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Coupe budgétaire : entre colère et incompréhension

Dans le cadre des discussions du projet de loi de Finances 2020, le Gouvernement annonce vouloir réduire de 15 % la taxe additionnelle à la taxe sur le foncier non bâti (TATFNB) qui assure le financement des chambres d'agriculture. Nous avons sollicité à ce sujet Claude Cochonneau, président de l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture (APCA) et président de la chambre d'agriculture des Pays-de-la-Loire. Sa réaction est entre colère et incompréhension. 

Claude Cochonneau, président de l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture
Claude Cochonneau, président de l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture
© Terra

Comment réagissez-vous à cette annonce ?
Claude Cochonneau. C’est totalement absurde ! Il s’agit juste de baisser une enveloppe qui ne fait que transiter par les finances publiques. Toutefois, pour les chambres d'agriculture, cette taxe additionnelle rapporte actuellement 292 millions d'euros soit un peu moins de la moitié de leur budget. Le manque à gagner s'élèverait à environ 45 millions d'euros par an. S'en priver, c'est jouer avec la capacité des chambres à répondre aux agriculteurs. Quelles sont les priorités que l’État et le ministère de tutelle veulent assigner à l’établissement public qui lui est rattaché ? Le Gouvernement appelle vigoureusement les agriculteurs à prendre le virage de la transition vers plus de durabilité et en même temps, il supprime les moyens qui permettent d’accompagner massivement ce mouvement… En Pays-de-la-Loire par exemple, c'est l'équivalent d'une chambre qui pourrait sauter ! Les conséquences seront sensiblement identiques dans les autres régions.

Cette réduction exprime toutefois une volonté de diminuer la pression fiscale
sur les exploitations agricoles. N'est-ce pas une décision en phase avec vos attentes d'agriculteur et d'élu professionnel, qui portez par ailleurs aussi ces demandes d'abaissement de charges pour les agriculteurs ?
C.C. Cette charge représente en réalité selon la Cour des comptes moins de 0,52 % des charges globales d’une exploitation agricole. Cela se traduit donc par une économie invisible pour les exploitations, quelques dizaines d’euros par an... À l'inverse, les conséquences pourraient être lourdes sur les exploitations. Ce sont des activités de conseil notamment de groupes, conseil qu’ils devront aller chercher ailleurs et payer plus cher que l'économie de la taxe. C’est une fausse bonne idée et surtout une fausse économie ! J'insiste sur cette remise en cause de la mutualisation du conseil pour faire évoluer les exploitations. Cela va être la transition, mais la transition pour les riches...

Quels sont justement les enjeux et chantiers engagés par les chambres actuellement ?
C.C. Dans le droit fil du contrat d'objectifs annoncé par le Premier ministre en septembre dernier, notre ambition est de proposer à tous les agriculteurs de les accompagner dans cette phase de transition. Nous avons annoncé notre intention de visiter, sous trois ans, toutes les exploitations de France pour établir des diagnostics et des préconisations de changement (si besoin). Si on arrête la recherche et développement au moment où on en attend autant de l'agriculture, c'est quand même compliqué. Nous avons également, avec les collectivités territoriales, prévu des plans d’accompagnement des transitions agricoles locales, sous deux ans. Et nous travaillons aussi à faciliter la transmission des fermes, alors que la moitié des agriculteurs vont partir à la retraite dans les dix ans. Ce sont des points cruciaux et stratégiques.

Comment comptez-vous convaincre les décideurs politiques du non-sens de cette coupe budgétaire ?
C.C. Nous avons déjà rencontré le Premier Ministre pour lui dire notre colère et notre intention de nous battre dans les six  prochains mois pour s’opposer à cette décision. Nous mobilisons et allons continuer à mobiliser les députés, les syndicats agricoles et les syndicats de salariés, les maires, les élus locaux. Pour l’heure, il n'est pas question de refuser de signer le contrat d'objectifs avec l’État. Mais dans ces conditions, il va de soi qu'il va être difficile de discuter d’enjeux et d’objectifs de transition sans savoir quels moyens seront alloués...

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