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Comment la filière espère-t-elle se maintenir sans éleveurs ?

Les producteurs de porcs ne voient pas le bout du tunnel. Le redressement des marchés n'est pas là, le fonds porcin annoncé est en panne. Rencontre avec François Valy.

François Valy, président de la section porcine régionale de la FRSEA
François Valy, président de la section porcine régionale de la FRSEA
© Terra

Fin avril, où en sont les éleveurs ?

François Valy. Ils ne vont pas mieux. Les trésoreries continuent de se creuser, un certain nombre d’éleveurs sont contraints d’arrêter leur activité. On estime à 20 % les éleveurs de porcs en situation très critique : c’est-à-dire que la pérennité de leur activité se décidera très rapidement, d’ici quelques semaines, probablement d’ici l’été. Les aides FAC et MSA distribuées sont largement insuffisantes pour couvrir les pertes cumulées depuis 13 ans et que le CER France estime à 15 centimes par kilo de porc en Bretagne. Cela ne compense même pas les pertes subies depuis le début 2016 (15 €/porc en moyenne).Quant au plan porc, on n’a toujours rien vu venir… On ne sait pas ce qu’il en est des 30 millions d'euros annoncés, ni des aides à la modernisation, ni de la "fameuse plateforme" des OP, ni de la démarche de progrès et du cahier des charges, censés nous aider à aller capter la valeur à l’aval… Les éleveurs sont dans une situation d’extrême urgence, ils crèvent à petits feux. Mais que font les autres acteurs de la filière ? Pas grand-chose. À croire qu’ils espèrent maintenir leurs activités sans élevage en France et en Bretagne ! Pourtant, il faut bien être conscient que sans éleveurs, c’est l’ensemble des activités en amont et en aval de la filière qui est voué à disparaître à plus ou moins long terme. Les aides sont une chose. La survie des éleveurs ne se fera que par les prix !

 

La mise en œuvre du fonds porcin a été annoncée au congrès de la FNSEA à Laval. Qu’en est-il concrètement ?

F.V. Encore une fois, des batailles de chapelles, des intérêts personnels et des postures d’entreprises retardent sa mise en place. Alors que tous les acteurs se disent d’accord pour mettre en place un fonds d’urgence de solidarité envers les éleveurs de porcs, les abatteurs - essentiellement Bigard et Cooperl - pinaillent sur la méthodologie à appliquer craignant que les GMS ne fassent, une fois de plus, porter l’effort de solidarité qu’au seul maillon abattage. Mais que chacun prenne ses responsabilités ! La filière porcine est en train de crever de tout ça : manque de confiance, intérêts personnels, guerre de chapelles, egos surdimensionnés… Nous sommes dans une guerre de bassins au niveau européen et toutes ces hésitations ne font qu’accroitre les avantages concurrentiels de nos principaux compétiteurs à l’export. À la FNP et à la FNSEA, nous continuons malgré tout le travail, en élaborant des solutions alternatives pour ramener le maximum de trésorerie chez les éleveurs car c’est maintenant que nous en avons le plus besoin.

 

Qu’en est-il des marchés ?

F.V. Sur le marché intérieur, même si la consommation baisse, la demande est là. Grâce à nos actions syndicales passées et à notre démarche actuelle sur l’origine France, la demande en viande porcine française augmente chez les salaisonniers, dans la restauration collective et dans les GMS. Le consommateur est de plus en plus sensibilisé. Depuis le début 2016, les importations ont diminué de près de 10 %. Sur les marchés export, la Chine est très demandeuse, ce qui permet également de rattraper les retards d'enlèvement de ces derniers mois.

 

Si la demande en produits français augmente, pourquoi le prix au cadran ne décolle-t-il pas ?

F.V. Les abattoirs doivent revaloriser au plus vite le prix payé aux éleveurs, sinon ils risquent de ne plus avoir de porcs pour approvisionner leurs outils. Il faut voir comment va se passer le mois de mai et si la période des barbecues va relancer la dynamique de consommation.

 

Comment envisagez vous l'avenir de la filière ?

F.V. Il faut d’abord passer l’année 2016 en maintenant le plus d’éleveurs en place en Bretagne. L’Espagne continue d’accroitre sa production et les pays du Nord de l’Europe sont moins touchés que la France par la crise. Il faudra résoudre très rapidement le problème des distorsions de concurrence fiscales, sociales, économiques, environnementales et sanitaires. C’est du rôle de l’État. La profession, de son côté, doit également se réformer en profondeur. Les groupements doivent être capables de regrouper réellement l’offre pour faire face aux abattoirs et commercialiser au mieux les porcs des éleveurs bretons. Il faut au plus vite arrêter ce simulacre de contractualisation qu’est la vente en direct aux abattoirs sans fixation au préalable du prix, en lien avec le coût de revient des éleveurs, des quantités et dates de livraison. Enfin, il faut aller vers une simplification des cahiers des charges qui ne sont qu’un moyen pour les abattoirs de se garantir du minerai le moins cher possible.

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