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Coronavirus : l'incertitude domine

L'économie est en alerte dans une situation totalement évolutive. La paralysie de la Chine par l'épidémie de coronavirus a mis la pression sur les entreprises françaises, dont le secteur de l'agroalimentaire. Mais le virus commence à circuler en Europe et maintenant en France. L'organisation internationale de coopération et de développement économiques (OCDE) a déjà revu ses prévisions de croissance à la baisse. Reste encore à connaître le futur scénario.

Des conteneurs et porte-conteneurs retenus dans des ports chinois. La situation semblerait se débloquer.
© Frauke Feind

L'épidémie de coronavirus en Chine a bloqué les ports chinois le mois dernier, conséquence des consignes de confinemenent mises en place pour lutter contre la propagation du virus ce qui a immédiatement perturbé les secteurs à l'autre bout du monde, dont la filière agroalimentaire française.

Dans les ports chinois au ralenti - douaniers, dockers, transporteurs absents... - les conteneurs et porte-conteneurs se sont retrouvés bloqués faute de pouvoir décharger leur marchandise et regagner l'Europe. À la mi-février, c'était en tout plus de 350 000 conteneurs qui n’avaient pas été convoyés depuis le début de l’épidémie du Covid-19 (Figaro du 13 février).

À l'issue du Salon de l'agriculture, clôturé plus tôt en raison de l'interdiction des rassemblements de plus de 5 000 personnes appliquée le week-end dernier, les acteurs des filières lait et porc semblaient à ce stade plutôt sereins sur la reprise des échanges avec la Chine, il faut dire qu'en 2020, la Chine devait absorber 200 000 tonnes de porc français, le double de 2018, jusqu'à cet énorme grain de sable dans les rouages. "C'est un demi mois de marchandises bloquées, quinze jours de production en stock" chez les abatteurs, indiquait Guillaume Roué, président d'Inaporc, l'interprofession porcine.

C'est l'ensemble de l'économie mondiale qui est impactée.

Mais selon lui, la situation en Chine s'améliore. "Les ports se débloquent, les conteneurs vont revenir", assure-t-il. "De mon point de vue, cela va s'arranger en porc". Le fait est qu'avec la peste porcine africaine qui frappe ses élevages, la Chine accumule "un déficit de 35 millions de tonnes de viande de porc, alors que 5 millions de tonnes sont disponibles dans le monde", estime Guillaume Roué.

En attendant, les abattoirs congèlent le surplus de viande, une situation qui reste envisageable dans la limite des capacités de stockage et de congélation. Quant au prix du porc sur les places européennes, il s'inscrit toujours dans une tendance haussière car le marché de l'offre est inférieur à la demande. Au MPB, le prix a repris 3,5 centimes la semaine dernière à 1,533 €/kg mais ne parvient toujours pas à combler son décalage avec l'Espagne et l'Allemagne.

Quant à Thierry Roquefeuil, président de la FNPL (producteurs laitiers), "en ce début d’année, tous les voyants sont au vert, la valorisation beurre-poudre augmente tous les mois", exprimait-il lors du salon à Paris. Mais les producteurs laitiers faisaient part de leur "inquiétude" face aux possibles effets de l’épidémie de coronavirus sur le marché mondial – et donc sur la valorisation du beurre et de la poudre. "Pour le moment, nous n’en savons rien. Mais ce qui nous inquiète, c’est que le commissaire européen à l’Agriculture en sait encore moins que nous !", s’est-il exclamé, après avoir rencontré Janusz Wojciechowski.

 

Coronavirus

 

Après la Chine, l'Europe et la France...

