Aller au contenu principal

Agriculture : se préparer à des transitions majeures

Toujours en transition, l'agriculture s'adapte. Intensification, processus sanitaires, transparence... l'agriculture française a toujours su répondre aux demandes, qu'il s'agisse d'exigences réglementaires ou d'attentes de la société. Dans un monde plus horizontal où le poids des consommateurs prend toute sa place dans les débats, et où le changement climatique s'installe, de nouvelles tendances s'affirment. Alors, à quoi s'adapter et comment ? Les chambres d'agriculture de Bretagne s'interrogent pour mieux accompagner ces transitions.

Conscients des transitions à venir, les élus des chambres d'agriculture de Bretagne ont convié à leur session Bernard Chevassus-au-Louis, biologiste et écologue reconnu, ancien directeur de recherches à l'Inra, qui préside actuellement l'association Humanité et Biodiversité. Une pointure donc pour évoquer le sujet de la "multi-performance" demandée aux exploitants agricoles pour rester compétitif dans un environnement de plus en plus fluctuant. "Je viens ici avec des convictions plus que des vérités", entame le chercheur. Une entrée en matière qui permettra à chacun de tirer ses propres conclusions.

Un environnement fluctuant

Bernard Chevassus-au-Louis est pragmatique. Selon le chercheur, la capacité des agriculteurs à maîtriser leur environnement pour diminuer les risques est révolue. Le changement climatique via "l'accélération des événements climatiques extrêmes" reste un enjeu majeur mais il est loin d'être le seul. Le chercheur pointe "le nombre de bioagresseurs en augmentation via les migrations ou leur (ré-)introduction alors que dans le même temps la diminution de l'usage des facteurs de stabilisation comme l'irrigation et les phytosanitaires est inéluctable". Des remarques auxquelles s'ajoutent l'augmentation de la volatilité des prix et une "tension sur les facteurs de production comme l'énergie ou les engrais". Plus fluctuant et donc moins maîtrisable, l'environnement serait donc un facteur de risque plus important demain.

Les aspirations de la société évoluent

Changeantes et fluctuantes, idéologiques voire idéalistes... les aspirations sociétales laissent parfois les agriculteurs sceptiques quant à leur capacité à y répondre tout en conservant une rentabilité économique. Or, pour Bernard Chevassus-au-Louis, la société d'aujourd'hui est différente et l'adaptation est nécessaire. "Certaines constantes sont modifiées. Si jusqu'ici la connaissance rationnelle était admise par tous, nous entrons dans une nouvelle ère où elle est remise en cause. Nous allons vers une réhabilitation de la subjectivité. L'inflation des infox (fausses nouvelles, complotisme...) en est le parfait exemple". Même dissonance sur la nature qui devait être collectivement maîtrisée, et qui doit désormais être "respectée et imitée". Des ambitions qui se retrouvent également sur la vision du groupe. "Le monde universaliste est petit à petit remplacé par celui du tribalisme où l'on consomme des valeurs. On ne consomme pas pour se nourrir, on consomme des valeurs partagées", estime le scientifique. Ainsi, alors que l'attrait de l'agriculture biologique est incontestable et que le basculement de la demande sociétale vers ce mode de production est une réalité, le chercheur interroge : "Le monde agricole est-il capable d'inventer une alternative crédible et facilement utilisable ? Sans cela, l'installation d'un jeune ne me semble pas très porteuse en terme d'image".

Alors, comment s'adapter ?

L'innovation est un levier de performance, le chercheur préconise de "construire des fabriques d'innovation plus agiles et horizontales". Késako ? "La solution idéale et unique n'existera plus. Nous devons aller vers une innovation optimisée, vers une combinaison de solutions imparfaites", estime Bernard Chevassus-au-Louis qui prédit "la fin de la spécialisation où le producteur propose sa solution clé en main au consommateur. Il faut avancer vers des innovations ouvertes et participatives". Les problématiques agricoles ont souvent été solutionnées par la technologie, or le conférencier préconise de "ne pas défendre les technologies pour elles-mêmes, il faut devenir aussi techno-sceptique que la société". Et de pointer l'exemple des OGM : "Il faut avoir de bonnes raisons d'utiliser ces technologies et de les faire partager". Le chercheur propose aux agriculteurs de revendiquer un rôle actif dans l'évaluation "a postériori" des technologies via des systèmes de suivi de monitoring et de retour d'expériences. Et d'appeler à "devenir acteur du reporting". En devenant lanceur d'alerte sur des problèmes rencontrés, l'agriculteur se repositionne au cœur de la société et ne se rend plus complice des défaillances techniques. Outre les aspects techniques du métier, Bernard Chevassus-au-Louis interpelle l'assemblée sur la gestion des territoires et des services : "L'agriculteur doit s'ancrer sur son territoire avec conviction via des systèmes alimentaires localisés qui mettent en avant son savoir-faire et ses produits, mais aussi avec réalisme en ouvrant ses marchés à des produits moins locaux mais réalisés avec la même exigence. Bretons, les fromages franc-comtois sont excellents !", s'amuse-t-il. Enfin, l'homme prône une organisation permettant d'affronter des marchés exigeants et concurrentiels : "Il est nécessaire d'intégrer des non-agriculteurs dans les organisations collectives pour mieux produire et négocier". Tout un programme !

