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"Ce n'est pas à la distribution d'écrire les cahiers des charges"

Thomas Guégan, Président des Jeunes Agriculteurs du Morbihan s'exprime sur la filière porc.

© JA56

Au vu des cours actuels, que se passe-t-il dans les exploitations ?

À 1,18 EUR/kg au MPB, les coûts de production ne sont pas couverts pour la majorité des élevages. Les exploitations tirent sur la trésorerie pour boucler les fins de mois mais ce n'est pas viable sur le long terme puisque ça ampute l'investissement, l'amélioration technique, le recours au salariat... Nous sommes juste sortis d'une crise financière majeure, dont les symptômes ont été soignés par le fort essor du marché chinois sans que la cause ne soit traitée. Malheureusement, le fort engagement syndical sur le terrain n'a pas suffi à faire bouger les lignes que ce soit sur le plan législatif ou sur celui de nos propres institutions. Je ne pense pas qu'il suffise de sortir de nos exploitations et de manifester pour peser dans les négociations. Comme le prône la ligne des Jeunes Agriculteurs, un travail de fond sur la loi et dans nos échanges avec les partenaires de la filière sera certainement plus constructif.

Il ne reste que quelques semaines pour proposer la feuille de route des États généraux de l'alimentation. Que proposez-vous ?

Nous avons transmis une trame à Inaporc sur nos ambitions. Très clairement le "monter en gamme", prôné par l'État ne nous semble pas la solution ultime. Nous devons répondre à tous les marchés. Tous les consommateurs n'achèterons pas du bio ou du label. Il suffit de regarder les chariots à la sortie des magasins. Aujourd'hui, ceux qui font les cahiers des charges, ce sont les distributeurs. Ils valorisent, à coup de publicités, les produits haut de gamme au détriment des 85 % de produits standards. Or la grande distribution fait son chiffre sur le milieu de gamme. Ce n'est pas durable, nous devons reprendre la main. La multitude de cahiers des charges (64 labels rouges différents en porc !) a perdu le consommateur. La grande distribution ne s'est basée que sur des études marketing pour vendre les mêmes tranches de jambon en racontant une jolie histoire autour... alors qu'un énorme travail de segmentation nous attend pour proposer des nuggets de porc par exemple ! Le développement de notre offre d'achat, à l'instar de ce qui a été fait en volaille, reste à faire. Nos groupements et nos transformateurs doivent s'en emparer.

Êtes-vous satisfait du fonctionnement de la filière ?

Outre les incompréhensions avec l'État ou les grandes et moyennes surfaces (GMS), les chantiers du regroupement de l'offre ou de la constitution de cahiers communs ne sont pas plus avancés qu'en 2015 au sein de nos groupements. Aujourd'hui, au vu des flux, les groupements ne sont plus vendeurs mais répartiteurs de cochons. Dès que la pression devient trop forte dans les élevages, tout le monde pousse pour du dégagement sans penser au prix. Si les éleveurs avaient assez de bâtiments pour faire tampon, peut-être que la tendance s'inverserait... Mais pour cela, il faut des revenus !

 


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