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"On aura besoin de tout le monde"

Alors que l’épidémie de Covid 19 prive l’agriculture bretonne d’une partie de ses travailleurs saisonniers, confinés, y compris dans leur pays d’origine pour la population étrangère, le point sur la situation avec Jean-Claude Foucraut, président de la commission régionale employeurs de la FRSEA. Car il faut répondre à l’urgence, mais pas que.

Avec l’horticulture, la production d’échalotes et la culture de tomates, les fraises font partie des secteurs qui emploient le plus de saisonniers en Bretagne. Elles arrivent au pic de récolte actuellement.
© Chantal Pape

Il y a d’abord les chiffres. "L’emploi agricole en Bretagne représente 30 000 équivalents temps pleins dont 15 % pour le secteur du paysage", situe Jean-Claude Foucraut, en production porcine à Noyal-Muzillac (56). Quant aux travailleurs saisonniers, ils sont 9 500* par an, dont 5 000 à travailler sur les cultures spécialisées en terre bretonne. L’essentiel de la saison se déroule entre mars et octobre. Des saisonniers qui peuvent être locaux, ou travailleurs saisonniers étrangers, principalement Polonais et Roumains entre autres, "qui s’ils sont repartis chez eux, y restent confinés actuellement". Mais les choses pourraient changer rapidement. Car pour faciliter leur retour, la Commission européenne a publié le 30 mars des orientations pratiques sur la libre circulation de ces travailleurs, invitant les États membres à "échanger sur leurs besoins et établir des procédures rapides et libres de charge", avec dépistage et mesures adéquates de santé et de sécurité sanitaires, rapportait l’agence de presse Agra. Des emplois occupés principalement dans les secteurs du maraîchage, des légumes de plein champ, des fraises et tomates sous serres. "Ces activités sont pour une large part développées sur les zones littorales nord, de Brest à Saint-Malo et sud Finistère-Morbihan".

Gérer l’urgence
"Nous sommes dans une situation inédite avec pour beaucoup de producteurs, la nécessité de gérer l’urgence", enchaîne le président de la commission employeurs de la FRSEA. Plusieurs secteurs sont en première ligne, "celui de l’horticulture et des pépiniéristes, un secteur qui perd sa clientèle (jardineries, particuliers), en pleine saison, au plus mauvais moment. C’est très compliqué pour eux", résume-t-il. Concernant les producteurs finistériens d’échalotes, "la saison de plantation s’achève ces jours-ci. Ils étaient très inquiets mi-mars. Ils ont pu récupérer de la main d’œuvre saisonnière et faire face". Soulagement donc. Troisième secteur touché, celui des fraises : "On arrive au pic de récolte actuellement. Une partie pourra être récoltée et vendue. Une partie a été congelée et on nous dit les congélateurs être pleins, une partie de la récolte a été détruite ou non cueillie. Les producteurs ont aussi fait de la vente directe et des dons", inventorie l’éleveur. Sans oublier les producteurs en vente directe, "très perturbés par la fermeture ou la réduction d’un certain nombre de marchés".

Les agriculteurs doivent faire preuve de vigilance pour assurer la sécurité sanitaire de leurs salariés

Adaptations immédiates
"Pour les saisonniers qui résident ici, s’ils ne présentent pas de fragilité ou ne sont pas immobilisés pour des raisons de garde d’enfants, ils peuvent être disponibles à l’emploi. Le tableau n’est pas si dramatique pour l’instant, on observe partout des formes d’adaptation immédiate. Mais on sait aussi que cette situation peut compliquer la relation employeur-salarié(s)", relève Jean-Claude Foucraut énumérant les maintiens en CDI, la réduction des CDD, le recours au chômage partiel. Pour répondre aux besoins de main d’œuvre, et mobiliser "cette armée des ombres" comme l’évoquait le ministre de l’agriculture la semaine passée, "la FNSEA et l’Anefa sont en appui sur une plateforme en ligne de mise en relation, "Des bras pour ton assiette", pour mobiliser toutes les bonnes volontés qui voudraient travailler en agriculture", avec la possibilité de cumul avec le chômage partiel, "et une coordination en région par l’Anefa, la chambre d’agriculture et la FRSEA", détaille-t-il. "Il y a un afflux de candidatures spontanées, plus de 4 600 en Bretagne (et plus 180 000 en France à l’heure où nous mettions sous presse). On peut s’en réjouir. On aura besoin de tout le monde. La situation est sensible dans le sud de la France, avec des exploitants qui emploient en nombre des travailleurs saisonniers venant d’Espagne, d’Équateur, du Portugal et de Maroc. Il faut faire en sorte que la population soit nourrie", première vocation que beaucoup redécouvrent.

Attention aux conditions d’emploi
"Sans ambiguïté, le droit du travail continue à s’appliquer, il faut déclarer les salariés et ne pas mettre au champ une main d’œuvre qui pourrait-être considérée comme illégale", met en garde le responsable syndical. "Malgré l’urgence, il ne faut pas céder à des situation faciles, dangereuses pour les entreprises et les salariés". Reste la question de la formation des nouveaux entrants : "Il y a une phase de formation minimale à faire et comprendre qu’ils ne seront peut-être pas efficaces dans l’immédiat". Même obligation en matière de respect et de communication sur les gestes barrières. "Les agriculteurs doivent faire preuve de vigilance sur les bonnes pratiques au travail en période de propagation du virus, la MSA tient à disposition des fiches pratiques qu’il faut consulter pour organiser au mieux les chantiers et assurer la sécurité sanitaire de ses salariés". Restent des assouplissements temporaires dans le droit du travail. "Il y aurait des soutiens pour les entreprises mais il y a aussi beaucoup d’interrogations et d’incertitudes sur les mesures". Et s’il faut "se réjouir dans cet élan vers l’agriculture, à vouloir aller au champ pour aider, on peut espérer que cela renforce les liens entre la société et ses agriculteurs", estime pour le moins Jean-Claude Foucraut. "Malgré sa résilience, le secteur agricole sera affecté" .

* Source MSA 2018, traitement chambre régionale d’agriculture. Le flux, nombre de signatures de contrats dans l’année est de 60 000.

JC Foucraut
Jean-Claude Foucraut
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