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Croisement laitier : faire les bons assemblages

Réuni début avril, le groupe lait féminin du sud Ille-et-Vilaine a réalisé, avec la chambre d’Agriculture de Bretagne, une journée de formation découverte du croisement en races laitières. Cette technique encore peu pratiquée en France, suscite de l’intérêt et des questionnements chez les éleveurs. Comme en témoigne le Gaec des trois fontaines, il est important de bien définir ses objectifs d’élevage et faire les bons assemblages pour en voir le bénéfice.

Dans le groupe, certaines agricultrices pratiquent déjà le croisement, comme Aude en Montbéliard sur Prim’Hostein ou Hélène en Normande sur Prim’Hostein ainsi qu’en Jersiaise. D’autres sont en race pure et souhaitaient découvrir ce qui était pratiqué sur le terrain.

Au cours de la matinée, Stéphane Boulent, conseiller en agriculture biologique et expert sur le croisement lait 3 voies, a présenté les références et différentes méthodes de croisement pratiquées en France et à l’étranger. Puis, il a rappelé les notions d’effet hétérosis recherché en croisement.

En France, seulement 5 % des élevages pratiquent le croisement de races, alors qu’en Nouvelle-Zélande ce sont 50 % des élevages (vaches kiwi) et 10 % aux États-Unis avec la méthode pro-cross.

Différentes raisons peuvent amener à faire du croisement : améliorer les critères fonctionnels comme la reproduction, la solidité des aplombs, la santé de la mamelle, changer de troupeau, ou encore rechercher les atouts de différentes races. Quelle que soit la raison, Stéphane Boulent insiste sur les questions à se poser : Quelle vache je veux chez moi ? Quel est l’animal le plus adapté à mon système de production ? Quels sont les critères génétiques que je veux améliorer ? Ces questions paraissent évidentes mais sont primordiales pour éviter de partir dans tous les sens. Il n’y a pas de races à préférer : tout dépend de ce que l’on souhaite et des objectifs que l'on se fixe. L’idéal dans le croisement est de choisir des races qui sont suffisamment éloignées génétiquement pour obtenir des résultats intéressants. Cela demande de bien connaître les spécificités des races choisies, et d’accepter ses atouts mais aussi ses défauts ! Avec la Jersiaise, on va améliorer les taux, mais perdre en production de lait et rencontrer des difficultés sur la commercialisation des veaux mâles. L’ensemble des critères est donc à intégrer dans sa stratégie de croisement.

Il faut également accepter d’avoir une certaine hétérogénéité dans les gabarits. "Dix ans sont nécessaires pour trouver un équilibre dans le troupeau et une certaine homogénéité", souligne Stéphane. Cette technique requiert une prise en main du plan d’accouplement et un suivi tout particulier des animaux. "Quand on fait du croisement, il faut oublier tout de suite la couleur. Très rapidement, on ne sait plus avec quelle race l’animal a été croisé". Certains éleveurs utilisent des boucles de couleur ou ajoutent des indications dans le nom de l’animal (par exemple un "s" ou "PH" en fin de nom).

Faut-il travailler avec 2 races, 3 races... ?

L’environnement a un fort impact sur les performances de l’animal. Il faut regarder dans son élevage les améliorations permettant aux animaux d’exprimer au mieux leur génétique, avant d’aller vers la solution de croisement. "La génétique ne fait pas tout, le confort, l’alimentation, la conduite… jouent sur les résultats techniques".

En croisement, on recherche la variabilité et la performance génétique à travers l’effet hétérosis. Il se traduit pour les animaux croisés par des performances supérieures à la moyenne de leurs deux races parentales. L’effet est maximal en première génération et minimal en deuxième génération. Ainsi, en utilisant une troisième race, on maintient l’effet hétérosis à 86 %, et à 93 % avec une quatrième race. Plus on multiplie le nombre de races, plus on maintient l’effet hétérosis. En revanche, le frein est dans la gestion plus complexe avec la multiplication des races utilisées. C’est pourquoi, en pratique, on voit davantage des schémas de croisement avec trois races laitières.

30 ans d'expérience au Gaec des trois fontaines

L’après-midi, les agricultrices ont visité le Gaec des trois fontaines à Saint-Onen-la-Chapelle. Elles ont été accueillies par Céline Mandard et Alain Mandard (ancien associé) qui ont partagé leur expérience du croisement de races.