Les chambres d'agriculture porteuses du changement ?

Performer, s'adapter, être compétitif : oui mais comment ? Sébastien Windsor, 1er vice-président de l'APCA (assemblée permanente des chambres d'agriculture) estime que "l'agriculteur doit être au cœur du choix". Car choix il y a. "Il n'y a pas de recette ou de système idéal mais des solutions multi-performantes diversifiées à mettre en place en lien avec l'agriculteur. Je ne crois pas au changement de système radical car les risques sont inconsidérés pour l'agriculteur, nous devons au contraire les accompagner dans la prise de risque pour apporter des éléments de changement". Pour Sébastien Windsor, la mission des chambres d'agriculture est bien de "sortir du fatalisme pour permettre de se préparer à l'agriculture de demain qui sera plus apte à répondre aux citoyens". Un plan qu'il décide de concrétiser sur le terrain : "Aujourd'hui, nous les chambres, nous sommes les champions pour faire un diagnostic en trois jours avec assez peu de mise en place derrière. Apprenons de nos erreurs, formons nos salariés pour proposer un service de diagnostic 360° à l'écoute des objectifs, en étudiant la faisabilité des projets, les pratiques à modifier, les achats à envisager... et en concrétisant la démarche via un contrat à la carte en lien avec les collectivités". Une ambition forte qui doit trouver un écho avant l'échéance de la PAC 2020. "La nouvelle PAC doit nous permettre de co-financer des investissements pour faire évoluer nos pratiques. Nous devons construire des expérimentations sur l'accompagnement des transitions avant les tractations PAC pour proposer un projet cohérent et influer sur le gouvernement au moment des négociations". Les expérimentations commenceront dès septembre dans certaines chambres d'agriculture sur la base du volontariat. Le vice-président de l'APCA estime que l'enjeu budgétaire est double "pour un budget PAC en lien avec le changement des pratiques agricoles et pour celui des chambres d'agriculture alors que la question se posera de la justification de nos budgets".

La multi-performance, c'est quoi ?

Les chambres d'agriculture ont publié un livre blanc sur la multi-performance. Cette réflexion vise à promouvoir la diversité des systèmes d'exploitation, à en faire émerger de nouveaux et considère cette diversité comme une richesse pour l'agriculture. La multi-performance économique, sociale, environnementale ouvre les champs du possible et est déjà en place dans beaucoup d'exploitations bretonnes. Optimisation du revenu, nouvelles sources de valeur... les exemples sont multiples.


A VOIR : Retrouvez en vidéo sur le site internet de Terra trois témoignages d'agriculteurs bretons autour des notions de chefs d'entreprise, de l'innovation ou de leur présence dans le territoire.

Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 9.90€/mois
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Terra
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Terra
Consultez les revues Terra au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière Terra
Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Terra.

Les plus lus

Le Finistère surfe sur le Bien manger
Après avoir lancé son PAT, projet alimentaire de territoire, le Finistère a continué sur sa lancée, en faisant de 2020 l’année du…
Bovins mutilés : comment agir ?
Depuis plusieurs mois, des faits de mutilations de chevaux ont été signalés un peu partout en France et font régulièrement la Une…
Légumes de conserve, gérer la variabilité et le prix juste
Une campagne mitigée avec une tendance aux moindres performances des légumes en conserve et surgelé. La Bretagne n’échappe pas au…
Tout Feu Tout Frais traque additifs, conservateurs, colorants et arômes
À Plabennec (29), voilà 20 ans déjà que Brédial et sa marque Tout Feu Tout Frais traquent sans relâche additifs, conservateurs,…
Une farine pleine de promesses
Produire une farine à base de blé issue d‘une agriculture locale et raisonnée, tout en répondant aux attentes du consommateur,…
Les ministres trouvent un accord sur la future PAC

Le 21 octobre à l’aube, les ministres de l’Agriculture des 27 sont parvenus à un accord sur la prochaine PAC qui ouvre la…

Publicité