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À Bruxelles, petit à petit, la Bretagne fait son nid

La région Bretagne entend renforcer sa présence à Bruxelles. Encore plus dans un contexte de Brexit et de préparation des politiques européennes d'après 2020. Les 30 et 31 janvier, Loïg Chesnais-Girard, président de la Région Bretagne, et 11 vice-présidents et présidents de commission du conseil régional ont multiplié les rencontres et rendez-vous dans les arcanes de l'institution européenne. Focus sur le réseau breton au cœur de Bruxelles.

Vue d'ici, Bruxelles paraît lointaine, peut-être même nébuleuse. Pourtant, c'est là, au siège de l'Union européenne que sont prises nombre de décisions qui influeront sur les politiques régionales. Le quartier européen de Bruxelles est une véritable fourmilière. En faire le tour, c'est un peu faire le tour de l'Europe en accéléré. Comme 229 régions d'Europe, sur un total de 276 recensées dans les 28 états membres de l'Union européenne, la Bretagne est présente physiquement à Bruxelles, avec même depuis mars dernier, de nouveaux locaux pour sa Maison de la Bretagne. Vitrine européenne de la région, elle est un lieu de passage pour les acteurs bretons qui se déplacent à Bruxelles. "Notre vocation première est de représenter et défendre les intérêts de la Bretagne auprès des institutions. Notre autre mission essentielle est la veille et le suivi des dossiers afin d'alerter la collectivité sur les projets et décisions de la Commission", explique Aude Körfer, déléguée permanente. Un travail de lobbying et de réseau indispensable et qui permet de bénéficier d'une veille collective, de savoir où en sont les autres régions françaises et européennes, de trouver des partenaires pour développer des projets partagés, de défendre des intérêts communs... Pour cela, quatre personnes travaillent pour la Maison de la Bretagne à Bruxelles, dont deux chargés de mission. Maude Boulard s'occupe notamment des questions de transport et de tourisme et Frédérico Sgarbi du climat, de l'environnement, de l'agriculture et de la pêche.

Défendre nos intérêts

"Nous avons tout intérêt à renforcer nos liens avec Bruxelles pour défendre nos intérêts, alors que s'y préparent actuellement les politiques post 2020", souligne le président du conseil régional Loïg Chesnais Girard. Le Brexit apporte aussi un nouveau cadre. Et des questions pour la Bretagne. Le président du conseil régional, accompagné de Forough Salami, vice-présidente en charge de l'Europe et de l'international ont d'ailleurs rencontré Michel Barnier, le négociateur en chef de la sortie de l'Union du Royaume-Uni. Objectif ? Mettre en avant les particularités bretonnes, ses relations économiques historiques avec le Royaume-Uni, notamment sur les questions de pêche et d'export de légumes par exemple. Pour mémoire, le Royaume-Uni est le 3e partenaire de la Bretagne à l'export et le 3e investisseur étranger (50 entreprises et 3 700 emplois).

Avec une grande partie de son bureau exécutif, le président du conseil régional a souhaité faire de ces deux jours de présence au cœur des institutions, un moment privilégié d'échanges et de rencontres. Ainsi, Pierre Karleskind, vice-président à la mer, a présidé l'inter-groupe pêche de la conférence des régions périphériques maritimes (CRPM), un bureau décentralisé s'est tenu en présence de la députée européenne Isabelle Thomas, Lena Louarn (langues de Bretagne) a participé à une réunion autour du multilinguisme à l'école, quand Anne Patault (vie associative) et Pierre Pouliquen (jeunesse et sports) ont travaillé sur la thématique de l'économie sociale et solidaire. Olivier Allain, vice-président en charge de l'agriculture est venu quant à lui porter la contribution bretonne à la PAC post 2020, adoptée en décembre dernier par l'assemblée régionale. Une contribution qui formule six propositions "pour une PAC plus régulatrice et plus simple, qui permette de garantir un revenu stable et décent, ainsi qu'une activité pérenne". Par ailleurs, la Région, qui est gestionnaire du 2e pilier qui encourage les mutations demande à ce que celui-ci soit renforcé "afin que les installations, modernisations d'exploitations et évolutions de pratiques soient accompagnées au mieux dans le territoires". Sur la période 2014-2020, la PAC en Bretagne, ce sont 500 millions d'euros versés par an à l'agriculture. Depuis 2014, la Région est gestionnaire du 2e pilier (fonds Feader), soit 368 millions sur 2014-2020. "Sur la PAC, c'est un travail de lobbying et de prise de contacts tout azimut", souligne Olivier Allain à la sortie d'un rendez-vous avec un député de la région italienne de Toscane, vice-président à l'agriculture. Autre rendez-vous, avec cette fois un député qui a fait un rapport sur les protéines en Europe pour une discussion sur les aides couplées végétales pour la production de légumineuses fourragères. "Un dispositif permettait aux éleveurs qui implantaient des prairies à base de légumineuse de bénéficier d'aides", poursuit Olivier Allain. Pourtant, l’instruction technique relative à la gestion de ces aides (parue le 2 janvier 2018), annonce que "les mélanges comportant des graminées ne sont plus éligibles à compter de la campagne 2018". Là encore, c'est le travail en réseau qui doit permettre de réintroduire l'éligibilité de ces mélanges.

Difficile pour l'instant de connaître les positions des autres états membres sur la PAC post 2020, d'autant que certains, comme l'Italie, vont connaître bientôt des élections. En attendant, la Bretagne avance ses pions. Les propositions devraient être communiquées en juin... après celles sur le budget.

Les lycéens rennais en immersion

Le bâtiment du Point Info Europe est voisin de l'immeuble de la Maison de la Bretagne. En ce mardi 30 janvier, il accueille une classe de terminale européenne du lycée Joliot Curie de Rennes. Pour tous ces jeunes, c'est le premier contact avec les institutions européennes. Force est de constater que tous ces bâtiments imposants ont de quoi intimider. "C'est assez impressionnant, mais c'est intéressant de voir tout ce qu'il peut se passer ici", témoigne Antoine, après avoir écouté les chargés de mission de la Maison de la Bretagne, expliquer le fonctionnement de toutes ces institutions. "Pendant leur séjour, les élèves rencontrent un commissaire européen, visitent le parlement.... et cela permet de leur donner une image de l'Europe", ajoute Elouane, leur professeur. Et qui sait, peut-être, des vocations seront nées de cette première expérience.

Les Bretons se sentent européens !

Dans un sondage réalisé en décembre dernier auprès d'un panel de 1 024 personnes représentatif de la population bretonne, 81 % des Bretons interrogés considèrent que l'appartenance à l'Union européenne est une bonne chose et 69 % se sentent citoyens de l'Union. Dans 79 % des cas, les Bretons se sentent à la fois breton, français et européen.


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