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Au SIA, l'agriculture se montre et se cherche

Le Salon international de l'agriculture se refermera dimanche sur une étrange impression de flottement. Le public aura été au rendez-vous, les agriculteurs aussi, mais aura manqué le petit supplément d'âme qui transforme les bonnes intentions en solutions d'avenir. Et des bonnes intentions, il y en a eu beaucoup, à quelques semaines de l'élection présidentielle et alors que le monde agricole est englué dans une crise dont l'ampleur se révèle chaque jour un peu plus.

Il aura été parmi les premiers à fouler les allées du Salon international de l'agriculture. Une visite à rallonge de plus de 8 heures. François Hollande tenait visiblement beaucoup à cette ultime visite du SIA en tant que Président de la République, lui qui n'a raté aucun salon de l'agriculture ces trente dernières années. Arrivé à 6h45, il en est reparti après 16 heures. Et d'emblée, il a mis le ton en dévoilant une plaque en hommage à Xavier Beulin, président de la FNSEA, décédé six jours plus tôt. Xavier Beulin, le grand absent, dont le Président de la République a salué l'engagement au service de l'agriculture en reprenant quelques uns des thèmes chers au président de la FNSEA, celui du made in France ou encore celui d'une agriculture qui nourrit et qui contribue au développement de la planète, qui est un apport au mode de vie des Français...

Sans oublier de saluer l'importance de ce salon vitrine "de l'excellence, de la qualité, du succès et de la reconnaissance populaire", le Président de la République a entamé son long parcours par une visite à l'égérie 2017 : Fine, la vache bretonne pie-noir, se disant "très content que cette vache ait été choisie. Elle est belle et petite..."a-t-il glissé à l'éleveur, Cédric Briand. Sur un stand caprin, la rencontre avec le président de la Fnec (fédération nationale des éleveurs de chèvres), l'a vite ramené dans le sillon des inquiétudes de la profession agricole : "Nos éleveurs travaillent 60 à 70 heures par semaine pour à peine un Smic" a insisté Jacky Salingardes, suggérant à François Hollande une mesure d'allongement à 20 ans des remboursements de prêts contractés pour financer l'installation.

Des compliments sans les compléments

Plus loin, sur le ring d'honneur, à l'occasion des présentations des races Aubrac, Gasconne, Charolaise, Limousine, Salers, Blonde d'Aquitaine et Rouge des prés, le Président de la République a été accueilli par le nouveau président de la FNB, Bruno Dufayet, qui lui a expliqué la nouvelle démarche "Éleveur et engagé", censée symboliser "de nouvelles relations commerciales entre l'agriculture et la distribution mais aussi avec tous les autres maillons de la chaîne de production afin de ramener du prix à l'éleveur et de répondre à une attente des consommateurs".

Au hasard des déambulations, François Hollande s'est souvent laissé distraire par les interpellations des visiteurs, entre curiosité, animosité parfois, et brefs échanges verbaux. Ainsi, devant les Limousines, un éleveur sera parvenu à lui faire remarquer que "l'on avait souvent les compliments mais pas le complément qui va avec". Ce constat aussi concis que clair, tous les visiteurs politiques prétendant à la fonction suprême y ont eu droit, et en cette année d'élection présidentielle, la plupart d'entre eux s'est laissé convaincre de l'importance d'être là parmi les agriculteurs.

 

La Bretagne dans les concours animaux

Un prix de grande championne pour la morbihannaise Histoire du Gaec Moiziard à Gueltas, et aussi un prix d'honneur jeune pour Jacquette de l'EARL Martin à Plouasne, la moisson de prix est belle pour les Bretons éleveurs de Normandes. En Prim Holstein, le palmarès breton est plus léger, avec un prix de meilleure mamelle adulte à Michard dream du Gaec Michard du Cambout (22). En Pie rouge, la
Bretagne à elle seule a fait le concours, consacrant Hadisso100 du Gaec de Toul Manach à Plourin en lui décernant  le prix de championnat.

 

 

Montée de l'abstention et du FN dans les intentions de vote des agriculteurs

Selon une enquête du Cevipof pour Le Monde, publiée dans le quotidien le 28 février, plus de la moitié (52 %) des agriculteurs interrogés "indiquent leur intention de s'abstenir" au premier tour de l'élection présidentielle. Un bouleversement s'il se confirme car les agriculteurs sont généralement peu abstentionnistes aux présidentielles : 3 % en 2012, selon l'Insee. Marine Le Pen serait par ailleurs en tête des intentions de vote des agriculteurs (35 %), devant Emmanuel Macron et François Fillon ex-æquo à 20 % chacun, Benoît Hamon (18 %), Yannick Jadot (3 %) et Jean-Luc Mélenchon (6 %). Lors de la présidentielle de 2012, Jean-Marie Le Pen avait été crédité de 19,5 % des votes agricoles, derrière Nicolas Sarkozy (44 %), selon une enquête de l'Ifop de 2014.

 

 

L'agriculture française perçue par les Européens comme la meilleure en UE

Les agriculteurs sont bien vus par les européens : 9 sur 10 disent en avoir une bonne image, selon un sondage Odoxa pour Groupama, diffusé le 23 février. Sur les plus de 3 000 Européens interrogés, 26 % ont placé l’agriculture française au 1er rang européen. Suivent l’Allemagne (24 %) et le Royaume-Uni (17 %). Les ressortissants de chaque État ont tous placé leur pays au premier rang, mais tous citent la France juste après. En France, 89 % des personnes interrogées estiment que l’aide aux agriculteurs constitue un enjeu "important" pour l’avenir. Ils attendent des "agriculteurs de demain" qu’ils aient "une sensibilité à la préservation des écosystèmes (57 %), un engagement pour la défense des terroirs (52 %), "un goût pour l’entrepreneuriat […] et une implication dans l’économie locale (38 %)".

 


Une "situation désespérée" d’une partie des agriculteurs

En 2016, le nombre d'appels à l'aide enregistrés sur la plate-forme téléphonique de prévention du suicide mise en place par la MSA, a plus que doublé : 2 664 contre 1 219 en 2015. C’est ce qu’a déclaré le 26 février le président de la MSA Pascal Cormery en répondant à des questions de l’AFP à l'occasion du Salon de l’agriculture. Il rappelait que l’an dernier, plus de la moitié des agriculteurs auraient eu un revenu de seulement 4 248 ¤ par an. En 2015, ils étaient 38 %. "Ceux qui ont du terrain vendent une parcelle, mangent les économies quand ils en ont, ou s'endettent encore plus", dit-il, en s'inquiétant de la "différence de traitement" entre départements pour l'éligibilité au RSA des agriculteurs.
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