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Ce et ceux qui aident à rebondir

Neuf ans après avoir repris l’exploitation familiale, l’épouse de Didier Rozé, qui venait de l’y rejoindre, est victime d’un AVC. Ils ont trois jeunes enfants, une exploitation… Les difficultés s’accumulent jusqu’au parcours d’aide à la relance et la remise en cause de leur système pour la bio. Récit de vie.

"Passer en bio pouvait être viable sous conditions", explique Didier Rozé, aux cotés de Christine.

"En 2022, j’espère retrouver une trésorerie "nickel", démontrer que l’Earl du Moulin Boscher n’est pas morte. Ce serait une fierté !". À cet instant de l’ entretien qui prend fin, les yeux souvent humides de Didier Rozé, éleveur laitier à Guer, vont plonger de nouveau dans ceux de Christine. Et ensemble, de s’exclamer : "heureusement qu’il y a les enfants". Ils sont l’immense fierté de ce couple au parcours cabossé. "Ils sont aussi passés par là, ils ont vu notre détresse", se mortifient-ils encore tandis qu’aujourd’hui, la situation s’est assainie. Pourtant, "vous avez vu le film "Au nom de la terre" ? Si j’avais baissé les bras...", confie-t-il à mi-mots sur le poids enduré et sur une fin qui aurait pu être tout autre…

 

"Si j'avais baissé les bras"

En 1995 Didier Rozé, à 25 ans, reprend l’exploitation familiale laitière sur 52 ha à Guer. Le premier août 2001, sa femme le rejoint sur un atelier désormais centré sur le lait, avec 327 000 litres de référence et 57 ha. Quatre ans plus tard, Christine est victime d’un grave accident vasculaire cérébral qui l’handicape, aujourd’hui encore. "La chose qui a été dure : nos trois petits étaient en bas âge, sept ans, six ans et un an et 13 jours. Ça n’a pas été simple", témoigne Didier sur qui la charge familiale et celle de l’exploitation, reposeront en totalité. Faire face, s’occuper des enfants qui viennent néanmoins aider, "et donner un sacré coup de main. Je m’en veux encore car j’étais dur !". La voix se casse, le regard se détourne alors vers la fenêtre : à l’horizon, des prairies, rien que de l’herbe pour nourrir un cheptel de 40 laitières, aujourd’hui en bio. Pause. Et de poursuivre. "Je ne pouvais pas craquer, pour eux. Mes priorités ont alors changé. Je m’arrangeais. on allait au foot ensemble, pour leur redonner le goût". Pendant ce temps, leur maman se remet, doucement. L’exploitation, vivable à deux, est menée par lui seul, à bout de bras. 2009 leur met un peu de baume au cœur, "j’ai pensé que c’était le fruit de nos efforts et que ça pouvait le faire". Le couple construit alors sa maison. Les années qui suivent n’ont pas la même saveur.

On est en difficulté certes mais on a le droit de vivre

 

Plus de lait, plus de vaches, plus de charges...

"On n’y arrive pas ! Alors on veut faire plus de lait, avec plus de vaches, 45, et plus de maïs encore, sur 25 ha de SAU ! Le bâtiment devient trop exigü. On a des problèmes de mammites en hiver sur 50 % du troupeau et des réformes à tour de bras et plus encore de génisses à élever. Alors pour me faciliter le travail, j’investis dans un télescopique", énumère Didier… Le cercle vicieux, celui d’un "lait qui coûte bien trop cher à produire", reconnaît-il, épuisé par la charge mentale et physique qui l’accablent fin 2014. Attentif, son centre de gestion lui conseille de s’entourer du conseil de la chambre d’agriculture. "J’appelle Claude Legoff. Il a convoqué un tour de table. On a aménagé les choses, ré-échelonné les prêts". Un dossier d’aide à la relance d’exploitation agricole (AREA) est mis sur pied. "Tout le monde a joué le jeu sauf la firme d’aliments qui m’a harcelé jusqu’au soir du 24 décembre pour recouvrer sa somme", s’offusque-t-il. Pour autant, "Claude Legoff m’a piqué en me disant que le télescopique, c’était trop, qu’il fallait le vendre. Je lui en voulais. J’avais du mal a accepter. C’était une aide pour mon travail mais en fin de compte, il avait raison".

 

Envisager un autre système

À la même époque, un proche, agriculteur, l’emmène visiter des exploitations en bio. "Leur savoir-vivre nous a marqués. Ils prenaient du temps, ça marchait. Alors j’ai voulu creuser ça. J’ai fait une formation avec la chambre et nous sommes retournés voir un agriculteur en bio à Ruffiac. Il avait une surface identique à la nôtre. Il m’a fait réagir en me disant : tu dois être capable d’en vivre. Après coup, je l’ai rappelé. Il est venu à la maison, on a fait le tour de l’exploitation, on lui a montré nos chiffres. Pour lui, c’était possible". Une étude de faisabilité du passage en bio est menée avec la chambre, le pass'bio. elle se révèle positive sous conditions. Un nouveau tour de table est réalisé car "il fallait un nouveau prêt pour investir un peu pour le changement en bio. C’était viable si le télescopique était vendu". Didier et Christine Rozé ont aussi accepté de suivre la session "continuer ou se reconvertir" proposée par la MSA, durant laquelle, "coup de chance", le ruineux télescopique est vendu.

 

Enlever ses oeillères

Un tournant et une libération. "Là, j’avais une perspective pour continuer alors que j’étais prêt à m’arrêter". Tout s’enchaîne alors, la conversion bio, entamée en mai 2016, est racontée par le couple dans un sourire, presque libéré."Il fallait enlever nos œillères. Je travaille déjà deux fois moins, j’observe mieux mon troupeau et ça nous laisse plus de temps pour se former. On va grouper nos vêlages au printemps, peut-être arrêter de traire un à deux mois", espèrent-ils, satisfaits d’une conduite qui leur laisse envisager des jours meilleurs. Car pour eux, "le volume n’est pas tout. Chaque cas est unique mais en passant en bio, en faisant moins de lait, on peut avoir une rémunération équivalente voire meilleure". Et c’est avec le groupe lait de Nov’agri, (ex GVA de la région de Ploërmel) que Didier et Christine ont voyagé en Irlande et Autriche, seules vacances accordées en 15 ans… "On ne nous enlèvera pas ça. On est en difficulté certes mais on a le droit de vivre", appuient-ils. Didier est aujourd’hui dirigeant et arbitre de foot. Il prend le temps de s’investir dans "la vie sportive, avec les jeunes", son grand bol d’air.

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