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Climat : de la donnée scientifique à l'action publique

Lancé conjointement par l'État et la Région il y a près de vingt ans, l'observatoire de l'environnement en Bretagne (OEB), gagne en légitimité à l'heure où les sujets environnementaux prennent une place prépondérante dans les débats et où les vérités scientifiques peuvent être remises en cause. Comment ces données peuvent-elles impacter les décisions stratégiques et politiques des collectivités ?

Les données recueillies pendant 40 ans par la Dréal sur la ressource en eau et les bassins versants "sont d'une capacité informative inestimable car elles permettent de comprendre le système", explique Jean-Reynald De Dreuzy, directeur des sciences de l'Univers à Rennes.
© Arnaud Marlet

"L'OEB analyse des données fiables, observées scientifiquement. Dans un monde où le brouhaha est omniprésent, ces données sont indispensables pour mener des politiques publiques cohérentes et nous permettre d'en mesurer les impacts à l'échelle de nos territoires", assure Loïg Chesnais-Girard, président de la région Bretagne. Même son de cloche de Patrick Séac'h, directeur-adjoint de la Dréal Bretagne qui estime que "l'accès a ces données est majeur. Les collectivités locales doivent affronter les changements climatiques, s'adapter, se remettre d'éventuelles catastrophes... Pour cela, elles devront pouvoir anticiper à tous niveaux en ayant des données fiables sur leurs territoires". L'OEB est aussi considéré comme un thermomètre commun, fiable et indépendant, permettant de séparer l'analyse de la donnée de l'action politique et de la constatation des réalisations de cette dernière. "Ces données sont un outil démocratique car elles font référence à la science, elles sont certifiées", considère le président de Région. Et d'ajouter : "la finalité est que le citoyen puisse se rendre compte de là où nous sommes, sur une base chiffrée, non pas sur un ressenti. C'est le meilleur moyen d'observer les effets des actions menées en rapport avec les efforts consentis".

Tout le travail entrepris au travers du Giec, des Cop nous a permis de comprendre comment notre système a évolué.

Un "objectif" à zéro émission

Les données sont sans appel, la planète émet quatre fois plus de CO2 dans l'atmosphère aujourd'hui qu'en 1960. Une molécule qui reste prisonnière de l'atmosphère pour un demi-siècle, voir plus. "Nous devons essayer de développer des marches en avant. Tout le travail entrepris au travers du Giec, des Cop nous a permis de comprendre comment notre système a évolué. Il est maintenant possible de faire le lien entre l'observation, les calculs et la prise de décision politique", explique Hervé Le Treut, climatologue et membre de l'académie des sciences. Défaitiste sur la capacité du monde à atteindre l'objectif permettant de respecter les accords de Paris en restant sous la barre des deux degrés d'augmentation de la température mondiale, le climatologue défend une politique d'atténuation. Un scepticisme dû à une lecture aigüe des chiffres. Pour atteindre la neutralité carbone permettant d'atteindre les objectifs climat, il faudrait arriver à zéro émission de GES d'ici 2050. "Ca veut dire plus aucune automobile, plus aucun avion... C'est 80 % de l'énergie qu'on utilise aujourd'hui qu'il faut remplacer d'ici trente ans. L'enjeu est colossal. Et s'il doit être inscrit dans les objectifs, on s'éloigne très fortement de ce qui est possible. Nous ne sommes pas capables de protéger nos territoires mais nous devons travailler à ce que nous pouvons faire de positif". Ainsi, le climatologue prône la combinaison de deux projets : vivre en développant mieux l'activité et la participation à l'effort mondial de réduction des GES.

 

Le climat à l'échelle de la région

"Sans la matière première, c'est compliqué de faire le moindre travail efficace. Cependant, nous devons faire face à des temporalités différentes. Nous travaillons à l'année, ou au mandat, ce n'est pas le temps long de la recherche", explique Pierre Crépeaux, responsable du service environnement de Lorient. Favoriser les lieux de rencontres entre instances scientifiques et instances opérationnelles pour alimenter la réflexion joue un rôle central dans la mise en œuvre des actions efficaces. En région, les données recueillies pendant 40 ans par la Dréal sur la ressource en eau et les bassins versants "sont d'une capacité informative inestimable car elles permettent de comprendre le système", explique Jean-Reynald De Dreuzy, directeur des sciences de l'Univers à Rennes. "Nous comprenons mieux comment la ressource évolue. Ces données devraient impacter les orientations à venir. Nous savons aujourd'hui que 75 % de l'eau que l'on retrouve dans les rivières en Bretagne est passée par le milieu souterrain, or la quasi totalité des captages sont en surface"... La connaissance scientifique peut faire prendre des virages importants aux actions publiques. Pour Jean-Reynald De Dreuzy, "L'OEB permet de passer d'une connaissance acquise locale à l'échelle d'un territoire avec l'ensemble des collectivités". Si Hervé Le Treut considère que des actions locales (transport, habitats...) peuvent s'avérer relativement efficace du point de vue climatique, il prévient des risques "de repli sur soi. Nous devons veiller à la nécessaire solidarité avec des territoires qui sont ailleurs. Tous ces développements territoriaux doivent se faire sans oublier ce contexte".

Climat

L'OEB ouvre sa gouvernance

18 ans après sa création, l'OEB a fait évoluer ses statuts pour ouvrir sa gouvernance aux collectivités qui souhaitent la rejoindre. "Nous poursuivons deux objectifs : être au plus près des attentes des collectivités et enrichir nos travaux par l'apport opérationnel des collectivités, qu'elles soient mairie, intercommunalité, département, mais aussi syndicat d'eau ou d'énergie", explique André Crocq, président de l'OEB. Cette nouvelle configuration doit permettre d'intégrer plus facilement l'utilisation de données scientifiques dans la réflexion et le suivi des plans d'actions publics.

 

 

Terres de sources, un label qui s'appuie sur les données de l'OEB

Climat

La Collectivité Eau du Bassin Rennais est l’autorité organisatrice du service de l’eau potable sur le Bassin Rennais. En créant le label "Terres de sources", elle définit et met en œuvre une politique destinée à accompagner les agriculteurs présents sur les aires d’alimentation de ses captages visant à réduire leur impact sur la qualité des eaux.
"Les clivages sont très durs en agriculture, si on active ses clivages sans capacité à les dépasser, on ne va pas réussir à changer le système", estime Yannick Nadesan, vice-président de la collectivité Eau du bassin rennais. Et d'ajouter : "nous avons conçu un label qui puisse s'adresser à tous en étant très ferme sur l'exigence de faire bouger les lignes". Comme sur le reste du territoire français, moins de 10 % des exploitations présentes sur les BV du pays rennais sont estampillées agriculture biologique, "si nous étions restés dans une logique de certification de ceux qui sont vertueux aujourd'hui, que fait-on des 90 % restant ? Nous ne voulions pas entériner une situation sans qu'elle puisse bouger".
Engagés à agir pour l’environnement et la protection de l’eau potable avec un mode de production plus vertueux pour les ressources en eau, les producteurs du BV se sont vu proposer de nouveaux débouchés plus rémunérateurs. L'accès à des données fiables et indépendantes permet de mesurer les effets des efforts consentis par les producteurs et d'adapter les mesures à mettre en œuvre au besoin.

 

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