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Armor œufs : Passer de la poule en cage à la poule au sol

Le futur pour Armor œufs est là : convertir la production en cage en une production au sol pour le tiers de ses 7 millions de poules d’ici 2023. À Locminé (56), le 17 avril dernier, l’assemblée générale du groupement d’éleveurs de pondeuses pour Avril, en a pointé l’enjeu : ne pas être en retard sur le marché.

"Les attaques incessantes de L214 contre le groupe Avril ne suscitent guère de solidarité au sein de la profession. Nous devons faire front, ne pas céder au chantage, travailler à une plus grande mobilisation de l’ensemble des filières d’élevage", exhorte Franck Picard, président d’Armor œufs, premier groupement de producteurs français, campé dans le premier pays producteurs d’œufs européen qu’est la France. A la veille des actions prévues à Rennes par l’association abolitionniste (lire encadré ci-contre), et du contre feu que la profession agricole aura souhaité allumer, l’exaspération face "aux attaques incessantes que le monde agricole subit", était bien palpable, le 17 avril dans la salle de la Maillette.

De nouveaux producteurs

Et c’est Sylvie Brunel que le groupement Armor œufs a missionnée pour porter un message d’optimisme et d’encouragement, ce grâce à sa géographie amoureuse de l’agriculture et au plaidoyer qu’elle a développé en sa faveur. Du baume au cœur pour ses éleveurs. Ils fournissent, à désormais 110, plus de 50 % de la corbeille d’œufs d’Avril. Selon Franck Picard, la filière a opéré "une conversion sans précédent dans son évolution". Mais il a aussi invité à la plus grande prudence face au risque "de développement anarchique de l’alternatif". Le groupement s’est accru de 18 nouveaux éleveurs l’an passé. Une satisfaction et une obligation, "à intégrer le mieux possible ces nouveaux éleveurs et les aider à réussir dans ce nouveau métier". D’où la mise sur pied avec Sanders de formations et d’accompagnements spécifiques.

Plus de valeur

Dotée depuis 6 mois d’une nouvelle organisation en ordre de marche sous la houlette de Xavier Deryde, la filière œuf d'Avril produit 3 milliards d’œufs. Objectif ? Mettre en œuvre le plan stratégique qu’il a rappelé lors de l’assemblée générale, "aller vers plus de valeur plutôt que de volume", un message déjà dévoilé l’an passé. Car "lorsque l’on vend des œufs bio et alternatifs, on gagne plus d’argent qu’avec les œufs standard", pointe Ghislain de Rolland, DG délégué de la filière œuf, soulignant l’amélioration de 5 millions d’euros du résultat. Mais celui-ci reste toutefois déficitaire, passé de moins 17 millions d’euros à moins 12, en 2018. Les yeux rivés sur les tendances de consommation, avec une segmentation accrue du marché, le cap vers encore plus d’alternatif se poursuit donc à marche rapide. "Plus 22 %, c’est énorme", acquiesce ce responsable, pointant le repositionnement de la marque Matines et la relance de Mas d’Auge, avec le passage de 18 à 33 commerciaux pour toucher 4 000 des 6 000 magasins de France.