Or après l'engorgement en Chine, la congestion atteint le reste du monde, la France et plus près, la Bretagne. Déjà, en début de semaine, l'épidémie a pris un cran de plus. Mercredi 4 mars, on comptait 23 cas de coronavirus en Bretagne dont 16 dans le Morbihan. Dans ce département où a émergé un foyer de cas, appelé "cluster", après l'Oise et la Haute-Savoie, les rassemblements - marchés, foires, réunions... - sont suspendus pour 14 jours par arrêté préfectoral. Lundi dernier, sur France 2, Bruno Le Maire, ministre de l'Économie et des Finances, a évoqué un impact de l'épidémie du coronavirus sur la croissance de l'économie française qui serait "beaucoup plus significatif" que ce qu'il prévoyait jusqu'à présent, à savoir 0,1 point. "Maintenant que l'épidémie touche beaucoup plus de pays, notamment la France et d'autres pays européens, l'impact du coronavirus sur la croissance française sera beaucoup plus significatif (...) mais je ne veux pas avancer de chiffre précis", a-t-il indiqué.
Quel sera l'impact du Covid-19 et sa durée sur le quotidien des citoyens et sur l'activité des entreprises bretonnes ? Quelle réponse des pouvoirs publics en matière de soutien financier ? Impossible à ce stade (du bouclage) de faire un pronostic.

 

Le marché laitier face à l'épidémie

Benoît Rouyer, économiste au Cniel, revient sur la conjoncture du mois de février et prévient d'un impact logistique, puis financier, du coronavirus sur la filière laitière.

"Les évolutions de prix sur les marchés des produits laitiers industriels sont relativement modérés depuis quelques semaines. La tendance à la hausse sur les marchés des poudres de lait s'est interrompue à la suite de la crise sanitaire du coronavirus qui perturbe les flux logistiques à destination et à l'intérieur de la Chine", explique Benoît Rouyer, économiste au Cniel (interprofession laitière).
À noter que la production laitière s'avère peu dynamique au sein des principaux bassins exportateurs mondiaux. En 2019, elle a progressée de 0,5 % pour l'Union européenne, de 0,3 % aux États-Unis et subit un recul de 0,7 % en Nouvelle-Zélande. En France, les chiffres de l'an passé montre une légère baisse de 0,2 % de la collecte. Dans le même temps, les prix à la consommation restent stables avec des variations de 1 à 2 % suivant les produits laitiers. FranceAgrimer indique que le prix standard en lait de vache conventionnelle atteint en moyenne pour 2019 le chiffre de 335 euros/1 000 l, soit 12 euros de plus que le prix moyen de 2018.
Ainsi, le marché des produits laitiers présente depuis plusieurs mois un équilibre tendu entre une offre relativement limité et une demande internationale soutenue. L'économiste estime que "cette situation favorable à une tendance haussière des prix est actuellement un peu perturbée par l'épidémie de coronavirus qui sévit en Chine, le principal pays importateur mondial de produits laitiers". Il ajoute : "Les mesures prises pour enrayer la propagation du virus freinent la consommation et la distribution de produits laitiers en Chine. Les perspectives internationales des produits laitiers dans les mois à venir dépendent, pour partie, du temps qui sera nécessaire au marché chinois pour retrouver un fonctionnement normal".  / Propos recueillis par Hélène Bonneau

 

L'OCDE abaisse sa prévision de croissance mondiale

Dans un rapport publié ce lundi, l’OCDE indique que c'est l'ensemble de l'économie mondiale qui est impactée et revoit ses prévisions de croissance pour 2020 à la baisse. Deux scénarios principaux sont envisageables : le premier considère que le pic de l’épidémie a déjà été atteint en Chine et que sa diffusion dans le reste du monde sera relativement contenue dans les semaines à venir. Dans ces circonstances, la croissance mondiale est revue à 2,4 % au lieu des 2,9 % envisagés en novembre dernier. Dans le scénario plus alarmiste, si le Covid-19 s'étendait en Asie, en Europe et en Amérique du Nord, la croissance mondiale pourrait tomber à 1,5 % en 2020, avise l'OCDE, qui exhorte les gouvernements à prendre rapidement les mesures nécessaires afin d'endiguer la propagation du virus.

 

 

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