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Associer luzerne et maïs épi pour atteindre l’autonomie protéique

L’autonomie protéique des élevages laitiers français est plus que d’actualité. L’enjeu majeur est d’ordre économique, puisque les correcteurs azotés représentent une part significative du coût alimentaire des vaches. De nouvelles attentes consommateurs (sans OGM, 100 % français…) amènent certaines laiteries à mettre en place des cahiers des charges répondant à ces demandes. Les éleveurs doivent faire évoluer leur système de production pour y répondre. En rations hivernales, la valorisation de fourrages riches en protéines, tels que la luzerne, est un levier majeur dans la quête de l’autonomie protéique.

Chantier de récolte de maïs épi.

L’introduction de luzerne dans des rations à base de maïs fourrage permet une réduction significative des quantités de correcteur azoté distribuées. Des essais réalisés sur la station expérimentale Arvalis Institut du végétal de La Jaillière (44) ont permis de tester plusieurs niveaux d’incorporation (15 à 30 % de la MS ingérée) de luzerne ensilée ou enrubannée dans la ration des vaches laitières. En comparaison à un régime maïs fourrage plat unique, l’introduction de 15 % de luzerne ensilée ou enrubannée dans la ration a permis de réduire respectivement les consommations de tourteau de colza de 33 à 46 %. Mieux encore, à 30 % d’incorporation dans la ration, les consommations de correcteur azoté ont été réduites de 52 à 64 %.
Le stade de récolte et le préfanage de la luzerne sont les deux facteurs clés pour bien valoriser ce fourrage. Un stade précoce a permis de récolter un fourrage de bonne valeur alimentaire (0,80 UFL, 21 % MAT en moyenne). Le bon préfanage de la luzerne, caractérisée par des teneurs en MS de 46,6 % en ensilage et 61,6 % en enrubannage, a été essentiel pour préserver la qualité de la protéine. Les performances zootechniques ont été maintenues, bien qu’une légère tendance à la baisse ait été observée lorsque la part de luzerne est augmentée. Côté économique, l’optimum se situe autour de 15 % de luzerne dans la ration, dans le contexte de prix actuel. Ces conclusions restent néanmoins dépendantes de l’écart entre le prix d’achat du tourteau et le prix de vente du blé utilisé pour corriger le déficit énergétique de la luzerne, mais également des

Bilan de campagne maïs 2020

Le maïs épi pour aller plus loin

Il est difficile, même avec une luzerne d’excellente qualité, de maintenir les performances laitières lorsque l’on dépasse 4 kg MS dans la ration. L’encombrement de la luzerne et son relatif déficit énergétique par rapport au maïs fourrage diluent la densité énergétique de la ration. Afin de déplafonner la part d’herbe dans les rations hivernales sans diminuer les performances technico-économiques, une des clés réside dans le maintien de la densité énergétique de la ration. Pour cela, l’une des alternatives est de substituer tout ou partie du maïs fourrage plante entière par des aliments plus riches en énergie. C’est ce qu’on appelle les rations inversées : l’essentiel des protéines et des fibres est apporté par les fourrages, et le complément par un aliment concentré en énergie.
Dans ce cadre, l’ensilage de maïs épi, mélange homogène d’amidon et de parois cellulosiques, plus riche en énergie et moins encombrant que le maïs plante entière (55 % MS, 1,08 UFL, 63 % amidon en moyenne) constitue une solution intéressante pour complémenter la luzerne. Le maïs épi permet ainsi de densifier la ration des ruminants tout en maintenant un apport de fibres utiles à une bonne digestion de la ration. Vigilance cependant quant à son utilisation : la dégradabilité de l’amidon du maïs épi est élevée, proche de celle du maïs grain humide. L’apport de sucres rapidement fermentescibles dans le rumen est par conséquent élevé et favorise une forte production de protéines microbiennes, mais présente aussi un caractère potentiellement acidogène.

 

Maïs épi et luzerne avec peu voire pas de tourteaux

Un essai a été mené sur la station de la Jaillière en 2017 afin de tester cette complémentarité entre maïs épi et luzerne ensilée (39 % MS, 0,84 UFL, 22,1 % MAT) et/ou déshydratée en comparaison d’un régime témoin à base de maïs fourrage contenant 12 % de luzerne ensilée (1).
Le niveau de production des vaches laitières (210 j de lactation, 53 % de primipares) a été maintenu autour de 28 kg de lait. En revanche, les taux du lait ont chuté avec les régimes expérimentaux, réduisant significativement la production de matières utiles (2). À noter cependant une amélioration de la composition fine du lait, caractérisée par une augmentation de la teneur en oméga 3 et la baisse du ratio oméga 6/oméga 3.
Côté économique, le coût alimentaire plus élevé et la baisse des taux du lait a impacté significativement la marge sur coût alimentaire des régimes Epi-luz et Epi-luz-deshy. Les résultats de cet essai montrent la possibilité de maintenir une production laitière élevée en réduisant drastiquement, voire en supprimant l’utilisation de tourteaux protéiques. L’intérêt économique de la mise en place de ce type de régime alimentaire ne sera effectif pour les éleveurs qu’avec une revalorisation du prix du lait prenant en compte la qualité nutritionnelle du lait ou son mode de production "sans OGM". À l’échelle d’une exploitation, un niveau très élevé de luzerne dans la ration implique des modifications majeures de l’assolement et de la charge de travail, qu'il est également nécessaire de prendre en compte.

Bilan de campagne maïs 2020

 

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