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Coronavirus : une demande de mesures fortes envers les filières viande

Fermeture des restaurants, chamboulement des modes de consommation... des filières de l'élevage se trouvent impactées par les conséquences de la crise sanitaire. Les ministres de l’Agriculture français et allemands ont sollicité Bruxelles le 8 avril, à adopter rapidement des mesures de gestion des marchés et notamment l’ouverture du stockage privé dans les secteurs en crise. La viande bovine et l'aviculture sont de prime malmenées.

Alors que les voyants sont au vert avec un transfert de consommation vers le bœuf français, que la consommation est particulièrement dynamique en GMS sur les produits de boucherie frais, viandes hachées, rayon surgeléles... la Fédération nationale bovine dénonce des baisses de prix.

En période de crise du Covid-19, des coopératives se mobilisent pour engager les consommateurs à adopter les bons gestes envers les agriculteurs : "privilégier les produits français, diversifier les achats de volailles... ou encore savourer comme au restaurant, les meilleures découpes de bœuf...", appelle Terrena dans un communiqué en soutien des agriculteurs touchés par les conséquences de la crise. De son côté, une campagne de communication vient d'être lancée par Interbev pour promouvoir la viande de veau, particulièrement touchée. En effet, parmi les secteurs de la viande, certains sont plus affectés par le confinement et la fermeture des restaurants. Les demandes d'aides des organisations professionnelles se multiplient auprès des pouvoirs publics afin d'intervenir en soutien des filières en difficulté, notamment la viande bovine et l'aviculture.

La FNB demande la fixation d'un prix minimum
En viande bovine, la situation est paradoxale. Alors que les voyants sont au vert "avec un transfert de consommation vers le bœuf français", que la consommation est particulièrement dynamique en GMS sur les produits de boucherie frais, viandes hachées, rayon surgeléles... la FNB dénonce des baisses de prix. Après la forte hausse des abattages de la semaine 12 et la baisse en semaine 13, la tendance est à la reprise en semaine 14 puis sur les premiers jours de la semaine 15. "Pourtant des pressions inacceptables à la baisse des prix aux éleveurs remontent du terrain, en JB particulièrement". Pour Véronique Grot, administratrice à la FNB et productrice de viande bovine dans les Côtes d'Armor : "Il n'y a pas de raison que le prix baisse, il manque déjà un euro du kilo suite aux EGA, la filière ne peut pas se permettre une baisse".

Pour Véronique Grot
Pour Véronique Grot, administratrice à la FNB et productrice de viande bovine dans les Côtes d'Armor : ​​​​​​​"il n'y a pas de raison que le prix baisse, la filière ne peut pas se permettre une baisse".  

Interrogé par Agra Presse, le président de la FNB Bruno Dufayet indique : "Il n’y a aucune explication recevable, aucune règle économique qui explique ça, seulement la volonté des acteurs". Dans une lettre ouverte au ministre de l’Agriculture le 29 mars, il demande au gouvernement d’instaurer "un prix minimum payé aux éleveurs à hauteur de notre coût de production". Une mesure que le syndicat souhaite voir appliquée jusqu’à la fin de l’urgence sanitaire, pendant laquelle "il est possible de déroger aux règles européennes".
Autre filière, autre impact : la filière veau de boucherie rencontre elle des problèmes de débouchés. "Les veaux depuis la mi mars restent en élevage et s'alourdissent. On cherche des solutions, c'est une grosse inquiétude", alerte Véronique Grot. "Or, on ne voit pas de volonté des GMS de mise en avant de nos productions. Ils disent partout aider les producteurs français mais derrière il n'y a aucune répercussion aux éleveurs", estime-t-elle.

