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Constructions du futur en élevage : le bâtiment, épicentre des enjeux

Jeudi 13 décembre 2012, une centaine de conseillers, d’enseignants et de chercheurs se sont retrouvés à Paris sur le thème des bâtiments d’élevage d’avenir. La journée était organisée par le RMT Bâtiments d’élevage du futur. Le bien-être de l’éleveur et de ses animaux, la prise en compte du travail et de l’économie dans les projets, ainsi que l’acceptation sociétale de ces derniers, sont apparus comme des thèmes essentiels.

Le bâtiment d’élevage doit être conçu pour les animaux, mais aussi pour les hommes. Daniel Grémillet, éleveur vosgien et président de la commission élevage de l’APCA, a insisté sur ce point en introduisant la journée. "Aujourd’hui, le bâtiment d’élevage doit contribuer à l’efficacité et la sécurité du travail. Il doit permettre aux éleveurs de se sentir bien dans leur élevage, mais aussi donner envie aux jeunes de rejoindre nos professions". L’arrivée des nouvelles technologies peut rendre les métiers plus attractifs et moins pénibles. Il arrive parfois aussi que des robots pallient l’absence de main-d’œuvre disponible sur l’exploitation. La nécessaire modernisation d’un parc bâtiment vieillissant sera l’opportunité pour intégrer ces nouveaux enjeux.
"Les conditions de travail doivent être prises en compte dès la conception du bâtiment. Sinon, le risque est grand de subir son bâtiment", a insisté Caroline Depoudent, des chambres d’agriculture de Bretagne. "Dès le début du projet, il faut réfléchir aux tâches qui seront réalisées, et comment elles le seront. Si le lait doit être amené aux veaux tous les jours, est-il nécessaire de porter des pots ? Un simple lactoduc peut épargner quotidiennement quelques ports de charge".
Le bâtiment doit également rester évolutif afin de pouvoir anticiper les aménagements futurs. Si l’élevage s’agrandit, où seront positionnées les nouvelles constructions pour loger les animaux ainsi que les locaux annexes (box de contention, ouvrages de stockage) ? La prise en compte des circuits des animaux, des hommes et des camions sera également réfléchie pour des gains de temps mais également des enjeux de biosécurité.
Améliorer ses conditions de travail, c’est aussi prendre en compte le comportement des animaux. Des couloirs droits, avec une luminosité homogène, et des rangements hors de portées des animaux facilitent ainsi les déplacements des truies et des porcelets.
Au-delà des aspects réglementaires, le bâtiment doit répondre au bien-être des animaux. Luc Mirabito, de l’Institut de l’Elevage, a présenté les principes validés récemment par l’OIE.


Des passages d’homme

 

Le bâtiment doit éviter les douleurs et blessures pour les animaux, et permettre à l’éleveur de détecter les problèmes de santé. Avec le développement des robots, des DAC, cette détection évolue. L’éleveur ne surveille plus des animaux bloqués au réfectoire ou en salle de traite, mais un groupe en mouvement occupant des positions variées. Le bâtiment doit donc s’adapter pour simplifier les observations. Ainsi les passages d’homme facilitent l’entrée dans les cases, et l’observation de proximité. Des plates-formes surélevées peuvent aussi être envisagées. Dans certains élevages, l’installation d’un bureau en hauteur, équipé de fenêtres, offre un poste d’observation confortable.

Les types de sol contribuent aussi au bien-être des animaux. Ainsi, des sols bétonnées et chauffés en poulailler ne contribueraient-ils pas à réduire les risques de pododermatites ? Des revêtements souples, type caoutchouc, pourraient également être envisagés pour réduire les boiteries. Cependant, ceux-ci doivent résister aux effets du temps, et ne pas compliquer la gestion des déjections.

Renforcer la biosécurité

 

Le bâtiment et son ambiance doivent aussi contribuer à la santé des animaux. Joop Lensink, de l’ISA de Lille, a insisté sur les besoins différents des veaux et des vaches laitières en terme de logement. Attribuer aux jeunes animaux des locaux spécialisés permet de mieux répondre à leurs exigences de confort thermiques. L’enseignant a également insisté sur le renforcement de la biosécurité, notamment dans les élevages de ruminants, peu prise en compte à ce jour. La fourniture de vêtements jetables aux visiteurs et intervenants, et l’utilisation d’un pédiluve à l’entrée des bâtiments, sont quelques exemples de pratiques possibles.
Comment intégrer ces multiples enjeux avec leurs contraintes spécifiques et la nécessité de dégager de la rentabilité dans les futurs projets bâtiments? Pour répondre à cette question, la filière avicole envisage des bâtiments de grande taille. Dylan Chevalier, de la chambre d’agriculture des Pays de la Loire, a ainsi présenté un projet de trois bâtiments d’une surface totale de 5 500m². L’ensemble, très équipé, combine de nombreux équipements. Un rotoluve et un sas sanitaire renforcent la biosécurité, tandis que des pesons, une pailleuse et des systèmes de relevage électrique facilitent le travail. Un récupérateur de chaleur et une isolation renforcée contribuent à limiter la consommation d’énergie. Le surcoût est élevé : +77 % par rapport à un bâtiment "classique" de la même dimension. Les recettes de vente de compost, les économies d’énergie, de temps et la maîtrise des dépenses de santé devraient cependant les compenser, et améliorer le revenu par UTH et par an de 30 %.

Tradition et neutralité


L’insertion paysagère est également une attente forte. Dans une rétrospective sur l’histoire des bâtiments d’élevage, Hervé Cividino, a illustré les allers-retours récents entre modernité et tradition. Si certains élevages style "Bauhaus" affichaient fièrement le béton et le métal dans les années 20, la tradition et la neutralité sont aujourd’hui plus recherchés. Christian Delhomenie, de la Sica Habitat Rural du Poitou, a présenté Innoval, un bipente avec une toiture inversée. D’après l’architecte, l’absence de toit visible contribue à l’insertion paysagère du bâtiment tout en facilitant la ventilation du logement.
Aujourd’hui et sans doute encore plus demain, l’élevage devra séduire pour exister. Comme l’a rappelé Jean-Louis Peyraud, de l’Inra, les habitants du milieu rural n’ont plus nécessairement des racines agricoles. Ils connaissent souvent mal les modes d’élevage. Pour que les projets d’extension ou d’installation ne suscitent pas de conflits, il importe de développer des bâtiments performants avec peu d’impact environnemental. Toutefois, des arguments purement techniques sont insuffisants, car ils ne sont pas toujours compréhensibles par le néophyte ou ne répondent pas aux questions qu’il se pose. Il est donc indispensable d’ouvrir et de maintenir le dialogue au niveau local.

Le RMT Bâtiments d’élevage du futur est un réseau fédérant des organismes impliqués sur le sujet. Il organise des actions de recherche et d’information pour les conseillers, les chercheurs et les enseignants.
L’ensemble des présentations réalisées lors de cette journée sont téléchargeables sur le site du RMT : http://www.rmt-batiments.org.
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