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Agriculture et climat, ça change

Le changement climatique est à l’œuvre. Tout à la fois acteurs et victimes du réchauffement, les agriculteurs, interpellés, s’interrogent et agissent. Avec ce thème dédié sur l’Espace pour demain de ce 33e Space, ils en ont fait la démonstration au travers de conférences, de témoignages, de stratégies à l’œuvre et d’innovations. La ferme laitière bas carbone, entre autres, n’est pas une chimère.

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En France, le secteur agricole serait à lui seul responsable de 19 % des émissions de gaz à effet de serre, 27 % pour le transport, 21 % pour l’industrie, 18 % pour l’énergie, 12 % pour le bâtiment et 3 % pour les déchets.

Le climat a déjà changé. "C’est déjà de l’ordre de un degré de plus en moyenne sur l’année en Bretagne", assure Franck Barrère, du service études et climatologie de Météo France sur le plateau de l’Espace pour demain. "Et c’est énorme, c’est plus de vagues de chaleur, une fréquence des jours de gel qui diminue, une floraison des pommiers modifiée, idem pour d’autres espèces de végétaux", enumère-t-il. En cette mi-septembre, les 85 départements ayant pris des mesures sécheresse, en sont l’illustration. S’adapter constitue donc un enjeu majeur mais pas que. Y répondre et modifier ses pratiques pour ne pas continuer d’amplifier le phénomène, en est un autre. Et de taille, car en France, le secteur serait à lui seul responsable de 19 % des émissions de gaz à effet de serre (GES). En Bretagne, terre d’élevage par excellence, le chiffre de 45 % serait avancé. "On a déjà des actions très concrètes. Il faut les faire converger et massifier leur mise en œuvre", s’accordent les participants à la table ronde agriculture et climat, mercredi 11 septembre dernier, l’un des multiples rendez-vous consacrés à l’enjeu durant ce salon de l’élevage.

L’agriculture est le meilleur atout du territoire en bilan carbone, énergie et protection de l’eau.

Raisonner global, agir local et en transversal

Et parce que le sujet touche tous les pans de l’exploitation, "j’encourage mes collègues à faire un point zéro au travers du bilan carbone, le Cap2ER, pour savoir de quoi on parle", pointe Loïc Guines, président de la chambre d’agriculture d’Ille-et-Vilaine.  "Il faut remettre de l’assolement sur nos terres. Le maïs-blé, c’est terminé avec ce que l’on est en train de vivre", défend le producteur de lait bio, en conversion, président du groupe énergie-climat. Un bilan que Franck Simmoneau, éleveur laitier à Acigné (35) a réalisé il y a trois ans, "plutôt bon, avec des points qu’on a décidé d’améliorer dont la part d’herbe dans la ration des vaches, et l’âge des génisses au vêlage pour diminuer le stock d’animaux improductifs. J’ai la chance d’avoir un bon parcellaire", appuie cet élu de la chambre d’agriculture qui pointe une autre priorité : "l’échange parcellaire, c’est une voie de travail". Il y a aussi les économies d’énergie, pour refroidir entre-autres, le tank à lait, la récupération des eaux… Et des pierres d’achoppement, "l’impact du travail du sol sur le climat. Ne pas le travailler, c’est 0,5 litre de glyphosate contre 70 litres de gasoil à l’hectare", glisse Loïc Guines.

 

Avec le territoire

En Normandie, dans la très céréalière plaine de Caen où les sols souffrent d’érosion, d’une vie du sol apauvri par manque de matières organiques,  "on essaie de développer l’agro-foresterie plutôt que les épandages qui passent parfois mal", pointe Isabelle Guillomarch’, conseillère à la chambre d’agriculture de Normandie. Et parce qu’il y a un enjeu territorial, à la communauté de communes de la Roche aux fées (35), "depuis quinze ans on travaille avec le milieu agricole, on plante du bocage et on mobilise 50 % de bois bocager, en tenant compte d’un prix cohérent pour les agriculteurs, pour alimenter notre réseau de chaleur. On travaille maintenant sur la méthanisation", illustre Sébastien Benoît, responsable du pôle énergie-climat. Et déjà sur cette collectivité s’écrit le futur plan énergie-climat 2020-2025, "avec une plus grande intégration de l’agriculture. La dimension économique doit être prise en compte. L’agriculture, c’est de défi du territoire et son meilleur atout, en bilan carbone, énergie et protection de l’eau", défend ce responsable. Des bénéfices environnementaux indéniables que peut faire valoir l’agriculture, notamment sur le stockage du carbone et son entrée sur ce nouveau marché.

