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Conséquences du Covid-19 : des producteurs  témoignent

Les journalistes de Terra ont recueilli le témoignage d'agricultrices et agriculteurs bretons de différentes filières. À quoi ressemble leur quotidien depuis l'arrivée du Covid-19 ? Comment s'adaptent-ils à cette crise qui pour certains a un impact - en négatif ou en positif - très important sur leur ferme ?  / Terra

Gildas Menet, maraîcher à étel (56) : "Mars 2020 meilleur que 2019"

Contre toute attente, et malgré la perte de mes deux marchés par semaine qui représentaient 75 % de notre chiffre d’affaires, mars 2020 sera meilleur que 2019 !", résume Gildas Menet, seul maraîcher d’Etel, installé à la ferme du Sach avec cinq ETP. "Pourtant, mi-mars, on accusait le coup, avec des mises en culture rendues impossibles sur des sols détrempés, en sachant que cela va se répercuter sur les mois à venir. Le moral était au fond des bottes. Et puis on a déballé chez nous et augmenté les plages horaires de la vente à la ferme. La clientèle nous a suivis. On ne s’y attendait pas. Elle se déplace et est à la recherche de produits alimentaires locaux. C’est une bonne surprise. Cela compense. La demande est telle ! Et puis, on a mieux géré certains produits, on a encore de très beaux poireaux par exemple.On verra, le marché d’Etel devrait rouvrir, pas celui que nous faisions sur Auray. / Claire Le Clève

Yoann Hervé, producteur de porcs, 300 truies ne, à louargat (22) : "C'est une autre gestion"

Cela ne change pas beaucoup par rapport à d'habitude. Ici les cochons partent en temps et en heure, et l'alimentation suit. Par contre, avec ma femme, salariée de l'élevage, nous avons moins de temps car nous avons nos trois enfants à gérer. Selon le travail, ma femme n'est pas là l'après-midi, nous faisons le maximum le matin. Quand nous sommes sur l'élevage (le matin), les enfants sont dans le bureau à faire leurs devoirs. Ça va, ils ne sont pas trop turbulents ! Depuis 2019, le lavage est en prestation de service, l'équivalent d'un mi-temps. Nous faisons attention aux intervenants extérieurs. Je fais plus attention aux distances barrières et je limite les contacts. Les échanges avec les techniciens se font par téléphone, les semences et les produits vétérinaires passent par un sas sanitaire. Le prestataire de lavage, lui, prend une douche et change de vêtements avant d'intervenir. Cela était déjà en place avant le confinement. Du gel hydro-alcoolique est à disposition. Enfin, il restait des travaux à faire avant de grillager autour de l'élevage. Charpentier et toupie béton : tout est à l'arrêt.  / Emmanuelle Le Corre

Gwennan Cheval, horticulteur à plougoumelen (56) : "1,5 million de plants à la trappe"

Il va y avoir de la casse en horticulture. On avait 11 personnes en CDI et tous nos saisonniers. On a mis 22 personnes au chômage. Même si, pour l’après, mon associé Christophe Cadet et moi-même nous échinons à entretenir seuls les 5 ha dont 3,5 sous serres, le cœur n’y est pas. On fait 2 millions de plants à l’année dont 1,5 millions de vivaces vendus à cette époque en jardineries de proximité. Notre part en vente directe, 25 %, augmente régulièrement. Tout s’est arrêté le 15 mars au soir, accueil compris. Les matières premières étaient rentrées. Je ne sais pas comment on va faire pour payer nos charges même s’il y a report, on va mettre combien de temps à s’en remettre ? Alors, je compose des paniers de vivaces que je livre. Ça nous tient, c’est une solution pour faire plaisir, ne pas jeter. C’est une goutte d’eau sur le chiffre d’affaires.  / Claire Le Clève

Françoise Le Bras, productrice de lait et de porcs à plounevez lochrist (29) : "Une place dans le cœur des Français"

Pour le moment nous ne sommes pas très impactés : le lait continue à être collecté, les cochons partent et l’aliment arrive sur nos élevages. Le travail est donc le même que tous les débuts de printemps. Ce qui change, ce sont les rapports entre les femmes et les hommes qui interviennent sur l'exploitation : inséminateur, ramasseur de lait, vétérinaire... La distanciation sociale est respectée, et c’est très troublant. J’en profite pour les remercier, ainsi que tous les salariés de nos entreprises agroalimentaires qui transforment notre lait : dans le moment, ils travaillent beaucoup pour satisfaire la demande des consommateurs en GMS, les marchés RHD, restauration hors domicile, et poudre de lait à export étant à l’arrêt.
De plus loin, on constate que nous avons une place dans le cœur des Français. Nous sommes là pour les nourrir avant tout ! Les polémiques de glyphosate et autres coqs qui chantent sont un peu lointaines... Reviendrait-on aux fondamentaux ?

