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Autonomie protéique : du rêve à la réalité ?

Le futur plan protéines végétales devrait être dévoilé à l'automne selon le ministère de l'Agriculture. Cet énième plan sera-t-il le bon ? À en croire les acteurs de la filière, la dynamique collective est enclenchée. Dans l'Ouest en tout cas Valorex y croit et apporte de nouveaux produits sur le marché.

Aujourd'hui, la France importe 3,5 millions de tonnes de tourteau de soja destiné à l'élevage chaque année. Mais le recours à ces importations massives n'est pas sans conséquences. "À l'échelle nationale, elle impacte directement la stabilité économique des éleveurs français, eu égard à la volatilité des cours du soja. À l'échelle mondiale, la production de soja porte atteinte à la savane du Cerrado, située au cœur du Brésil et qui renferme 5 % de la biodiversité mondiale", explique Stéphane Deleau, directeur général de Valorex. Pour bien se représenter les enjeux de cette savane, sa surface originelle équivalente à l'Espagne, l'Italie, la France, l'Allemagne et l'Angleterre réunies, est déjà réduite de moitié au profit de la culture de soja, faisant de cet écosystème l'un des plus menacés de la planète. La moindre dépendance de la France en protéines végétales apparaît donc comme un enjeu majeur. D'autant plus au regard des nouvelles attentes sociétales qui encouragent la production locale et sans OGM, l'alimentation durable, et la préservation de l'environnement.


Un défi agronomique
Enfin, un défi agronomique complète le tableau : insérer des nouvelles têtes d'assolement pour allonger les rotations, améliorer la structure et la santé du sol, et réduire l'usage des pesticides. En effet, la France connaît une simplification des assolements et des rotations qui s'explique par l'intensification de l'agriculture, accompagnée d'une spécialisation progressive. Par ricochet, le nombre d'espèces cultivées a diminué : les agriculteurs ont orienté leur choix vers les espèces plus rentables, utilisant des produits phytosanitaires pour atténuer les mauvais effets des rotations courtes et des monocultures. Ce mode d'agriculture est chaque jour davantage remis en question pour ses conséquences négatives et de récents travaux montrent que le raccourcissement des rotations semble également participer au plafonnement des rendements des grandes cultures observé aujourd'hui.
À Combourtillé (35), Valorex, forte de son expérience réussie avec le lin, entend développer et pérenniser d'autres filières des protéagineux, via son projet Proleval (lire encadré). Technicité de production, manque de compétitivité sur le marché de l'alimentation, fluctuation des prix... Comme pour tout défi agronomique, de nombreux freins sont à lever. "Pour que le plan protéines végétales réussisse, il faut que l'autonomie protéique soit rentable, sans subvention. Pour une solution pérenne, il faut qu'elle soit profitable aux cultivateurs et aux éleveurs, que tout le monde y gagne", souligne Béatrice Dupont, directrice du développement chez Valorex.
D'après Agra Presse, qui s'est procuré une copie de l'architecture générale du plan protéines végétales, "les propositions de la filière sont désormais sur la table". Elles visent 62 % d'autonomie sur l'alimentation animale et 100 % en alimentation humaine.


Sept axes de développement
Le développement des protéines végétales "made in France" dépend de l'acceptation par le consommateur de "payer à la hauteur de la qualité produite", rappellent les professionnels de la filière. D'où l'importance selon eux, de communiquer sur les valeurs que portent les productions nationales. En attendant d'avoir le détail, l'architecture de ce plan se décline selon sept axes : diversification des cultures, autonomie des élevages, synergies entre cultures et élevages, alimentation humaine, recherche, action européenne, et gouvernance.
De son côté, Bruxelles a abandonné l'idée d'un plan protéines végétales européen et préfère laisser les clés aux États membres à travers leurs plans stratégiques nationaux. Si les cultures de févérole, lupin ou pois... se développent dans la région, le paysage agricole pourrait prendre un nouveau visage. Et comme le dit Béatrice Dupont, "plus il y a de couleurs dans les champs, plus on est heureux !"

Le programme Proleval

"Aujourd'hui, on peut se passer de tourteaux de soja dans l'alimentation des volailles, porcs et ruminants". Une mini révolution annoncée par Valorex. Mais comment est-ce possible ? Depuis 2015, l'entreprise pilote un programme de recherche dont l'objectif est de rendre pérenne l'intégration des oléo-protéagineux français dans l'alimentation des animaux d'élevage. Un travail mené en partenariat avec l'Inra, Terrena, et Dijon céréales. Sont concernés, la féverole, le lupin, le pois et le lin. Ce programme, bien qu'encore en cours, permet d'ores et déjà d'afficher des résultats concluants. Pour optimiser les itinéraires culturaux, 205 itinéraires techniques ont été analysés et 472 tests de variétés sur des cultivars de printemps et d'hiver ont permis de valider les choix variétaux. "Dans notre atelier pilote, nous avons ensuite travaillé sur les meilleures combinaisons de traitement des graines possibles", témoigne Guillaume Chesneau, directeur recherche et innovations chez Valorex. 2 507 combinaisons ont été étudiées permettant de délivrer une première génération de produits il y a un an et une deuxième génération, aujourd'hui. À titre d'exemple, la solution issue de Proleval testée dans un élevage laitier a permis une augmentation du niveau de production de +1,4 kg de lait par vache et par jour, une diminution du coût de la ration de 0,26 € par vache et par jour, ce qui permet aussi à l'éleveur de dégager une marge sur coût alimentaire de +0,77 € par vache et par jour. Pour encourager la filière, Valorex propose la création de contrats à prix garantis. Par exemple, un contrat négocié au printemps 2019 donne lieu à la signature d'un contrat à l'automne 2019. Ce contrat engage l'agriculteur à semer en octobre-novembre 2019. La récolte aura donc lieu en juillet 2020. La livraison pourra se faire jusqu'en juin 2021, soit plus de deux ans après la négociation du contrat.

Objectif 480 000 ha de légumineuses

Il faudrait une hausse des surfaces de 480 000 hectares en légumineuses d'ici à dix ans au niveau national pour atteindre les objectifs d'autonomie protéique que se fixent les filières : c'est la projection du centre d'études Céréopa, réalisée dans le cadre des travaux de Terres Univia (interprofession) sur le plan protéines. Dans le détail, la projection afficherait pour 2028 une forte hausse de 480 000 ha pour les légumineuses, une légère diminution de 80 000 ha en colza (compensée par un gain de rendement), une progression 100 000 ha du tournesol. Le soja en sortirait grand vainqueur, en doublant de superficie (+160 000 ha) devant le pois (+135 000 ha) et la féverole (+75 000 ha).

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