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Brexit : J moins 4 semaines, à moins que...

En théorie le 31 octobre, dans tout juste quatre semaines, le Royaume-Uni devrait quitter l'Union européenne. La date a déjà été repoussée une première fois. Cette échéance provoque une très grande incertitude, et de fortes tensions, au niveau politique au Pays de sa gracieuse majesté. Aujourd'hui personne ne peut dire quelle décision sera prise, si le Brexit sera une fois encore repoussé, si l'accord sera renégocié, ou si la sortie se fera finalement sans accord. Les entreprises, inquiètes, tentent de se préparer. Une phase difficile lorsqu'elles ne savent pas vraiment à quoi elles devront faire face.

Brexit
Le rapport britannique Opération Yellowhammer prédit qu'en l'absence d'accord le trafic des poids lourds transitant par la Manche pourrait être réduit de moitié. Le secteur alimentaire sera le plus durement touché.

Le référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Europe a eu lieu le 23 juin 2016 à l'initiative de David Cameron alors Premier Ministre. À la question "Le Royaume-Uni doit-il rester un membre de l'Union européenne ou quitter l'Union européenne ?", 51,89 % des électeurs répondent qu'ils veulent quitter l'Union européenne. C'est le début d'un processus chaotique. Le 13 juillet 2016 Theresa May est nommée Premier Ministre. Elle aura notamment en charge de négocier les termes de la sortie avec l'UE. Le premier acte de cette négociation sera l'activation de l'article 50 qui est la première phase de demande de sortie de l'Europe le 29 mars 2017.

En novembre 2018 un projet d'accord négocié avec le négociateur européen Michel Barnier est validé par l'UE et le gouvernement de Theresa May, mais cet accord est ensuite rejeté par le Parlement britannique.

Le 29 mars 2019 aurait dû être la date de sortie de l'UE, mais face à l'impasse politique au Royaume-Uni, une première extension est accordée jusqu'au 31 octobre 2019. Boris Johnson est nommé Premier Ministre en juillet 2019. Mais il est très vite mis en minorité par le Parlement qui refuse l'hypothèse d'une sortie sans accord. Aujourd'hui la situation est proche du blocage, et finalement aucune hypothèse de sortie de crise ne se dessine clairement.

 

Cinq hypothèses pour en sortir

Chacun en est aujourd'hui réduit à formuler des hypothèses et dresser des scénarios plus ou moins crédibles, alors qu'à Bruxelles et Londres la guerre des communiqués est lancée. Jean-Claude Junker ancien Président de la Commission Européenne s'est inquiété le 18 septembre "du risque qui reste très réel d'un no deal". Et il a précisé que ce "Brexit sans accord sera peut-être le choix du gouvernement du Royaume-Uni mais ce ne sera jamais le choix de l'Union Européenne". Le Royaume-Uni espère de son côté progresser suffisamment pour finaliser un nouvel accord lors du sommet européen du 17 octobre. Tout nouvel accord avec Londres ne pouvant entrer en vigueur sans l'aval du Parlement européen.

Lors du Space, Raphael Tirat, Directeur Royaume-Uni Expandys, intervenait lors de la conférence de Bretagne Commerce International, pour tracer les différentes hypothèses qui se présentent dorénavant, et conseiller les entreprises concernées. Il a décrit cinq  hypothèses, chacune ayant, à ce stade, selon lui, pratiquement les mêmes chances d'être retenue. La première serait l'hypothèse d'un accord finalement trouvé. La seconde serait la renégociation de l'accord, la troisième la sortie sans accord. Restent deux autres solutions tout aussi crédibles : un changement politique majeur au Royaume-Uni soit du fait du changement de Premier Ministre, ou la tenue d'élections anticipées. Dernière solution la tenue d'un second référendum.

On le voit bien, aucune solution ne semble aujourd'hui tenir plus spécifiquement la rampe. Mais ce dossier étant depuis le début tellement imprévisible, personne ne se hasarde aujourd'hui à affirmer définitivement une hypothèse !

Un Brexit sans accord sera peut être le choix du gouvernement du Royaume Uni mais ce ne sera jamais le choix de l'Union Européenne.