Patrick Hamon, producteur d'œufs (22) : "Notre vide sanitaire va augmenter"

Sas sanitaire, désinfection des pieds, tenue par bâtiment, circuit d'entrée... Nous appliquions déjà des mesures de biosécurité dans l'élevage avant la pandémie. Ce qui change : quand nos deux salariés arrivent, ils se lavent les mains, appliquent du gel hydroalcoolique, mettent des masques, les poignées de portes sont désinfectées et nous nous tenons à un bon mètre les uns des autres. Ce n'est pas trop difficile. Quant au transporteur, quand il charge les œufs, il est habillé de surbottes, d'un masque et nous désinfections les fourches du Fenwick. Il y a toujours eu des départs d'œufs (excepté quand le Covid-19 est arrivé). Nous avons en tout 126 000 poules, 80 600 produisent des œufs de code 3, 33 000 de code 1 et 12 000 de code 0. Mais vu que la filière ovoproduits est bouchée, les 80 000 poules de 72 semaines d'âge qui à la fin du mois devaient produire pour la casserie, seront abattues. Au lieu de 3 semaines normalement de vide sanitaire, le vide va durer 2 mois et demi. Même si nous sommes indemnisés, cela ne couvrira pas tout.  / Emmanuelle Le Corre

Josette Boutouiller, productrice de légumes à plougoulm (29) : "L’ambiance a changé"

Les enfants sont à la maison et ça me rassure. J’ai l’impression de les avoir repris dans mon nid, en sécurité. Il y a plus de monde autour de la table. Les courses c'est devenu du 100 % drive : on a peur d'être malade. Au travail, les barrières de sécurité nous sont déjà assez familières car elles nous sont demandées dans le cadre des certifications d'hygiène et de qualité des produits (gants, gel...). L'application est juste plus drastique en ce moment. Et elles nous ralentissent : il faut remplir les attestations de déplacement, se laver les mains souvent, désinfecter… Et le matin, on ne se serre plus la main. Ce geste est remplacé par un sourire bienveillant et une question qui n'est plus si banale aujourd'hui : "ça va ?"
En coopérative, le commerce n'est pas brillant : les légumes de printemps, tant attendus d'habitude, sont boudés… L'ambiance a changé lorsque l'on va livrer en station : on parle moins de notre activité et plus de notre vie personnelle et de notre moral. Surtout entre femmes !  / Chantal Pape

Anthony Taoc, aviculteur à dinéault (29) : "Du retard dans l’enlèvement des dindes"

Heureusement que mon salarié continue à travailler ! Avec 6 100 m² de poulailler, 70 ha de SAU et tous les travaux des champs à faire, le boulot ne manque pas. Le confinement n’a pas changé grand-chose à notre quotidien : nous avions déjà le réflexe de nous laver régulièrement les mains, de nous changer en passant d’un poulailler à l’autre. Le problème se pose quand une équipe intervient. La semaine dernière, pour vacciner les jeunes dindes, les 12 personnes sont venues en deux mini-bus, pour respecter les distances. Et étaient équipées de masques. Par contre, la gestion économique de l’élevage devient plus compliquée, avec du retard dans le courrier, les virements… J’attends un chéquier depuis 10 jours !
La dinde étant principalement destinée à la RHD, les enlèvements se gèrent au jour le jour. Pour le moment, on n’a qu’une semaine de retard pour les mâles, ce qui est encore gérable. Mais il ne faudrait pas que ça aille au-delà, sinon l’indice de consommation se dégradera à grande vitesse !  / Chantal Pape

Yannick Frain, éleveur ovin à roz sur couesnon (35) et président de l'aop prés-salés : "On n'a pas pu faire les ventes de Pâques"

En temps normal, mes débouchés sont la vente directe, la restauration et les boucheries. Je suis donc directement impacté sur la partie restauration et en vente directe, beaucoup de mes clients profitaient de faire du tourisme au Mont Saint Michel et ont donc annulé les caissettes. Chez les bouchers, il y a deux attitudes. Certains ont continué à me faire confiance quand d'autres sont allés chercher de l'agneau hors filière AOP, vendus au prix de production. En tant que responsable de filière, je suis très inquiet car on n'a pas pu faire les ventes de Pâques. Ces agneaux restés en bergerie vont peser, d'autant que les instances nationales n'ont pas pu geler les imports. Par ailleurs, depuis l'affaire du Rainbow Warrior, la France a fait un deal en supprimant les droits de douane pour les agneaux venus de Nouvelle Zélande. Après 35 ans, il est temps que ça s'arrête et cette taxe pourrait même revenir aux producteurs pour contribuer à garder des éleveurs de moutons sur nos territoires.  / Arnaud Marlet

Gwénolée Gouëset, présidente de l'association de vente directe le clic des champs à betton (35) : "Deux fois plus de clients"

Notre association créée en 2013 regroupe des producteurs bio et des consommateurs. Le principe c'est que les consommateurs remplissent leur panier avec les produits qu'ils souhaitent avant le lundi soir. Nous nous organisons pour faire les paniers et ils peuvent ensuite les retirer sur le dépôt de leur choix, le jeudi aux horaires de retrait. En temps normal, nous avons entre 150 et 200 paniers chaque semaine. Dès le début du confinement, nous avons multiplié par deux le nombre de clients, ce qui nous a demandé certaines adaptations, notamment au niveau logistique. À la fois pour faire face à la demande et pour être solidaire avec nos collègues, nous avons aussi intégré de nouveaux producteurs temporairement, avec des conditions plus allégées que d'habitude.  / Arnaud Marlet

 

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