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Comptes prévisionnels de l’agriculture 2012 : une année contrastée

Selon l’Insee, le revenu agricole par actif non salarié, progresserait de 4,3% en 2012. Une évolution qui masque de profondes disparités avec une nette amélioration pour les grandes cultures, mais un recul de l’ordre de 10 % pour les producteurs de lait et de viande bovine.

Après le creux de 2009, le revenu agricole s’inscrirait en hausse en 2012 pour la troisième année consécutive. Le résultat agricole net par actif en termes réels s’accroîtrait de 4,3 % pour s’établir à 36 500 euros mais avec de profondes disparités. Cette année, les volumes des récoltes de céréales ont été abondants, en tout cas meilleurs que celles de 2011 qui avaient été touchées par la sécheresse de printemps. Globalement les rendements se sont améliorés et pour ce qui est de l’orge, la surface s’est nettement accrue à la suite de resemis consécutifs au gel qui a frappé l’Est de la France au printemps. Mais ce sont surtout les prix qui ont dopé les recettes des producteurs. Ainsi selon l’Insee, les prix du blé et du maïs se seraient accrus de 20 %, celui de l’orge de 15 %. Comme pour les céréales, les cours des oléagineux se sont accrus dans un contexte mondial tendu du fait de la baisse des récoltes de soja aux Etats-Unis et d’une demande soutenue, notamment celle de la Chine. Ainsi le prix du colza aurait progressé de 10 % en France et celui du tournesol se serait redressé de 18 %. Baisse également de la récolte de protéagineux consécutive au recul des surfaces et malgré l’amélioration des rendements. Mais les prix ont augmenté de 20 % dans le sillage de ceux du blé et des tourteaux de soja.
Chute également de la production de pommes de terre frappée également par des conditions climatiques défavorables (sécheresse d’août-septembre et fortes pluies en octobre). Mais contrairement à la betterave, les cours se sont littéralement envolés en hausse de 60 %.

Les intrants s’envolent

 

Dans les productions animales, le prix des gros bovins s’est nettement redressé en 2012, tiré par le tassement de l’offre et le dynamisme de la demande des pays tiers, notamment de la Turquie. Les prix des veaux ont continué d’augmenter en raison d’une offre maîtrisée et bien adaptée à la demande, note l’Insee. Pour les ovins, les prix sont restés soutenus pendant l’année 2012, en raison de la faiblesse de l’offre, même si la demande est restée peu dynamique. Quant aux porcs, les prix se sont redressés en 2012, la demande intérieure ayant été soutenue. Alors que l’offre s’est inscrite en recul. L’Insee l’explique par le ralentissement ou la cessation d’activité d’éleveurs de porcs qui n’ont pas voulu procéder à la mise aux normes des bâtiments d’élevage prévue pour le 1er janvier 2013. En volailles, la production s’est repliée légèrement, le recul de la production de poulets observé pour la première fois depuis cinq ans étant compensé par la reprise des abattages de dindes. Mais les prix ne s’accroissent que modérément. Egalement en légère baisse, la production d’œufs qui s’accompagne d’une envolée des prix (+43 %).
C’est finalement la production laitière qui affiche les plus mauvais résultats en 2012. Selon l’Insee, la collecte serait stable en 2012, après avoir affiché un profil en hausse au premier semestre auquel a succédé une baisse au deuxième semestre. Alors que les prix ont décru de 3,5 % en moyenne sous l’effet de la baisse des prix des produits industriels (poudre de lait, beurre…)
Toutes productions confondues, la valeur de la production agricole aurait augmenté de 5 % en 2012 grâce essentiellement à l’amélioration des prix. Mais parallèlement le coût des intrants a nettement progressé. Ainsi celui des aliments pour le bétail du fait de l’envolée des prix des céréales et des oléagineux. Leurs prix s’inscrivent encore en hausse de 6 % après avoir déjà fortement augmenté en 2011. Comme en 2010 et 2011, la facture énergétique continue de s’alourdir (+13,6 %). Idem pour les engrais en hausse de 14,5 % même si les agriculteurs ont réduit leur consommation.

 

Actuagri

Les réactions

Stéphane Le Foll : " Les crédits PAC doivent être rééquilibrés"
Réagissant à la publication des comptes de l’agriculture, le ministre de l’Agriculture a pris acte, le 12 décembre, " de cette évolution et des disparités historiquement marquées entre filières". Selon Stéphane Le Foll, "ces résultats me confortent dans l’idée que la répartition des crédits de la PAC doit être rééquilibrée en faveur des filières d’élevage. Ils soulignent la nécessité de mettre en place des dispositifs de lissage de la volatilité des cours des matières premières". Le communiqué du ministère souligne les bons résultats pour les céréales, oléoprotéagineux, maraîchage, arboriculture, élevage hors-sol et les baisses de revenu pour l’élevage bovin viande et lait, l’élevage ovin et la viticulture.