Opération Yellowhammer

Le gouvernement britannique a été obligé de rendre public le 12 septembre un document préparant les scénarios en cas de sortie du Royaume-Uni sans accord. Ce rapport, connu sous le nom de code "Operation Yellowhammer", décrit la future relation entre le Royaume-Uni et l’UE comme "hostile". Il prévoit des contrôles obligatoires sur les marchandises britanniques dès le premier jour de la sortie du Royaume-Uni de l’UE en l’absence d’accord. Entre 50 et 85 % des poids lourds transitant par le détroit de la Manche ne sont sans doute pas prêts pour la douane française. Le trafic pourrait donc être réduit de 40 à 60 %, avec des délais supplémentaires compris entre 1,5 et 2,5 jours, indique ce travail d’experts. Et, prévient-il, "le secteur agroalimentaire sera le plus durement touché, étant donné qu’il dépend de chaînes d’approvisionnement transfrontalières hautement intégrées". "Certains types d’approvisionnement en aliments frais diminueront", souligne le rapport, mettant en garde contre le "risque de panique qui pourrait exacerber la perturbation de l’approvisionnement alimentaire". Un scénario sans accord "réduirait la disponibilité et le choix des produits et augmenterait les prix", assure ce rapport.

Les conclusions de ce rapport corroborent les dires de plusieurs expert qui en cas de no deal prévoient une baisse du PIB du Royaume-Uni de 9,3 % en quinze ans contre 3,9 % avec l'accord actuel, produisant une forte hausse du chômage (actuellement de 3,5 % seulement). À court terme ils envisagent de forts troubles dans le pays liés à des pénuries (médicaments, alimentation) avec la création d'une forte congestion automobile aux frontière. Les experts craignent une potentielle fuite des moyennes et grandes entreprises vers l'étranger pour assurer leurs capitaux...

 

À moins que...

Pourtant à ce jour l'économie britannique tient bon. La croissance moyenne annuelle du PIB est stable à +1,6 % le taux de chômage à 3,8 % fait pâlir d'envie bien des dirigeants européens. La consommation des ménages a été en 2019 la plus haute jamais atteinte et les dépenses des ménages ont augmenté entre le 4e trimestre 2018 et le premier 2019.

Le pays reste toujours attractif pour les investisseurs internationaux. Ceux-ci prévoyaient investir dans le pays 1 890 milliards de dollars en 2018, alors que les investissements à destination de la France ne représentaient "que" 825 milliards de dollars. Bref, à contre courant des prévisions les plus pessimistes, les Britaniques semblent garder une confiance inébranlable en l'avenir ainsi que les milieux économiques. De quoi peut-être tempérer les discours les plus pessimistes. Parce qu'après tout, toute cette agitation n'est peut-être qu'une stratégie de négociation ?... à suivre en tout cas.

 

Quelles conséquences sur les marchés et les aides à l'agriculture

Le Royaume-Uni compte aujourd'hui officiellement 214 000 exploitations agricoles, d'une surface moyenne de 142 hectares. Elle emploie un total de 476 000 personnes intégrant les conjoints d'exploitants et les salariés d'exploitation. Le secteur agricole n'est plus un secteur de pointe comme d'ailleurs la plupart des industries lourdes de ce pays. Ils ont été en quelque sorte laissé pour compte, lorsque le pays a fait le choix de se tourner vers les services.

40 % d'importations

Le pays importe aujourd'hui 40 % de sa consommation alimentaire. Trois produits sont particulièrement fragiles : les fruits - l'Angleterre importe 85 % de sa consommation - les légumes - 45 % -, et le porc 50 %. Le Royaume-Uni n'est exportateur net que d'un seul produit agricole : l'orge ! Les agriculteurs pourront-ils tirer leur épingle du jeu en récupérant les parts de marché intérieur ? C'est une hypothèse peu probable pour un pays largement tourné vers la stratégie de prix bas et habitué aux importations.

Un système de soutien démantelé

De plus, les agriculteurs britanniques ont d'autres raisons d'être inquiets. Le nouveau système prévu pour prendre le relais de la PAC n’a pas pu être adopté. Il prévoit qu’à partir de 2021 le gouvernement commencera à réduire les paiements agricoles et à instaurer un nouveau dispositif de soutien. Mais, déplore la fédération des agriculteurs britanniques (NFU), ce dispositif "reposait sur le fait que le Royaume-Uni quitterait l’UE de manière ordonnée en mars 2019, entrant dans une période de transition stable d’au moins deux ans". Or, ce n’est plus le cas et, souligne la NFU, "ce n’est donc pas le moment de commencer à démanteler le système de soutien qui a apporté une stabilité importante à de nombreuses entreprises agricoles". Le syndicat agricole demande au gouvernement de retarder la réduction progressive des paiements agricoles.

À l'intérieur, comme à l'extérieur du Royaume-Uni, le Brexit rend la situation totalement illisible.

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