Le Gaec des trois fontaines réalise du croisement de races laitières depuis 1990. Dans les années 80, l’exploitation était en système classique maïs-herbe en race pure Prim’Hostein. Puis, le système a évolué progressivement vers plus d’herbe. "À cette période, nous n’étions pas entièrement satisfaits. Avec une alimentation 100 % pâturage et zéro concentrés pendant six mois de l’année, les vaches Prim’Hostein avaient tendance à maigrir", témoigne Alain (aujourd’hui en retraite depuis 2017). C’est donc dans les années 90, qu’ils se sont orientés vers le croisement de races laitières. Ils ont fait le choix d’aller chercher plus de rusticité dans d’autres races. "Nous avons eu un coup de cœur pour la race Simmental", souligne Alain. Aujourd’hui, le Gaec travaille avec de nombreuses races dont principalement la Simmental, la Prim’hostein, la Brune, la Rouge suédoise... La Simmental est un atout pour sa mixité et sa musculature, sa docilité et son instinct de troupeau. Elle était un peu moins productive en lait, mais un travail génétique a permis en trente ans d’améliorer fortement ce critère.

Définir le profil d'animal recherché

Au Gaec des trois fontaines, les objectifs sont bien définis : tout d’abord avoir des animaux adaptés au système herbager, c’est-à-dire des animaux rustiques qui valorisent bien l’herbe et restent en état à l’herbe. L’objectif est de produire du lait au moindre coût. La moyenne de coût alimentaire du troupeau (vaches laitières + génisses) est à 50 €/1 000 l vendus. Les frais vétérinaires sont inférieurs à 7 €/1 000 l. Les veaux sont plus résistants avec seulement 5 % de taux de mortalité et sont bien valorisés avec un prix moyen de 290 € par veau. Ils recherchent également des animaux dociles pour la traite et ayant une bonne aptitude pour la marche, certains trajets jusqu’aux pâtures étant assez longs. Enfin, les associés souhaitent avoir des animaux musclés pour optimiser les co-produits viande (veaux et vaches de réforme) qui représentent environ 50 000 € par an. La maîtrise de leur système leur permet d’avoir une très bonne efficacité avec un EBE de 160 000 € en moyenne sur cinq ans.

Faire les bons assemblages

"Il n’y a pas de mauvaises races, il faut faire les bons assemblages", estime Alain. "Notre stratégie, en sortant du schéma classique en race pure, est de rechercher dans chaque race ce qu’on a besoin", ajoute Céline qui gère de près le plan d’accouplement. Chaque vache est répertoriée dans un cahier où sont notés le père et la mère, les croisements réalisés. Il n’y a pas de schéma de croisement préétabli. Le raisonnement se fait vache par vache. "Nous attendons les résultats des performances de l’animal pour décider de ce qu’on fait. Puis, on corrige les défauts par une autre race laitière. Par exemple, quand un animal manque de muscle, on corrige avec la race Simmental. Seules les meilleures vaches sont croisées en lait. Du bon + du bon, on obtient forcément du bon", explique Céline. "Si on ne souhaite pas garder la descendance, on croise avec une race à viande". Sur 100 vaches, environ 60 sont inséminées en race à viande principalement en Bleu Blanc Belge. Pour les croisements en races à viande, les taureaux à vêlage facile sont privilégiés pour éviter tout problème au vêlage. 20 génisses sont gardées par an, soit un taux de renouvellement très faible de 17 %. Ce qui est permis par des vaches qui ont une bonne longévité : plus de 50 % des vaches ont plus de 5 lactations et 15 à 20 % ont plus de 10 ans. Les génisses sont systématiquement mises à la reproduction en monte naturelle avec un taureau limousin élevé sur la ferme, sélectionné pour ses qualités de docilité et vêlage facile. La stratégie est d’observer les performances des génisses avant d’en garder la descendance.

La bonne maîtrise du système de production du Gaec des trois fontaines montre une nouvelle façon de gérer le troupeau. Le groupe a beaucoup appris au cours de cette rencontre : "On voit qu’ils sont vraiment passionnés. Partager leur expérience était très enrichissant". Enfin, les agricultrices ont été surprises de voir que des exploitations avaient un réel recul et une maîtrise de cette pratique.

 

Contact :

Si vous êtes intéressée pour échanger en groupe lait, rejoignez le groupe féminin sud 35.
Information au 06 15 16 06 53.

 

Le Gaec des trois fontaines :

2 associés (Céline et Ronan Mandard) et 1 salarié,

128 ha et 680 000 litres de lait,

115 vaches à 6 100 l (moyenne comptable),

Système herbager : 25 % de maïs dans la SFP, 40 ares d’herbe pâturée par vache.

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