Aller au contenu principal
Font Size

Chez nous l'agriculture est le métier le plus noble !

L'Afdi, association pour le développement international, avait invité lors du Space des agriculteurs européens, Malien et Malgache pour un échange sur les conditions de vie et de travail dans les différents pays. Ce regard croisé d'acteurs du développement agricole et d'agriculteurs a permis d'approfondir des thèmes comme l'installation, le foncier, le développement. Petit coup de projecteur sur le témoignage de Mamadou Sissoko, agriculteur malien.

Loïc Cheval, administrateur Afdi, Majan Laot, agriculteur dans le Finistère, Mamadou Sissoko, agriculteur malien et Charles Fossé, JA 35.

Mamadou Sissoko est agriculteur au Mali. Installé sur une trentaine d'hectares il cultive essentiellement du riz et des céréales. Après avoir passé quelques jours sur des exploitations françaises, il intervenait au Space pour témoigner de son expérience, et échanger sur le développement de sa région avec des agriculteurs français.

 

400 000 jeunes

Le contexte dans lequel Mamadou exploite est bien sûr totalement différent de la France. "Dans ma région toutes les terres appartiennent à l'État. la population est jeune, extrêmement jeune", et il est de l'intérêt de tous de faire en sorte qu'un maximum de jeunes puissent trouver des terres pour s'installer et obtenir des moyens de subsistance. "Le Pays compte actuellement 400 000 jeunes ruraux", précise Mamadou, et nombreux sont ceux qui ne peuvent s'installer faute de place et de terres.

Les obstacles à l'installation ne manquent pas ; le premier d'entre eux est l'accès au foncier. L'État a redonné l'accès au foncier après des années de "gestion directe". Mais il est quelquefois "difficile pour les anciens propriétaires de refaire valoir leurs droits de propriété ou d'exploitation", dans un pays où "le cadastre n'existe pas", et où les moyens manquent.

Il est alors bien difficile de mettre en place une gestion claire et transparente du foncier. Il est même complexe pour l'État de remettre en culture des régions entières. Autour du lac de Markala sur le fleuve Niger, "1,5 million d'hectares sont exploitables et irrigables mais seulement 700 000 hectares valorisés", situe également Mamadou.

Téléphones portables et réseaux sociaux sont aujourd'hui un vecteur essentiel du développement local au Mali

S'organiser

Alors on en revient aujourd'hui aux vieilles recettes et au droit coutumier. Mais pour que les jeunes puissent se faire entendre, ils doivent s'organiser, se structurer. "Nous jeunes, il faut prendre nos responsabilités", insiste Mamadou, et notamment participer aux structures locales qui ont été créées et qui attribuent le foncier.

Vu de Bretagne la relation des jeunes à la terre peut étonner. À la question comment est perçu le métier d'agriculteur au Mali ? La réponse de Mamadou est claire : "Au Mali comme en Afrique de l'Ouest, les gens veulent venir à l'agriculture. Ils veulent devenir agriculteurs. Il y a cinquante ans on avait honte d'être agriculteur, ça faisait de la peine", avoue Mamadou. "Mais ce n'est plus le cas, poursuit-il. On est des agriculteurs et fiers de l'être, parce que c'est l'agriculture qui fait vivre le monde. Nous n'arrivons même pas à satisfaire la population locale. L'agriculture c'est le métier le plus noble" !

 

 

Un début d'organisation économique

Au niveau économique le Mali a déjà pris le chemin du développement. Mamadou explique qu'il vend environ 50 % de sa production à une coopérative qui est sous contrôle ou gestion d'État. Le reste de la production est vendu sur les marchés locaux, qui sont a priori plus rémunérateurs, mais qui surtout permettent d'être payés plus rapidement. Des embryons d'organisations de producteurs se font jour mais assez rarement. Dans ces pays - comme dans d'autres - les termes de collectifs sont trop proches des notions de collectivisation, et la notion d'organisation rappelle des souvenirs difficiles.

Mamadou insiste sur un point, dans des pays qui souffrent quelquefois d'insécurité, et souvent d'un manque de structures d'État, chaque habitant dispose aujourd'hui d'un téléphone portable et le plus souvent d'un compte Facebook. L'électrification par les panneaux solaires a souvent été générée par le besoin d'alimenter les téléphones et leurs batteries. Des téléphones portables et des réseaux sociaux qui sont aujourd'hui un vecteur essentiel du développement local. La notion de réseau social prend là toute sa signification, et permet à la fois de faire circuler l'information, quelquefois une information vitale, et de regrouper par intérêt et centre d'intérêt. L'Afrique, en quelques années, sera passée directement d'une économie agricole de subsistance à une économie numérique, un passage que l'Europe a mis plus de cinquante ans à "absorber".

Lorsque l'on demande à Mamadou sa vision de l'agriculture bretonne, il prend un peu de temps pour réfléchir et interroge sur la taille des exploitations, le volume de travail, le sens du développement. "Si le développement t'empêche de dormir est ce une bonne chose ?". Il renvoie chacun à une réflexion sur le sens du développement, s'il empêche de penser aux éléments essentiels, notamment les siens, la famille, sa santé. 

 

Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 9.90€/mois
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Terra
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Terra
Consultez les revues Terra au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière Terra
Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Terra.

Les plus lus

Le plan de relance de l'apprentissage peut profiter au monde agricole
Le 4 juin, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a annoncé un plan de relance de l'apprentissage, avec notamment une prime à l…
Les agricultures bretonnes en 2040 se dessinent aujourd'hui
Quels visages auront les agricultures bretonnes à l'horizon 2040 ? Désireux de se saisir des enjeux, de se projeter et de s'…
Tensions autour  de la PAC
L'Allemagne a pris la présidence du conseil des Ministres depuis le 1er juillet. Elle se fixe pour principale tâche de finaliser…
MAEC non reconduites, revenu amputé pour 60 éleveurs bretons
Ils sont 60 en Bretagne à faire les frais de la non reconduction de la MAEC(1) SP3 M, type maintien, de la région Bretagne. 60 c’…
EGAlim : l'effet papillon de la loi Agriculture et Alimentation
La première année d’application de la loi découlant des États généraux de l'alimentation aura bouleversé le paysage des produits…
Un Clap d'or pour le lycée Pommerit

Cinq élèves de 1re en bac professionnel Agroéquipement du lycée Pommerit dans les Côtes d'Armor ont décroché un 1…

Publicité