 

Demain l'élevage vendra ses crédits carbone

La méthode de comptabilisation et de certification des émissions de gaz à effet de serre (GES) Carbon Agri devrait très prochainement être certifiée "Label bas carbone" par le ministère de la Transition Écologique et Solidaire. L’association France Carbon Agri lancera ses premiers appels à projet à l’automne.  Avec France Carbon Agri Association, les représentants des éleveurs ont souhaité faciliter la mise en place de projets agricoles favorisant les réductions des émissions de GES. "Le souhait était d’être en capacité d’organiser, de gérer l’offre de crédit carbone. En effet, si chaque éleveur initie les travaux séparément, la charge financière pourrait être prohibitive. Les coûts de gestion ou de développement du projet seraient supérieurs aux bénéfices attendus", explique Claire Le Grand de la FNPL. Construire une structure nationale s’est donc avéré essentiel pour fédérer les éleveurs. La méthodologie Carbon agri a d’ores et déjà permis de quantifier le potentiel de réduction de l’empreinte carbone d’une ferme laitière moyenne. Estimée à 14 %, cette baisse correspond à 400 tonnes de carbone sur cinq ans, à valoriser sur le marché. Si aujourd’hui le prix du carbone tourne entre 10 et 15 €/t, ces chiffres pourraient bien augmenter à l’avenir grâce à une demande croissante. De plus en plus d’entreprises visent en effet la neutralité carbone en 2050 et vont donc être à la recherche de crédits carbone. "On peut espérer un tarif correspondant à 20 €/t, soit environ 8 000 € par agriculteur engagé dans le projet", prédit Jean-Baptiste Dollé de l’Institut de l’Élevage.  / Cassandra Beaudet

 

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De gauche à droite, Morgane Raison de gauche à droite, Morgane Raison et Laurence Ligneau (chambres d'agriculture de Bretagne),

"L'Élevage, une chance pour notre planète"

"On est là pour nourrir les gens, or il y a des gens qui sont là pour nourrir la peur", s’agace Marie-Thérèse Bonneau, éleveuse laitière et vice-présente de la FNPL pour défendre les 60 000 fermes laitières de France. "L’élevage est une chance pour la planète". Loin pour autant de botter en touche, la profession s’est attelée à la question lançant avec l’Institut de l’élevage un programme sur la ferme laitière bas carbone où "on évalue ses pratiques et on choisit celles qu’on veut mettre en œuvre pour réduire son empreinte", explique Jean-Baptise Dollé de l’Institut de l’élevage. À la ferme expérimentale de Trévarez (29) où les vaches produisent 8 000 kg de lait par an, "on a fait le bilan carbone, on a supprimé les concentrés, remplacé le soja par le colza, distribué de l’ensilage d’herbe précoce... Le lait le plus rentable est produit par les fourrages équilibrés et de qualité", pointe Morgane Raison, chargée de mission bas carbone à la chambre d’agriculture de Bretagne. Prairies et haies, puits de carbone pour le stocker... "10 % des exploitations laitières sont engagées dans la démarche de réduction de leurs émissions de GES, 10 % encore dans la filière bovin viande. 1 200 éleveurs", note Jean-Baptise Dollé. "Le changement climatique, c’est pour tous les éleveurs. Dans les dix ans, l’objectif c’est que tous soient audités", note Marie-Thérèse Bonneau. La filière s'est fixée l'objectif de réduire de 20 % ses émissions de CO2, voire au-delà, d'ici 2025.  "On a les réponses et les solutions, une haie c’est 5 tonnes de CO2 stokées par kilomètre", résume encourageante Laurence Ligneau, chargée de mission énergie climat à la chambre d’agriculture de Bretagne. Car, il y a urgence à avancer plus vite. "Les réponses sont multifactorielles et l’éleveur a le choix pour s’impliquer", encouragent les participants de cette table-ronde sur la ferme bas carbone.

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