15 à 45 % díalternatif en 3 ans

Face au retournement du marché de 2016, le glissement de la production chez Armor œufs s’est opéré, partant de 6 millions de poules en cages et un million en élevages alternatifs (bio, plein air et label rouge, et au sol). À l’époque, sur "65 millions d’euros de capitaux restant dus à la banque, 49 l’étaient pour de l’investissement en cages", situe Yannick Thoraval, désormais directeur sourcing et négoce de la filière œufs du groupe Avril (avec le partenaire Sanders auquel s’adosse Armor œufs). Et poussant l’analyse en notant qu’à l’époque "40 % des éleveurs devaient encore 10 euros par poule pendant 6 ans, 40 % 17 euros pendant 12 ans". Et donc une marge de manœuvre faible pour réinvestir. "Nous avons toujours 7 millions de poules en 2019, 4 en cages et 3 en alternatifs", précise Yannick Thoraval pour situer la transition. D’autres changements, tout aussi rapides, se profilent, notamment "pour faire sortir les poulettes spécifiques au bio à l’échéance 2021". Une production d’œufs bio en surchauffe, "excédentaire par rapport aux besoins avec arrêt des constructions, blocage des projets, réformes anticipées pour désengorger et décalage des mises en place", décrit le responsable amont. Quant à la production d’œufs en cage, elle régresse, de moins 2,3 % l’an passé. Une érosion "un peu moins forte qu’en 2017". L’évolution s’est faite au profit du plein air, qui a doublé (1,5 million de poules). "Le sol se développe peu en production. Or le marché est là. Il faut axer le transfert de la poule en cage au sol, dès que l’on peut", insiste Yannick Thoraval. Car pour le groupe Avril, il existe deux types de clients, et pour 50 % d’entre eux, le prix restera le juge de paix avec des orientations d’achats d’œufs issus de poules au sol, un élevage en plein devenir.

 

Sylvie Brunel, "reprenez la parole "

À la question "comment fait-on pour communiquer ?", posée par un éleveur depuis la salle, la réponse de Sylvie Brunel, géographe, économiste, écrivain et professeure à la Sorbonne est sans détour. "Vous êtes taiseux, discrets, souvent débordés et vous laissez la place aux autres. Dotez vous d’une dizaine de personnes qui parlent simplement, efficacement. Qu’elles aillent sur les plateaux de télévision. Ne laissez pas votre place, il faut réinvestir les mairies, les lieux de décision. Vous êtes à votre place dans cette mission de prendre la parole. Vous ne mesurez pas notre niveau d’ignorance comparé à vos connaissances et votre technicité. Racontez avec des mots simples la réalité de la profession et la technicité qu’il faut pour nourrir nos mégalopoles avec un maximum de sécurité alimentaire. Reprenez la parole !"


L214, la riposte des éleveurs devant le groupe Avril

"Ça suffit ! Nous ne subirons plus les attaques incessantes d'associations qui se comportent comme des terroristes !" Jeudi dernier, devant les locaux du groupe Avril, à Bruz (35), Thierry Coué, président de la FRSEA Bretagne ne cachait pas sa colère, alors que l'association L214 avait annoncé un rassemblement devant le groupe industriel et financier. Finalement, ils seront une dizaine de militants à venir jusqu'à Bruz, avec à la tête de la délégation, Léo Le Ster. "Indifférents à la souffrance des poules élevées en cage, le groupe Avril et sa marque Ovoteam n'ont aucun engagement public à abandonner complètement l'élevage en batterie des poules. Seule sa marque Matines, connue du public, s'est engagée à bannir les cages", reproche l'association. À l'appel de la FRSEA, une cinquantaine d'éleveurs se sont donc mobilisés pour riposter. Une façon de ne pas laisser l'espace médiatique aux seuls militants de L214. Pour faire passer le message des producteurs, une distribution gratuite d'œufs a donc été organisée aux abords du bâtiment du groupe Avril. "Nous voulons dire aux éleveurs que nous les soutiendrons à tous les niveaux car le monde agricole est sans cesse attaqué et nous mènerons des actions en justice", ajoute Thierry Coué, qui rappelle que depuis 2012 la filière œuf a déjà fait de très lourds investissements pour le bien être animal. Pour mémoire, suite aux Etats généraux de l'alimentation, d'ici 2022, ce sont 50 % des œufs qui devront être produits au sol, en plein air ou bio. Finalement, les échanges entre éleveurs et militants de L214 n'auront duré que quelques minutes.

De son côté, le groupe Avril rappelle qu'il est engagé "sur une partie de la production avec la marque Matines", mais ses clients industriels et restauration collective, "n'ont pas pris d'engagement pour arrêter de s'approvisionner avec des œufs issus de la filière en cage", indique David Cassin, directeur des relations avec les parties prenantes chez Avril. Avant d'ajouter : "nous avons besoin d'avoir une vision à plus long terme et pour ce qui est du bien être animal, nous sommes en relation avec l'association CIWF". / Arnaud Marlet - terra

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