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"Cette décennie est décisive"

Alors que 2015 s'annonce comme une nouvelle année charnière pour le monde agricole, nous avons demandé à Loïc Guines, président de la FDSEA 35, son éclairage sur trois grands sujets qui préoccuppent le syndicalisme : l'environnement, la compétitivité, et l'avenir.

Loïc Guines
Loïc Guines
© A.M

On a tendance à opposer facilement agriculture et environnement, qu'en pensez-vous ?

Loïc Guines. Depuis les années 60 et pendant vingt ans, la Bretagne a sans cesse et avec beaucoup de pugnacité relevé le défi de la production alimentaire. La profession s’est organisée en coopératives, en groupements, en organisations de producteurs, dans le seul objectif de construire un outil économique efficace et durable. Seule ombre au tableau, les impacts environnementaux ont été mal maitrisés, mal anticipés. Les quantités d’effluents produits par les animaux ne pouvaient plus être absorbées par les seules terres agricoles. L’idée a alors germé de traiter les excédents ou de les exporter dans les régions déficitaires en engrais organiques. La machine agricole commence à s’enrayer. L’administration, sous la pression des associations environnementales limite au maximum le développement des exploitations en imposant des démarches longues, coûteuses et complexes, en défendant des normes toujours plus contraignantes. Le principe de précaution s’applique à toutes les sauces, la majorité des politiques défendent leurs intérêts électoraux et s’installent dans un consensus mou. Avouer qu’on est défenseur de l’agriculture c’est se mettre à dos son électorat vert.

 


Quel regard portez-vous sur les difficultés économiques des entreprises agricoles et agroalimentaires?

L.G. En France, l’administration poursuit son travail de sape de la compétitivité de ses entreprises, les groupements s’engagent dans des luttes fratricides visant à détruire le voisin de palier et les consommateurs, les yeux rivés sur leur portefeuille ne prêtent plus guère attention à l’origine des produits qu’ils consomment. Le découragement s’installe dans les campagnes, la production faiblit et les abattoirs français se retrouvent en surcapacité. Dans le même temps, les pays voisins opèrent des restructurations pour faire face à la mondialisation des échanges, s’arment face à une concurrence toujours plus implacable et s’organisent pour proposer des produits toujours moins chers. L’outil de production français bâti pendant vingt ans se délite progressivement, laissant la place à des vagues successives de redressements, de liquidations et de chômeurs. Dernière victime : AIM. Jusqu’où irons-nous dans la destruction de nos outils de production, jusqu’où laisserons-nous aller nos querelles intestines et quand choisirons-nous la stratégie de l’union ? Pendant ce temps, ce sont les agriculteurs qui paient la facture.

 


Pour autant, il existe aussi des raisons de croire à un avenir meilleur ?

L.G. Malgré tout, les jeunes agriculteurs continuent à s’installer, les compétences et les capacités d’adaptation sont toujours présentes et reconnues dans nos entreprises, dans nos exploitations. Il est encore possible de renverser la vapeur mais pour cela, il est indispensable que les filières agricoles se réorganisent, que les groupements unissent leurs forces, rationnalisent leurs outils et y intègrent de la valeur ajoutée. Valeur ajoutée qui doit être redistribuée équitablement entre les producteurs et les autres acteurs des filières de façon à permettre à chacun d’investir et de développer et de vivre décemment de son activité. L’heure n’est plus à la dispersion des moyens, l’heure est à l’optimisation des outils, au rassemblement des groupements pour une meilleure compétitivité sur le marché français, européen et mondial, pour la sauvegarde de notre agriculture et de nos agriculteurs.

Il faut agir et nous faisons appel à la responsabilité de chaque décideur, de chaque administrateur de groupement, de chaque adhérent d’organisation de producteurs pour influencer et peser sur les décisions à venir. Cette décennie est décisive pour l’agriculture bretonne et le tissu économique de notre région. Soyons acteurs et arrêtons de regarder passer le train.

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