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Ça gaz (bientôt) à 38 dans le bocage

Méthan’Agri est une société de production d’énergie, basée à Messei dans l'Orne. Le projet collectif associe 38 agriculteurs, issus de 25 exploitations. L’idée est née en 2009. Depuis dix ans, l’organisation humaine est au cœur des réflexions, pour une agriculture propre. L’unité de méthanisation doit démarrer au printemps.

"Nous nous situons dans un territoire d’élevage, majoritairement bovins lait. Nous avons réalisé une enquête auprès des gens intéressés pour s’associer dans une unité de méthanisation. La ferme moyenne est de 100 ha, avec 1,6 UTH. Seuls, nous ne sommes pas performants. Alors on a pensé collectif", se souvient Jean-François Le Meur, responsable du groupe. Dès 2009, "voire avant", les membres fondateurs de Méthan’Agri organisent des réunions d’information. "On a tracé un rond de compas à 7 km autour du site de Messei, où passe un poste de gaz". Près de 120  invitations sont envoyées, "la moitié des personnes vient aux réunions, trente exploitations adhèrent à l’association. Chemin faisant, cinq arrêtent le projet pour des raisons différentes". Dix ans plus tard, l’unité de méthanisation est sortie de terre, l’association est devenue une société par actions simplifiées (SAS). Méthan’Agri compte 25 exploitations.

 

Équilibre et générations

La volonté du groupe : maîtriser le projet, "si possible à 100 %". L’enjeu : "trouver l’équilibre à 38". Les associés apportent un capital de 1 650 000 €, chacun contribuant à hauteur de ce qu’il souhaite. "L’unité de méthanisation va durer longtemps. Si nous n’avions eu que des contributions à plus de 100 000 €, une seule classe d’âge serait représentée : les jeunes n’ont pas la capacité d’investir autant en dehors de la ferme, les exploitants à la retraite ne produisent plus de biomasse. S’associer entre gens de 50 ans mettrait en péril la pérennité de Méthan’Agri", sourit Pierre-Henri Guillemine, associé.

La gouvernance est donc pensée de façon à ne laisser personne de côté : soit faire de la place aux générations qui arrivent et laisser aux membres fondateurs la possibilité de garder des capitaux pendant dix ans. "La construction humaine est cruciale. Nous avons trouvé le curseur de l’équilibre, le projet motive toutes les générations".


Digestat pasteurisé

L’unité de méthanisation tourne en injection. "Nous avons un contrat avec GRT pour injecter le gaz dans le réseau, puis un autre avec un acheteur de biométhane. Ce sont des contrats de quinze ans". Deux digesteurs de 5 400 m³ digèrent les apports (lire encadré). Une cuve de stockage du digestat de 5 400 m³ est aussi construite sur site. "Le digestat est hygiénisé pendant une heure à 72°C. C’est le même principe que la pasteurisation du lait. C’est un choix de notre part. Les graines des adventices vont être détruites. Idem pour les pathogènes, se réjouit Fabrice Davy, associé et responsable maintenance. Le digestat ainsi aseptisé permet de gagner sur la pression pathogène dans nos exploitations". "Nous avons été formés sur l’utilisation de la matière dans nos exploitations. C’était obligatoire pour tous les adhérents", complète Pierre-Henri Guillemine. Jean-François Le Meur ajoute : "Nous avons de vrais débats agronomiques. La matière organique digérée retourne sur nos sols, nous allons améliorer son efficacité et donc le fonctionnement des plantes". La SAS Méthan’Agri a acheté deux tonnes à lisier, à disposition des éleveurs. Chacun restant libre de son épandage.

 

Acceptabilité

L’apport de lisier et de fumier de chaque exploitation est pesé. La quantité de digestat récupérée par chacun est proportionnelle. Méthan’Agri a investi dans deux camions et emploie trois chauffeurs. "Tous les transports sont réalisés par des véhicules de la société, les caissons sont bâchés. Cela fait partie de l’acceptabilité". Une acceptabilité acquise au fil de l’eau, de réunions publiques et de disponibilité pour répondre aux questions. "Nous avons rencontré les associations environnementales locales deux ans avant l’enquête publique. Le débat était constructif, assure le responsable. Nous sommes identifiés et acceptés sur le territoire". Méthan’Agri démarre au printemps.

