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Betterave sucrière : le pari bio breton

Un sucre biologique issu de betteraves cultivées et pressées en Bretagne ? C'est toute l'ambition de Breizh Sukr. Un projet novateur avec, à la clé, une culture rentable, vertueuse côté environnement mais délicate à désherber. Pour faire un premier point, une journée technique est organisée le 15 novembre prochain à Pontivy (56).

"On ne produit pas de sucre bio en Europe, or les besoins sont importants. L'attente des consommateurs pour un produit fait localement est forte. On s'ouvre la capacité d'en faire une culture motivante pour les agriculteurs". Alors pour Bernard Cano, qui explore la question d'un sucre de betterave bio issu des terres bretonnes, "c'est le moment". Les premiers essais grandeur nature sont prometteurs. Ils confortent l'idée lancée au travers du projet Breizh Sukr, déjà adoubé par la laiterie Triballat, la centrale Biocoop, Eric Ollive, co-gérant de Breizh Cola, l'antenne baldivienne de l'Université de Bretagne Sud, le Lycée du Gros chêne à Pontivy, la société Milin... "tous associés au projet". Car la filière est à bâtir,  totalement. Objectif premier ? Affiner la conduite culturale de la betterave sucrière pour monter une mini sucrerie à Pontivy à l'horizon 2019.

Plante racine énergétique

L'homme, n'en est pas à son coup d'essai. Fondateur d'Edou Breizh pour la relance de la culture du sarrasin en Bretagne, ce transformateur de céréales bio, créateur de la société Milin, outre ses convictions, est parti de deux constats. "Pour satisfaire la demande, on importe 50 000 tonnes de sucre de canne bio en France et 170 000 tonnes en Europe". La demande est là. "Elle croit de 25 % tous les ans" . Et les sols bretons sont capables de produire ces plantes racines. Il en veut pour preuve l'inventaire établi en 1928. "La betterave couvrait pour le seul Finistère 28 000 ha, le panais 12 000. Il y avait 150 000 ha de betteraves recensés en Bretagne à la fin des années 1920". Un fourrage, "noble, apportant beaucoup d'énergie dans la ration des laitières, assurant des récoltes abondantes et l'autonomie d'un système". Aujourd'hui, la plante permettrait, dans une région riche en matière organique, d'allonger des rotations, de diversifier les productions en bio... "C'est un excellent précédent avant un blé meunier dont on manque terriblement en Bretagne", illustre-t-il. Avec ses qualités, la betterave pourrait redevenir attrayante en région d'élevage. D'autant que sucrière, tout serait valorisé dans cette culture, y compris "la pulpe et la mélasse, qui contient encore 50 % de sucre, pour les animaux".

Itinéraire technique à peaufiner

Sept hectares répartis sur les quatre départements bretons, en dix sites semés de betterave sucrière au printemps dernier, constituent les premiers essais. Ils sont d'ores et déjà porteurs de "résultats positifs", estime le transformateur pour qui reste encore l'itinéraire technique à peaufiner, des choix variétaux à préciser et des expériences à échanger. Car toute la difficulté réside dans le désherbage au stade précoce de cette plante sarclée. D'où l'intérêt, entre autres, des faux semis dans cette conduite en bio. "Le binage au plus près du rang est essentiel. Les systèmes de guidage du matériel sont précieux et permettent de maîtriser cette phase délicate", rassure Bernard Cano.

Autant de points dont il sera question lors de cette rencontre technique, le mardi 15 novembre prochain, au Lycée du Gros chêne à Pontivy dès 10h.

En chiffres

Après deux faux semis début avril dans un sol réchauffé, la betterave sucrière sera semée à raison de 135 000 à 150 000 graines (petites qui doivent recevoir un enrobage neutre) avec un inter-rang de 45 cm. Après deux hersages en travers et deux binages au plus près du rang, moins volumineuse que sa cousine fourragère, elle sera récoltée fin octobre, début novembre. Elle est à 2/3 enterrée quand la fourragère l'est au tiers. Elle offre 25 % de matière sèche (contre 13 % en fourragère) et 18,5 % de sucres total (contre 10 % en fourragère). En agriculture biologique, son rendement moyen est 60 à 70 t/ha pour 8 à 10 t de sucre/ha et 1,8 t de pulpe, idem en mélasse.

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