La FNSEA souligne "les dégâts de la volatilité"
Pour la FNSEA, qui a réagi à la publication des revenus de l’agriculture le 12 décembre, ces données reflètent "les dégâts de la volatilité". La centrale syndicale rappelle qu’en 2009, "le revenu de la ferme “France” enregistrait une baisse supérieure à 30 % ; les revenus chutaient dramatiquement de plus de 40 % en élevage laitier, en arboriculture fruitière et en grandes cultures".  La FNSEA estime que "ces variations extrêmes traduisent la volatilité des prix qui s’est installée dans le paysage agricole depuis 2006, depuis que la PAC ne joue plus son rôle de régulateur et abandonne ses instruments de gestion de marchés, depuis que l’Europe concède à tour de bras dans les négociations internationales".  Le syndicat attend donc "des gouvernants européens qu’ils se fixent comme priorité absolue de réinstaurer des outils de régulation dans la prochaine PAC, comme au niveau mondial conformément aux engagements du G20".  Lors d’une conférence de presse le 13 décembre, le président de la FNSEA constatait que "l’agriculture se révèle être une base stable de développement dans les territoires". Cependant, les statistiques européennes révèlent de grandes performances de revenu dans les pays du nord de l’Europe. "On va regarder les facteurs et conditions de production qui expliquent les performances de ces pays", a-t-il annoncé.

Les élections chambres, occasion d’améliorer les revenus selon les syndicats minoritaires
Si les résultats prévisionnels des comptes de l’agriculture annoncent une légère hausse des revenus des paysans, "ils sont trompeurs car ils masquent une inégalité croissante et insupportable des revenus", dénonce la Confédération paysanne dans un communiqué du 12 décembre. Selon l’organisation professionnelle, "la politique actuelle conduit à l’élimination des actifs agricoles et à l’augmentation du nombre de paysans avec peu ou pas de revenu". C’est pourquoi la Confédération paysanne "propose aux paysans un autre choix, à travers les prochaines élections Chambre", conclut le communiqué. La Coordination rurale dénonce elle aussi "des prévisions optimistes qui ne masquent pas l’inquiétante réalité", dans un communiqué daté du même jour. Le syndicat ne fait pas que regretter le faible revenu des éleveurs, il relativise également les résultats des céréaliers. "Il ne faut pas oublier que les charges d’approvisionnement continuent de s’alourdir avec la continuelle envolée du prix des engrais", indique le communiqué. "Les prochaines élections aux Chambres d’agriculture seront déterminantes pour sanctionner les orientations prises et les échecs des PAC
successives", affirme la Coordination rurale.

Les éleveurs de bovins allaitants en bas de l’échelle des revenus agricoles
"A nouveau au plus bas de l’échelle des revenus en 2012, à 115 000 euros par actif, selon les Comptes de l’Agriculture, soit à peine 40% du résultat moyen agricole, les éleveurs de bovins à viande ne parviennent toujours pas à émerger du marasme", affirme la Fédération nationale bovine (FNB) dans un communiqué de presse du 12 décembre. Les raisons sont connues, entre autres, la hausse des coûts de production et la pression constante de l’aval de la filière sur les prix. La FNB demande que soient "renforcées les mesures de régulation des filières et de gestion des aléas économiques" pour permettre une hausse du prix à la production. En outre, la FNB interpelle le ministre de l’Agriculture pour qu’il propose à Bruxelles "la possibilité d’attribuer une aide différenciée à l’ensemble des surfaces fourragères, en complément au soutien couplé à l’animal".

Le revenu prévisionnel 2012 des éleveurs de porcs  ne doit pas masquer leurs difficultés
"Les prévisions de revenu pour 2012 publiées par la Commission des comptes de l’agriculture de la nation (CCAN) font état, pour les éleveurs de porcs, d’un revenu avant impôt et cotisation sociales en progression de 28% par rapport à 2011", constate la Fédération nationale porcine (FNP), dans un communiqué de presse du 13 décembre. Pour la FNP, s’en réjouir serait inapproprié : " Le revenu prévisionnel 2012 ne doit pas masquer les difficultés des éleveurs de porcs !". En outre, les professionnels de la FNP remettent en cause la hausse des charges de +3% estimée par la CCAN. "Elle paraît bien faible quand le prix de l’aliment est attendu en hausse de 6 à 7% en moyenne sur l’année avec une forte accélération en fin d’année estimée de 25 à 30% par rapport à fin 2011", affirme la FNP. Alors que le ministère de l’Agriculture estimait, le 12 décembre dans un communiqué, que "la conjoncture des prix a été bien orientée, entre autres, pour l’élevage hors-sol (avicole et porcin)", la FNP rappelle que ce même ministère "a mis en place le 30 octobre dernier des groupes de travail pour trouver des solutions aux difficultés de la filière porcine".

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