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Congrès des agricultrices : les pionnières témoignent

Les groupes féminins de développement agricole ont tracé le sillon de l’émancipation des agricultrices. Tous les dix ans, pour scander le temps des avancées, se projeter et débattre, un congrès unique est organisé en France, depuis quarante ans. Il sera de retour le 22 novembre prochain, salle de la Maillette à Locminé (56). Retour sur un passé dont elles ont été les "agri-actrices", fil rouge du prochain congrès.

"Prenez vos affaires en mains, ne laissez à personne d’autre le soin de s’en occuper". Cette maxime les a guidées tout au long de leur vie, y compris professionnelle. Elle les anime toujours, alors que l’automne s’installe doucement sur les hauteurs de Ruffiac et porte sa lumière rasante sur la grande table d’une salle à manger. Autour, elles se sont installées, posant pêle-mêle dossiers, cahiers, carnets, souvenirs. Elles sont là, invitées par Marie-Odile Goudy, qui fut l’une des responsables de la section féminine de l’ex union des GVA en Morbihan, future Res’Agri, avec Lise Le Marrec, animatrice de la chambre d’agriculture. Elles vont raconter ce que furent les grandes étapes de l’émancipation des agricultrices depuis les années 1970. Tout un parcours dont elles ont été les actrices au sein des groupements de vulgarisation agricole. Et tous les dix ans, elles ont organisé un congrès pour dresser l’état des lieux de la situation des agricultrices, échanger et construire les pistes des dix années à venir, une démarche unique en France.

 

L'émancipation et ses combats

"C’était des combats", ne cache pas Monique Danion, des conflits à la mesure de leurs personnalités. "Les hommes avaient du mal à supporter qu’on se prennent en main", raconte avec humour et recul celle qui fut productrice de lait à la Vraie-Croix. Une commune dont elle fut ensuite maire avant de devenir conseillère régionale, élue également de la chambre d’agriculture. "Des combats à chaque fois, oh oui", insiste Marie-Odile Goudy qui jusqu’en 2015 sur ce lieu, fut productrice de lait. "Encore maintenant", assure Laurence Annick, responsable de la commission féminine de Res’agri, en charge du prochain congrès."Nous étions un contre-pouvoir. On était là pour bousculer les choses, les faire avancer", enchaîne Marie-Claire Piel. Durant plus de vingt ans, elle fut animatrice départementale des groupes féminins dans le Morbihan. "J’encadrais dix conseillères, rien que pour les femmes", situe celle qui fut aussi l’artisane de la création du relais médiation puis de sa régionalisation. Aujourd’hui en Morbihan, seuls deux groupes spécifiques féminins subsistent, l’un à Hennebont, l’autre à Questembert et la section féminine avec sa cohorte de groupes et de conseillères a cédé la place à une simple commission féminine au sein de Res’agri, parmi d’autres.

 

Arrivées par le mariage

Reste dans leur esprit une évidence inscrite aussi en lettre d’or : "Il n’y avait pas mieux que des femmes pour s’occuper de leurs besoins spécifiques et une des grandes choses a été de se former, parce que très peu étaient diplômées", se souviennent-elles. "On épousait un agriculteur mais souvent on avait eu un métier avant", racontent-elles, y compris pour les plus jeunes dont Laurence Annick. "Je suis aussi arrivée à l’agriculture par le mariage. Je pataugeais dans ce milieu et une conseillère de la section féminine de l’Union des GVA est venue me voir en tant que jeune mariée. C’était en 96, et j’ai entamé ensuite le BP agricultrice". Le Brevet professionnel, "un sacré acquis", mais pas que. Il y eut aussi la défense du statut EARL afin que la femme soit considérée comme collaboratrice à part entière dans l’exploitation, avec les mêmes avantages que le conjoint (retraite). "Un grand pas" préfigurant la reconnaissance, récente, du Gaec entre époux. Mais pour en arriver là...

 

De sans à cent professions

1977, premier congrès : 600 personnes à Pontivy et un thème central, "l’agriculture, un métier comme un autre". "L’idée était venue parce que sur les papiers, on remplissait "sans profession" malgré tout ce qu’on faisait sur l’exploitation, un métier à multiples facettes ! Ce n’était pas sans profession mais cent professions que nous exercions en une", s’amuse Monique Danion. Un métier varié requérant des compétences. "Mais pour l’équilibre du budget et les cotisations, mieux valait dire qu’on n’existait pas !", se souvient à regret Louise Possémé, membre du bureau de l’UD GVA, responsable du GVA de Malestroit. Le congrès de 1977 met en évidence ces contradictions. "Ça a été le déclencheur. Ensuite pour l’installation et l’obtention de la DJA, on a travaillé sur le 240 heures, une formation qui a fait démarrer les femmes", assure Monique Danion. Les premières pierres d’un cursus adapté aux femmes émergent. Et pour tous les congrès, une même architecture : un travail d’enquêtes quantitatives énorme. "Nous avions les mêmes tous les dix ans, avec de grands thèmes pour évaluer la place des femmes, voir l’évolution, et nous avions toujours l’apport de chercheurs pour se situer, Paloma Lopez de Caballos, Alice Barthez, Véronique Soriano...".

