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Bassin laitier de Rhône-Alpes : une montagne de fromages

Le programme Life Carbon Dairy accompagne un réseau de 60 fermes innovantes par un suivi de leur durabilité économique, sociale et environnementale. La dernière rencontre nationale a mis en lumière les enjeux des éleveurs laitiers des départements de Savoie, Haute-Savoie et de l’Ain : recherche de valeur ajoutée, systèmes autonomes et maîtrise du temps de travail.

Valorisée grâce à un maillage dense de petites et grandes entreprises (Danone, Lactalis, Sodiaal, Savencia), la production laitière d’Auvergne-Rhône-Alpes se situe au 4e rang au niveau national. La production de lait de vache est même la première activité agricole de la région en valeur. C’est aussi la première région pour la transformation du lait et les circuits courts. Au final, une exploitation rhônalpine sur quatre est spécialisée en élevage laitier.

 

Signes de qualité : un prix du lait à relativiser

En région Auvergne-Rhône-Alpes, 20 % des élevages laitiers produisent des fromages sous signes de qualité (AOP, IGP). Les noms les plus connus du grand public sont les AOP Abondance, Beaufort, Reblochon, Tome des Bauges et les IGP Tomme de Savoie, Emmental de Savoie et Raclette de Savoie.

Sur les fermes de références AOP Reblochon-Abondance des réseaux d’élevage Inosys, avec un prix du lait payé à 516 €/1 000 l en 2016/2017, la rémunération permise n’est que de 1,5 Smic/UMO. Le litrage produit est limité à 142 000 litres/UTH totaux et les coûts de production sont élevés (521 €/1 000 l hors rémunération des éleveurs). Même constat pour l’AOP Beaufort avec une rémunération permise par l’atelier lait inférieure à 1,5 Smic/UMO malgré un prix du lait payé à 792 €/1 000 l.

La visite d’une exploitation du plateau des Glières transformant une partie du lait en AOP Reblochon a bien confirmé ce constat et mis en lumière un autre point de fragilité : le temps de travail et le manque de salariés. L’exploitant a reconnu être "esclave" de son système : gestion des animaux en alpage, réalisation des foins dans la vallée, fabrication biquotidienne du Reblochon fermier et contraintes du cahier des charges. L’amplitude horaire de son salarié est impressionnante : de 4h30 à 22h avec une pause l’après-midi.


Des vaches mises en pension en Savoie

L’une des spécificités des systèmes laitiers savoyards est la mise en pension de vaches ou de génisses en fonction des surfaces de pâture accessibles. Certains éleveurs ont beaucoup de surfaces en alpages mais peu de surfaces en basse altitude. À l’inverse, des éleveurs ont beaucoup de surfaces dans la vallée mais peu de surfaces en alpage. Les premiers peuvent accueillir les bovins des deuxièmes l’été en alpages et les mouvements d’animaux s’inversent en hiver. L’élevage accueillant des vaches en lactation livre le lait sur sa propre référence.

Thibaud Mongellaz, éleveur en Savoie, met ainsi des vaches en pension sur la période des foins. Le prix de la pension revient à 8 litres de lait/vache/jour. La vente de production de lait supplémentaire revient au propriétaire des vaches. À noter que des mesures sanitaires drastiques sont mises en place car des éleveurs des départements voisins, mais aussi de l’Italie, font la transhumance en Haute-Savoie.

 

Priorité à l'autonomie

Tous les élevages engagés dans le programme Life Carbon Dairy recherchent un système sécurisé pour faire face aux aléas climatiques. En particulier les systèmes tout herbe basés sur le foin séché au sol dont la qualité peut faire varier fortement la production laitière et la consommation de concentrés.

Pour cela, l’axe majoritaire est d’abord de gérer l’herbe dont la pousse peut être explosive au printemps : mesure à l’herbomètre ou pâturage tournant dynamique permettent aux éleveurs d’adapter l’exploitation des parcelles en fonction du stock d’herbe d’avance. Beaucoup d’exploitations en haute montagne misent sur l’agrandissement et surdimensionnent des pâtures par rapport aux besoins du troupeau. L’autonomie protéique est aussi recherchée par des prairies multi-espèces avec des légumineuses et/ou du séchage de foin en grange. Le Gaec de la Croix Pomiers dans l’Ain a lui misé sur des méteils avec 80 % de légumineuses et protéagineux.

Le centre d’élevage de Poisy en Haute-Savoie teste l’autoconsommation de graines de soja crues. Les rendements sont de 35 à 40 q/ha et le soja remplace une partie de la surface en blé ou maïs. Compte tenu de sa teneur en matière grasse, les apports sont limités à 3 kg de graines par vache. L’objectif à terme est de se passer complètement de tourteaux, sans pénaliser la production laitière.

 

Les enjeux d'avenir

En conclusion, malgré la spécificité des zones de montagne, les éleveurs bretons partagent les mêmes défis à relever que les éleveurs de Rhône-Alpes : consolidation ou développement des structures à maîtriser, maîtrise des annuités et coûts de production, parcellaire de plus en plus éclaté, temps de travail important, sensibilité du système fourrager aux aléas climatiques… Sans oublier les demandes sociétales qui pourraient impacter l’image et l’attractivité des métiers de la filière. Les éleveurs rencontrés étaient cependant tous heureux, fiers de leurs entreprises, de leurs produits mais aussi et surtout de leur magnifique panorama !

 

 

 

Face au changement climatique, la filière laitière agit

Après cinq années de projet, les résultats finaux du programme Life Carbon Dairy ont été présentés lors d’une conférence nationale le 14 juin dernier. À échantillon constant de 2 300 fermes, l’empreinte carbone du lait a baissé de 6 % en trois ans, en passant de 0,92 à 0,87 kg éq CO2 par litre de lait. Elle est principalement liée à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et concerne tous les systèmes fourragers. Le stockage de carbone quant à lui reste stable.

Cinq pratiques expliquent 70 % de la variabilité des émissions de GES : une production laitière par vache maintenue grâce d’abord à des fourrages de qualité et équilibrés, une baisse de la complémentation (de 167 à 160 g concentrés/litre de lait), une baisse de la fertilisation (minérale et organique) et une augmentation très nette du rendement valorisé en herbe de 1 t MS/ha.

De plus, le lien entre optimisation du système, émissions de GES et économie est indéniable. Ainsi, sur un échantillon de 366 élevages bretons, les 5 % de baisse des émissions de GES se sont traduits par une baisse de 9 % des charges opérationnelles. Ce gain économique peut être bien supérieur en fonction de la situation de départ et d’un éventuel changement de système fourrager.

 

 

 

Un objectif de réduction de 20 % de l’empreinte carbone à horizon 2025

Le 14 juin dernier, une feuille de route climatique engageant les partenaires de la filière laitière dans un objectif de réduction de 20 % de l’empreinte carbone à horizon 2025 a été signée par les représentants de l’APCA, FCEL, Idele et Cniel. Un éleveur sur deux devra être intégré dans la démarche "ferme laitière bas carbone d'ici cinq ans et 100 % d'ici dix ans. Les gains carbones sont différents d’une exploitation à une autre en fonction des systèmes et de la situation initiale.

Pour atteindre une empreinte carbone du lait France de 0,71 kg éq CO2 par litre de lait en 2025, l’ensemble des acteurs de la filière et ses partenaires devront pour cela aider les éleveurs en leur proposant un plan carbone adapté, les accompagner dans leurs projets et communiquer sur les bénéfices de l'élevage et les efforts entrepris pour réduire son empreinte environnementale climatique.

 

 

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