dirige vers une autre construction des rapports entre les acteurs et nous avons là l'occasion de redorer l'image des chasseurs et des agriculteurs, si tout le monde joue le jeu".
La gestion de la chasse doit faire face à plusieurs défis : maîtrise des populations de grand gibier génératrice de dégâts, lutte contre l’érosion de la biodiversité et la dégradation des habitats, partage de la nature, maintien du rôle de sentinelle sanitaire sur la faune sauvage... Autant de sujets sur lesquels agriculteurs et chasseurs ont à trouver des terrains d'entente.

 

Le permis de chasse national à 200 euros

C'est une mesure phare de la réforme de la chasse. De 400 euros, le permis de chasse national est passé à 200 euros, avec pour objectif d'attirer de nouveaux chasseurs, notamment chez les jeunes. "Avant, on chassait autour de chez soi, mais petit à petit on agrandit l'espace. Aujourd'hui, les nouvelles générations ont une autre culture et aspirent à plus de mobilité", souligne André Douard.

 

Dans le Morbihan, un permis à zéro euro

Suite aux nombreux dégâts causés par la faune sauvage sur les cultures et à la difficulté d’avoir une intervention aussi réactive que souhaitée des chasseurs dans certains secteurs, la FDSEA du Morbihan a encouragé les agriculteurs et agricultrices à se prendre en main et à passer leur permis de chasser. Elle s’est ainsi rapprocher de la fédération des chasseurs du Morbihan pour proposer des formations aux horaires aménagés pour les agriculteurs dans le cadre du permis à 0 €.
Trois formations ont été proposées en 2019 : après deux demi-journées de formations, et quelques révisions nécessaires, 32 permis ont été validés ! Une belle réussite pour la FDSEA qui considère que l’investissement des agriculteurs est nécessaire pour mieux se comprendre d’une part entre chasseurs et agriculteurs et pour faciliter les interventions quand c’est nécessaire. La Fédération de chasseurs a fait le choix, de son côté, de mettre un terme à cette opération du permis à 0 €.
Loin du cliché du bon et du mauvais chasseur dressé il y a quelques années par Les Inconnus, Anne-Françoise Le Bihan, seule femme du panel à avoir passé son permis, est revenue ravie de cette expérience : "On a souvent une image faussée de la chasse : les formateurs sont hyper-pro ! Ils insistent notamment beaucoup sur la sécurité". Cette formation, elle l’a également trouvée très enrichissante pour son côté naturaliste avec la reconnaissance d’oiseaux, la connaissance de la faune sauvage, du gibier… Quelques conseils pour les futurs diplômés : du travail et de la concentration ! Car non, ce n’est pas si simple d’avoir son permis !  / Pascaline Leygnac - FDSEA 56

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