 

 

Témoignage

 

Pierre-Henri Guillemine : "Nous allons sur un nouveau marché, plus stable"

Mon exploitation se situe à 4 km de l’unité de méthanisation. Mon frère et moi produisons du lait et des céréales. Je vais apporter 400 t de fumier et 2 000 m³ de lisier par an à Méthan’Agri. J’y vois une opportunité d’investissement dans la production d’énergie. J’ai une vraie sensibilité au travail collectif. Avec mon frère, nous sommes membres d’un réseau d’entraide en Cuma. Des voisins nous ont parlé du projet. On apprécie la dimension environnementale. Nous allons sur un nouveau marché, plus stable. En retour, nous aurons des dividendes. Mais nous gagnerons aussi en temps de travail. On va diminuer l’achat d’engrais. L’hygiénisation du digestat va diminuer la pression pathogène sur les prairies.

 

Julien Salles : "Un revenu en plus, dans le respect de l'environnement"

Je suis installé en individuel, à 7 km à vol d’oiseau du site de méthanisation. J’ai une cinquantaine de vaches Normandes, je suis en AOP. Je suis installé depuis cinq ans, mais mon père a commencé les démarches pour prendre part au projet. Je l’y ai poussé au moment de la crise du lait en 2009. La méthanisation assure un revenu en plus, dans le respect de l’environnement. Je vais apporter 300 m³ de fumier par an. Cela changera tout mon système d’épandage : je passe de tout solide à tout liquide. J’étais en Cuma, je vais continuer ainsi si la coopérative investit dans un pendillard. Sinon, je ferai faire le travail par une ETA. Ce sera aussi un gain économique.


Aurélien Denis : "Le projet de mÈthanisation fait partie de mon dossier installation JA"

Nous sommes installés, avec mes parents, à 3 km du site Methan’agri, en polyculture élevage lait, viande et céréales. Je suis associé de l’exploitation depuis trois ans et demi. Le projet de méthanisation fait partie de mon dossier installation JA. J’ai participé aux réunions d’information avec mes parents, qui sont engagés depuis le début du projet. Nous apporterons 2 000 m³ de lisier et 500 t de fumier. L’épandage d’un engrais naturel va nous permettre de diminuer l’utilisation d’intrants chimiques, c’est dans l’air du temps d’une agriculture propre. Nous diversifions les couverts végétaux sur nos parcelles pour apporter de la matière à l’unité de méthanisation. Nous allons travailler l’agronomie.

 

Fabrice Davy : "Je míoccupe de la maintenance"

Je suis installé à 7 km de Methan’agri, en vaches allaitantes. J’élève 70 mères de race Limousine. J’ai été sensible à la corde environnementale et à l’aspect sanitaire du projet, c’est important pour moi qui réalise de la vente directe. Je vais valoriser des prairies propres et des bêtes en bonne santé. J’ai suivi un DUT Génie électrique et informatique industrielle. J’ai travaillé pendant dix ans en maintenance de l’industrie automobile, alors je suis directeur du site : je m’occupe de la maintenance. Je suis seul dans ma ferme, alors j’ai embauché quelqu’un pour m’aider et me dégager du temps. Je vais contribuer à hauteur de 600 t de fumier par an. J’espère intensifier mes cultures. Je passe d’un système d’épandage tout solide à tout liquide.

 

Methan'agri en chiffres

2,6 millions d’euros de chiffre d’affaires

300 normo m³/h injectés dans le réseau biogaz

160 t de matière entrées par jour dont 80 % issus des fermes (deux tiers de fumier, un tiers de lisier) ; 5 % de couverts végétaux ; 15 % de déchets d’industries agroalimentaires tracés et échantillonnés

145 t de digestat sorties par jour (deux tiers sous forme liquide, un tiers de solide)

10 rotations de camions par jour

2 ha de surface de site

1 réunion de chantier par semaine depuis septembre 2017

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