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Après deux ans de trêve, la guerre du camembert relancée

L’ODG du camembert de Normandie a définitivement enterré le projet de nouveau cahier des charges. Une ultime décision qui relance la "guerre du camembert", dont la prochaine bataille pourrait se dérouler sur un terrain judiciaire.

La trêve aura duré deux ans. Deux ans de réunions quasi hebdomadaires pour tenter de trouver les conditions de l’armistice entre l’AOP camembert au lait cru et moulé à la louche et le camembert "fabriqué en Normandie" réalisé parfois à partir de lait pasteurisé et standardisé et qui ne respecte aucun cahier des charges. Mais c’est fini. Réuni en assemblée générale le 3 mars, l’ODG (organisme de défense et de gestion) du camembert de Normandie a "définitivement refusé" le projet de nouveau cahier des charges de l’AOP. 53 % ont voté contre.
"Les industriels se sont braqués", décryptent Patrick Mercier, président de l’ODG camembert. Ils ne voulaient pas de l’interdiction, posée par l’INAO (Institut national de l’origine et de la qualité), de certaines techniques de transformation comme la concentration protéique et la double pasteurisation du lait. "Pourtant ils savent faire du camembert sans utiliser ces techniques mais ils perdraient près de 30 % de rendement", explique-t-il. Constatant les désaccords profonds, ils ont ensuite été 97 % au sein de l’ODG à décider de renoncer au projet de grande AOP qui devait réunir, grâce à deux gammes distinctes au sein de la même appellation, les camemberts de l’AOP traditionnel et ceux "fabriqués en Normandie".

Les industriels se sont braqués. C’est une grande déception pour les 1 500 éleveurs qui auraient pu intégrer la filière.

Tout ça pour ça

Le président de l’ODG camembert ne cache pas sa déception à la sortie de la réunion. "C’est une grande déception pour les 1 500 éleveurs qui auraient pu intégrer la filière et bénéficier de la répartition de la valeur au sein d’une AOP", se désespère-t-il. À ses côtés, la section régionale normande de la FNSEA avait manifesté le jour même pour "défendre le projet sur lequel les professionnels de la filière laitière se sont accordés en février 2018". La Cnaol (syndicat des appellations d’origine laitières) a également affiché, dans une lettre, son soutien au président de l’ODG.  "Nous ne pouvons que saluer les efforts engagés ces derniers mois, et au moment de prendre des décisions cruciales, nous encourageons les opérateurs de la filière à trouver un consensus, pour assurer le développement de l’AOP camembert de Normandie à la hauteur des exigences que nous portons tous pour nos AOP", avaient écrit les membres du bureau de la Cnaol.
À l’Inao (Institut national de l’origine et de la qualité), même son de cloche. "Aujourd’hui, on revient à la case départ", se désole Jean-Louis Piton, président du Conseil permanent de l’Inao. Il défend malgré tout la méthode. "Dès le début de mon mandat j’aurais pu ouvrir la voie judiciaire. Mais il valait mieux tenter de négocier, trouver un compromis plutôt que la guerre totale", assure-t-il. Pourtant aujourd’hui c’est bien le volet judiciaire qui devrait s’ouvrir.

 

Les menaces

Et dans ce contexte, trois acteurs peuvent agir. Premièrement l’ODG, mais la configuration actuelle du conseil d’administration rend improbable que celle-ci attaque directement les opérateurs du Fabriqué en Normandie, qui sont souvent aussi parties prenantes de l’AOP. Reste la DGCCRF (fraudes) et l’Inao. "Je demande à l’administration de faire son travail, clame Patrick Mercier. Les camemberts fabriqués en Normandie doivent être retirés immédiatement des rayons". Il en appelle également à la responsabilité des consommateurs de ne plus acheter les "copies". "Les consommateurs sont plus forts que la justice", bougonne celui qui "se battra toute sa vie pour faire cesser l’usurpation".
"C’est possible que les fabricants retirent leurs produits [les camemberts fabriqués en Normandie] des rayons, mais j’en doute. Ceux qui ne le feront pas, nous irons en justice pour faire cesser l’usurpation", tonne Jean-Louis Piton. Des actions en justice qu’assurent soutenir également les autres AOP laitières réunies au sein de la Cnaol.

 

Appellations d'origine : des anomalies dans un quart des contrôles

"Le taux d’anomalies mesuré par la DGCCRF s’est élevé à 31 % en 2016 et 27 % en 2017", a révélé le ministère de l’Économie le 28 février sur son site internet. Parmi les anomalies récurrentes, la DGCCRF relève que certains opérateurs produisent sous AOP ou IGP sans habilitation, que le cahier des charges n’est pas toujours respecté ainsi que des défauts de traçabilité. Les fraudes recensent également "des usurpations, fraudes et pratiques commerciales trompeuses". Elle cite en exemple l’utilisation des mentions "Cabécou de Rocama- dour" et "Rocamadour des Cabécous" dénotant "l’existence d’une certaine confusion entre le fromage Cabécou qui ne bénéficie d’aucun signe de qualité et les fromages bénéficiant de l’AOP Rocamadour".

 

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