 

"On n'abandonnait jamais"

1987, deuxième congrès : 700 participantes à Vannes et toujours un thème "Ensemble vers l'an 2000". "On avait introduit du théâtre. Ce fut mémorable, on nous demandait partout. La scène permettait de faire passer des choses par l’humour, les relations avec la belle-mère, la formation, le statut, les vacances, la comptabilité...", rappelle Louise Possémé, actrice à ses heures. "C’était nos mots, notre vécu", "une parole vraie", enchaînent-elles, tour à tour. "On identifiait des besoins, on posait nos priorités et ça relançait le travail pour la décennie. À ce congrès là, nous avons rebondi sur le BP agricultrice", se souviennent-elles. Une formation à temps partagé, s’adaptant au travail des femmes sur les exploitations, à l’acquisition des compétences nécessaires en fonction de leur rythme (désormais accessible aussi aux hommes). Et au final, une véritable reconnaissance. "On a travaillé par UC (unité capitalisable, 12 à obtenir pour 20 matières abordées ndlr), c’était novateur, on avait détaillé un référentiel de formation à partir de l’analyse de l’emploi du temps de cent agricultrices. Quel travail !", racontent, en cœur, Monique Danion et Marie-Claire Piel. "On n’abandonnait jamais". Le BP Agricultrice sera reconnu et couronné par un label européen. Plus de 350 femmes l’ont obtenu depuis sa création.

 

Tout un chemin parcouru

1997, troisième congrès "Agricultrices demain" : 800 femmes sur deux jours à Vannes. "C’était l’ouverture européenne, on venait d’accueillir cent agricultrices espagnoles, nous étions allées en Grèce au travers du projet Now", se souviennent-elles. "On travaillait en inter-sectotriel, avec des femmes de marins et d’artisans". Avec l’accompagnement de la sociologue Alice Barthez, ce travail débouchera "sur ce que veut dire être une femme en milieu rural, actrice de notre territoire, ça dépassait le pré-carré de l’agriculture".

2007, nouveau congrès, avec pour thème : "Une femme, un projet professionnel" et les pistes d’accompagnement pour le construire et en assurer la réussite. "De voir tout ce chemin parcouru… Je me souviens que ça a débouché entre autres sur une formation sur la valorisation de son image. J’y ai vu une femme éclore, ça lui a permis de prendre sa vie en main. Ce sont des moyens d’avenir", assure Laurence Annick.

 

Une ouverture unique

Reste "une ouverture unique" pour toutes ces femmes qui disent avoir fait au sein de leurs groupes, "mes universités, j’y ai beaucoup appris", assure Marie-Odile Goudy. "Ça a été mon école des responsabilités", estime Monique Danion. Elle s’est engagée dans la vie politique de sa commune et de son territoire. "Cette volonté ! Nous, paysannes, nous n’étions rien. D’être reconnues à l’extérieur... ce fut un socle pour la suite". Ce qui hier tenait des avancées, s’est aujourd’hui généralisé pour le bien de tous et toutes. La tâche n'est pas achevée. L'exemple du manque de représentativité des femmes dans les instances décisionnelles agricoles le prouve. Il risque d'être criant pour l’élaboration des listes aux prochaines élections chambres d'agriculture, car faute de candidates, il n'y sera pas même question de parité, juste de proportionnalité : au moins une femme pour deux hommes inscrits sur ces listes.

Le défi des agri-actrices

Les membres de la commission féminine le pensent et le revendiquent : nous sommes toutes et tous actrices et acteurs du monde agricole et de nos territoires. Aussi, elles vous mettent au défi !!! Retrouvez sur Facebook le défi #agriactrices2018. Pour participer, c’est simple : tentez de reproduire l'affiche de l’événement, aimez la page de l’événement et identifiez deux personnes qui devront faire de même.

Rendez-vous vite sur le Facebook : Le Rendez-Vous des Agri-Actrices du Morbihan

#agriactrices2018 #Agriculture #22novembre #évènement

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