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Agriculture et médias, je t'aime moi non plus

S'il ne fait aucun doute que les sujets agricoles plaisent aux médias, pas sûr que le monde agricole se reconnaisse dans cet étrange miroir qu'est la presse. C'est ce constat qui a logiquement conduit "Agriculteurs de Bretagne" à tenter le débat sur cette relation pour le moins ambigüe entre agriculture et médias.

"L'amour vache", la formule est usée mais elle revient aussi souvent que s'offrent les occasions de constater à quel point les médias se plaisent à évoquer l'agriculture ou l'alimentation. Pour preuve, l'interminable séquence de l'été dernier sur les crises de l'élevage, porc, lait, viande bovine. Même les chaînes d'info en continu ont trouvé là matière à des directs aussi insolites qu'inattendus devant les portes closes du marché du porc à Plérin. D'autres images agricoles, celles de tracteurs en cortèges sur les autoroutes ont aussi tourné en boucle jusqu'à la fin de l'été, squattant sans interruption les ouvertures de journaux télévisés. L'agriculture a donc fait la Une... en présentant l'image d'un secteur en crise. Pas une image rêvée donc, pas davantage une image souhaitée par les agriculteurs eux-mêmes. Mais au moins, ce traitement informatif pouvait-il évoquer une réalité incontestable... celle d'une crise économique. Jeudi dernier, dans l'ambiance feutrée de ce colloque sur l'agriculture et les médias, on a même pu juger que - pour une fois - l'agriculture n'a pas été si mal traitée, ou moins mal que d'autres fois si l'on s'en tient aux questions-réponses formulées par Jakez Bernard, président de "Produit en Bretagne" et animateur des débats du jour.

"Nos lecteurs sont exigeants"

Déferlement médiatique, titres chocs, choix éditoriaux orientés, débats à charge contre l'agriculture, une averse de reproches faits aux médias s'est abattue dans l'amphitheatre du Crédit agricole des Côtes d'Armor, laissant apparaître le malaise du monde agricole et agroalimentaire breton, représenté par un auditoire de communicants et de dirigeants d'entreprises privées et coopératives bretonnes et de représentants de la profession agricole. A la tribune, quelques grands acteurs médiatiques bretons, François-Xavier Lefranc, rédacteur en chef de Ouest France ou encore Marcel Quiviger, directeur de la rédaction du Télégramme, sont quant à eux venus exprimer toute leur bienveillance à l'égard de l'agriculture bretonne et s'extraire des reproches implicites faits par l'agriculture aux médias. "Les titres chocs, ce n'est pas notre façon de faire, nos lecteurs sont exigeants", affirmait-on coté Ouest France, tandis qu'au Télégramme on évoquait "le temps médiatique qui est un temps de l'immédiateté". Et chacun d'eux de prodiguer quelques conseils essentiels aux victimes potentielles de la sur-exposition médiatique : "la communication, il ne faut jamais la subir, il faut toujours répondre, attaquer. Le pire serait d'attendre que ça se tasse", insistait François Xavier Lefranc quand Marcel Quiviger regrettait que "le monde agricole manque de personnalité qui l'incarne sans complexe" quand d'autres brillent. Des noms ? Un Michel Edouard Leclerc sait très bien y faire. José Bové aussi avait su tirer à son profit le ramdam médiatique...Mais Xavier Beulin y parvient beaucoup moins et, souvent, c'est un ministre, Stéphane Le Foll, très sollicité par les médias qui se trouve être le seul défenseur de la profession lors de débats contradictoires sur les questions liées à l'agriculture.

Rien à cacher

"Gardons nous d'avoir sur les médias une vision trop caricaturale, il y a des journalistes qui font bien leur boulot" avait émis Remi Mer, rapporteur d'une étude sur la relation presse agriculture (lire encadré), en préambule des échanges. La précaution n'aura pas été de trop face à un auditoire remonté contre le déferlement médiatique et les procès faits à l'agriculture. "Il y a des images qui nous collent à la peau en permanence" s'agaçait Sophie Jezequel, agricultrice dans le Finistère et élue à la chambre d'agriculture quand sa collègue des Côtes d'Armor, Céline Clément, plaidait pour une ligne claire : "On n'a rien à cacher, il faut qu'on soit vrai". Trois journalistes invités, Jo Le Sann, de France 3 Ille de France, Clarisse Lucas de l'AFP (Agence France Presse), Johan Moisan de France Bleu Armorique ont chacun expliqué leurs pratiques et leur perception de la relation agriculture médias. "Difficile de ne pas être réducteur" reconnaisait Clarisse Lucas. "Ne refusez pas de répondre aux journalistes" plaidait pour sa part Jo Le Sann,"si vous parlez aux médias d'information, il faut accepter le pluralisme des idées, c'est le b-a ba" avant d'enfoncer le clou en émettant l'hypothèse que "le meilleur journal sera toujours celui dont on est le rédacteur en chef". Johan Moisan rappelait quant à lui une évidence du métier de journaliste : "On ne fait pas de la com, mais de l'info. Alors soyez sincères !". Un mot repris au vol par la présidente d'agriculteurs de Bretagne Danielle Even en conclusion de cette première rencontre du genre, et d'ajouter : "positiver, c'est un exercice difficile".

Comment les médias parlent d'agriculture

On parle d'elle... trop ou trop peu, trop ou trop mal. Bref, l'agriculture est à la peine avec les médias. Des nitrates aux pesticides, en passant par la vache folle ou les algues vertes, sans oublier la mal-bouffe, les OGM, les lasagnes frelatées, les maltraitances animales en abattoirs, les dossiers ne se comptent plus, alimentant une relation de défiance entre l'agriculture et la presse. Voilà pour le constat, dressé par Rémi Mer, journaliste lui-même et, pour l'occasion, rapporteur d'une étude approfondie sur ce thème, présentée jeudi dernier en introduction du colloque organisé par l'association Agriculteurs de Bretagne. Les exemples d'un traitement médiatique contre l'agriculture, ou tout au moins une certaine agriculture, ne manquent pas. On pourrait même dire qu'ils pullulent, nourris de la production éditoriale très prolifique de quelques grands noms, ainsi Franz Olivier Giesbert avec son Manifeste pour les animaux ou encore L'animal est une personne, Matthieu Ricard et son Plaidoyer pour les animaux, ou encore Aymeric Caron et son No steak  qui tous viennent nourrir la tentation du végétarisme et surtout ruiner l'image de l'élevage. Autant de livres qui ont opportunément alimenté parutions presse et débats radiophoniques ou télévisuels "à charge". L'agriculture serait-elle donc si clairement dans le viseur des médias ? Pas tous les médias...et pas toute l'agriculture, tempère Remi Mer. Plus que d'agriculture, c'est des questionnements autour de la relation entre agriculture, alimentation et santé que les médias tirent leur contenu éditorial, sous un angle plutôt négatif, note encore l'observateur. "On parle beaucoup plus d'agriculture qu'on ne laisse parler les agriculteurs" constate aussi Remi Mer en décrivant un monde des médias chahuté et parfois tenté "par le risque du scoop et du scandale" sur fond d'accélération du temps médiatique avec internet et les chaînes d'info en continu.

Et tous les médias ne seraient pas logés à la même enseigne relativise aussi Remi Mer qui relève au moins une ligne de fracture entre une presse nationale et presse de proximité. A la presse nationale, l'information distanciée et accusatrice. A la presse locale, des sujets de proximité moins interrogatifs et incarnés par des agriculteurs.


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