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Maraîchers sans marché,
comme une double peine avec le Covid 19

D’abord interdits dans les communes clusters de cas de Covid 19, les marchés de plein vent ont finalement été rétablis. Auray en compte trois hebdomadaires, dont l’un des plus importants* de Bretagne l’été. Comme d’autres, la ferme maraîchère du Sach à Etel, a du se résigner à ranger son étal, perdant 75 % de son chiffre d’affaires la semaine passé. Ce, dans un contexte de mises en culture retardées par la pluie. Rencontre.

Gildas Menet, maraîcher de la ferme du Sach avec quatre autres salariés à plein temps, qui en perdant ses deux marché hebdomadaires la semaine passée vient de perdre 75 % de son chiffre d’affaires hebdomadaire.
© Claire le Clève

Rue du Sach, Etel. Un peu plus bas, serpente la rivière de Sach, bras de la rivière d’Etel, lieu majestueux. La ferme du Sach est la dernière ferme de cet ancien port hauturier, haut lieu de la pêche au thon, qui en comptait 13 au siècle passé. "On nous a demandé de ne pas vendre nos produits en plein-air mais parallèlement, on autorisait les grandes surfaces, espaces clos par excellence où les gens touchent à tout ! Je peux comprendre cette mesure de précaution sur des marchés très denses mais c’est loin d’être le cas ici et à cette période", temporise Gildas Menet, 35 ans. Il a redonné vie à la ferme, désormais maraîchère, depuis dix ans exactement. Et cinq personnes à plein temps s’y activent, sans compter les deux à trois saisonniers et les stagiaires, qui renforcent temporairement l’équipe.

Redonner vie à la ferme

Pourtant, les palettes s’empilent à coté de la route."J’ai 25 000 mottes d’oignons en attente. Mes plantations des semaines 7,9 et 10 ne sont pas faites", s’inquiète ce maraîcher autodidacte, thermicien, ingénieur de l’Icam qui a mis un terme en 2010 à son "intéressante" carrière de chef de projet en ingénierie, renonçant à installer de gros équipements pour de grosses usines pour cultiver ses pommes de terre. "Redémarrer quelque chose, ici, sur les terres familiales, qui ont toujours été agricoles, et puis apporter aux gens d’Etel des légumes d’ici, ça me tenait à cœur. Cela a du sens", situe-t-il d’un circuit ultra-court sur une des plus petites communes de France, confinée par la mer sur 174 ha. Cotisant solidaire à la MSA depuis 2002, alors étudiant de 18 ans, "avec mon père, sur les anciens pâturages qui n’avaient connu que des vaches, on a planté nos patates avec l’espoir d’en avoir 300 kg. On en a récolté trois tonnes ! J’ai tout commercialisé". Naissance d’une vocation. Alors, en "2010, j’avais fini en février ma mission pour un gros laboratoire pharmaceutique. Je me suis lancé, j’ai essayé sur 1,5 ha. J’avais un peu de matériel, un hangar. J’ai démarré la production sans vraiment penser au départ aux débouchés… Si je m’étais formé, j’aurais gagné du temps mais au fond de moi, j’étais sûr que ça marcherait", analyse-t-il, les deux pieds sur terre, bien ancrés, pratiquant une agriculture plus que raisonnée mais pas encore totalement bio.

Traquer temps mort et gestes usants

Cinq ans plus tard, en 2015, les cinq serres sont bien en place avec irrigation d’ une partie des parcelles, même si celles-ci sont morcelées, enclavées par l’explosion résidentielle de ce petit port de pêche dont la typicité attire les résidents secondaires. Il dit avoir bénéficié du début de la vogue pour le local, en parallèle au développement de la ferme et de la place laissée sur ses deux marchés hebdomadaires d’Auray et d’Etel, par les départs d’autres maraîchers. Leur nombre se réduit à peau de chagrin. Il récupère alors et conservera cette clientèle. Pour la satisfaire, désormais cent références sont produites à l’année. "Les rendements s’améliorent au fur et à mesure, en apprenant. Je ne cherche pas à augmenter les surfaces mais à rationaliser notre travail, standardiser par exemple les inter-rangs pour mécaniser certaines tâches très peu intéressantes. Le maraîchage diversifié, c’est de la main d’œuvre. Je cherche à supprimer les temps morts, les ports de charges répétés", s’ingénie l’ancien ingénieur, jeune papa aussi qui, avec sa compagne, traquent les temps inutiles "pour les réaffecter à des choses productives ou importantes".

Pluie et Covid 19, la double peine

Alors, l’annulation par erreur du marché d’Etel, le 2 mars dernier ou celui d’Auray, le 6, aurait pu permettre de rattraper les mises en culture ? "Pas même ! Les sols sont gorgés d’eau, détrempés. J’ai une serre sur les cinq qui est totalement inondée", plante-t-il d’un décor empli par cet hiver hors-normes côté précipitations. Pour autant, à la ferme du Sach, une partie de l’équipe est encore sur le pont, bouturant, s’activant, préparant tant bien que mal ce qui peut être fait sous abri, mettant la main à la pâte pour faire avancer le nouveau bâtiment qui s’élève à côté de l’ancien. "300 m² sous bardage bois, une belle vitrine, qui va nous permettre de rationaliser le travail, de stoker, avec une cellule froide de 70 m2 et une chaude pour les courges et patates douce, de laver les produits, les expédier pour le marché"…

Indispensable pour de bonnes conditions de travail et ne plus avoir à porter et déplacer inutilement les mêmes produits. L’investissement est là, à rembourser, les salaires et charges à honorer, car aucunes mesures d’aide à la trésorerie, échelonnement des charges ou étagement des dettes, n’ont encore été mises en place pour accompagner cet arrêt sur revenus... "Alors même que nous avons encore de la belle marchandise et que nous réalisons de très beaux marchés", déplorait encore Gildas Menet avant la levée d’interdiction intervenue le jeudi 5 mars, en soirée, trop tardivement pour assurer un marché normal le lendemain matin à Auray (40 % du chiffre d’affaires hebdomadaire de la ferme). Et qu’en absence de ces deux marchés, "nous venons de perdre 75 % de la semaine ", pointe-t-il.

Alors, ce retour à la normale est vécu comme un soulagement. Car les ventes à la ferme, deux fois par semaine et dans deux magasins de producteurs étaient loin de pallier le déficit subi.

 

Restent maintenant deux inquiétudes, de taille. La première est liée à la baisse de fréquentation des marchés avec les restrictions de déplacement et à la baisse d’activité qui en découle sur les communes clusters. Et la deuxième, redoutée plus encore "c’est le trou de la reprise printanière qui va être très accentué, cette saison, par l’impossibilité de mettre en culture, les terres ne sont pas portantes. C’est un peu la double peine".

 

Claire Le Clève

 

 

 

 

*Avec 200 exposants l’hiver, le marché du lundi d’Auray passe à 450 exposants durant la période estivale

 

le maraîchage diversifié, c’est de la main d’œuvre

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