 

On ne voit pas de volonté des GMS de mise en avant de nos productions

 

Les organisations agricoles montent au créneau
Parallèlement, à l'échelle européenne, les organisations et coopératives agricoles de l'UE (Copa-Cogeca) ont demandé (le 6 avril) à la Commission européenne, de prendre des mesures urgentes pour le secteur de l’élevage et de les financer en dehors du budget de la PAC. Pour le secteur du bœuf, est demandé une gestion plus ciblée des contingents d'importation tarifaires, ainsi qu'une aide au stockage privé pour les découpes de grande valeur et la viande de veau. De même, chez les aviculteurs cette fois, des aides spécifiques pour les éleveurs sont requises. La secrétaire générale de la Confédération française de l'aviculture (CFA/FNSEA) évoque des "chutes de consommation de 50 à 70 % selon les filières" (poulets pour la RHD, canards gras et maigres, pintades, poulets de Bresse...) avec "allongements de vide sanitaire, arrêts d’activité, abattages anticipés, voire destructions de cheptel". (lire aussi en page 8)

Un renforcement des GMS
La situation de confinement fait la part belle à la grande distribution qui voit son poids renforcé. La faiblesse du prix payé aux producteurs de viande bovine ou encore la baisse du prix au marché du porc breton en période de Covid-19, pour certains observateurs, ne font que confirmer les dysfonctionnements. À quand la valorisation des productions nationales et locales, moteurs des EGA à l'origine ? Beaucoup espèrent que la crise sanitaire repositionne les agriculteurs français, en l'occurrence les éleveurs, au cœur des priorités. "Après la crise sanitaire, on aimerait bien que les gens n'oublient pas trop vite, la qualité et la quantité. Si l'on devait ne dépendre que des importations, ce serait l'inquiétude. C'est une force qui enlève une angoisse", conclut un interlocuteur d'une autre filière.

 

 

Les bouchers, aussi, s’adaptent à la demande !

"Il est encore trop tôt pour connaître précisément l’impact du Covid-19 sur le label rouge limousin Blason prestige", affirme Claire Audic, animatrice du GIE Proralim. Du côté des abattoirs agréés, les avis sont partagés. "La viande label rouge s’écoule en majorité dans les boucheries qui, pour la plupart poursuivent leur activité. Mais aussi dans le rayon traditionnel des GMS, que certaines ont choisi de fermer". Néanmoins, les volumes semblent se maintenir. "Mais il est difficile de comparer par rapport à l’an passé, où Pâques était plus tard", nuance Claire Audic.
Pour continuer à travailler, les boucheries traditionnelles ont su s’adapter à la demande de leurs clients. "Certaines ont modifié leurs horaires, pour éviter d’avoir trop de monde en même temps dans la boutique. D’autres ferment l’après-midi, pour assurer les livraisons à domicile". Le rayon traiteur connaissant une nette diminution de son activité, le temps libéré a permis aux bouchers de proposer des commandes via Internet ou Facebook, des colis de viande, de mettre en place un drive… Et ils sont nombreux à voir arriver une nouvelle clientèle de proximité, qui a peur de se rendre en grande surface. "Avec un panier moyen assez élevé, pour éviter de multiplier les déplacements". Reste à savoir si ces clients, séduits par la qualité et le service proposé, garderont ces nouvelles habitudes de consommation, une fois le confinement levé.
"Sur la côte, les vacanciers ne seront pas là, rajoute Claire Audic. Et le pic de Pâques sera plus lissé".  / Chantal Pape

 

"Une juste rémunération du travail" pour la Conf'

La Confédération paysanne revendique aussi "une répartition des marges plus équitable" : "Plus une vente ne doit se faire en dessous nos coûts de production", insiste-t-elle. "Notre travail est aujourd’hui reconnu d’utilité publique", avance-t-elle, s’appuyant sur le discours gouvernemental qui considère l’alimentation comme une priorité. "Il doit donc être valorisé comme tel et nous exigeons des pouvoirs publics des mesures fortes pour permettre en ces temps inédits une juste rémunération de notre travail". Le syndicat demande par ailleurs que les mises en avant de produits français "se multiplient" et s’élargissent aux produits sous signe de qualité. / Agra

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